LIVRE III, ODE IV
Naguère on avait vu les tyrans populaires , Attaquant le passé comme un vieil ennemi, Poursuivre , sous l'abri des marbres séculaires,
Le trésor gardé par Remy.
Du pontife endormi profanant le front pâle ,
De sa tunique épiscopale
Us déchirèrent les lambeaux ; Car ils bravaient la Mort dans sa majesté sainte ; Et les vieillards souvent s'écriaient pleins de crainte
« Que leur ont donc fait les tombeaux ? »
Mais trompant des vautours la fureur criminelle , Dieu garda sa colombe au lis abandonné.
Elle va sur un Roi poser encor son aile :
Ce bonheur à Charle est donné!
Charles sera sacré suivant l'ancien usage, * Comme Salomon , le roi sage ,
Qui goûta les célestes mets , Quand Sadoch et Nathan d'un baume l'arrosèrent , Et, s'approchant de lui, sur le front le baisèrent,
•En disant : « Qu'il vive à jamais ! »
Le vieux pays des Francs , parmi ses métropoles , Compte une église illustre , où venaient tous nos rois , De ce pas triomphant dont tremblent les deux pôles, S'humilier devant la Croix.
Le peuple en racontait cent prodiges antiques : Ce temple a des voûtes gothiques , Dont les saints aimaient les détours ;
Un séraphin veillait à ses portes fermées ;
Et les anges du ciel , quand passaient leurs années , Plantaient leurs drapeaux sur ses tours !
C'est là que pour la fête on dresse des trophées. L'or, la moire et l'azur parent les noirs piliers, Comme un de ces palais où voltigeaient les fées ,
Dans les rêves des chevaliers.
D'un trône et d'un autel les splendeurs s'y répondent ;
Des festons de flambeaux confondent
Leurs rayons purs dans le saint lieu ; Le lis royal s'enlace aux arches tutélaires; Le soleil , à travers les vitraux circulaires ,
Mêle aux fleurs des roses de feu.
Voici que le cortège à pas égaux s'avance.
Le pontife aux guerriers demande Charles -Dix.
L'autel de Reims revoit l'Oriflamme de France ,
Retrouvée aux murs de Cadix.
Les cloches dans les airs tonnent ; les canons grondent;
Devant l'Aîné des rois du monde
Tout un peuple tombe à genoux ; Mille cris de triomphe en sons confus se brisent; Puis le Roi se prosterne , et les évèques disent :
« Seigneur, ayez pitié de nous !