‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 77 sur 216 · LIVRE III, ODE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III, ODE IV

Naguère on avait vu les tyrans populaires , Attaquant le passé comme un vieil ennemi, Poursuivre , sous l'abri des marbres séculaires,

Le trésor gardé par Remy.

Du pontife endormi profanant le front pâle ,

De sa tunique épiscopale

Us déchirèrent les lambeaux ; Car ils bravaient la Mort dans sa majesté sainte ; Et les vieillards souvent s'écriaient pleins de crainte

« Que leur ont donc fait les tombeaux ? »

Mais trompant des vautours la fureur criminelle , Dieu garda sa colombe au lis abandonné.

Elle va sur un Roi poser encor son aile :

Ce bonheur à Charle est donné!

Charles sera sacré suivant l'ancien usage, * Comme Salomon , le roi sage ,

Qui goûta les célestes mets , Quand Sadoch et Nathan d'un baume l'arrosèrent , Et, s'approchant de lui, sur le front le baisèrent,

•En disant : « Qu'il vive à jamais ! »

Le vieux pays des Francs , parmi ses métropoles , Compte une église illustre , où venaient tous nos rois , De ce pas triomphant dont tremblent les deux pôles, S'humilier devant la Croix.

Le peuple en racontait cent prodiges antiques : Ce temple a des voûtes gothiques , Dont les saints aimaient les détours ;

Un séraphin veillait à ses portes fermées ;

Et les anges du ciel , quand passaient leurs années , Plantaient leurs drapeaux sur ses tours !

C'est là que pour la fête on dresse des trophées. L'or, la moire et l'azur parent les noirs piliers, Comme un de ces palais où voltigeaient les fées ,

Dans les rêves des chevaliers.

D'un trône et d'un autel les splendeurs s'y répondent ;

Des festons de flambeaux confondent

Leurs rayons purs dans le saint lieu ; Le lis royal s'enlace aux arches tutélaires; Le soleil , à travers les vitraux circulaires ,

Mêle aux fleurs des roses de feu.

Voici que le cortège à pas égaux s'avance.

Le pontife aux guerriers demande Charles -Dix.

L'autel de Reims revoit l'Oriflamme de France ,

Retrouvée aux murs de Cadix.

Les cloches dans les airs tonnent ; les canons grondent;

Devant l'Aîné des rois du monde

Tout un peuple tombe à genoux ; Mille cris de triomphe en sons confus se brisent; Puis le Roi se prosterne , et les évèques disent :

« Seigneur, ayez pitié de nous !

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