LIVRE III, ODE IV
Des flots d'une mer entouré.
Mille chantres des airs, du peuple heureuse image,
Mêlant leur voix et leur plumage ,
Croisent leur vol sous les arceaux ; Car les Francs, nos aïeux, croyaient voir dans la nue Planer la Liberté, leur mère bien connue,
Sur l'aile errante des oiseaux.
Le voilà Prêtre et Koi ! — De ce titre sublime Puisque le double éclat sur sa couronne a lui , Il faut qu'il sacrifie : où donc est la Victime ?
La Victime, c'est encor lui !
Ah ! pour les Rois français qu'un sceptre est formidable !
Ils guident ce peuple indomptable ,
Qui des peuples règle l'essor; Le monde entier gravite et penche sur leur trône; Mais aussi l'indigent, que cherche leur aumône,
Compte leurs jours comme un trésor!
PR1ÈRK.
Dieu ! garde à jamais ce Roi qu'un peuple adore !
Romps de ses ennemis les flèches et les dards ,
Qu'ils viennent du couchant, qu'ils viennent de l'aurore,
Sur des coursiers ou sur des chars !
Charles, comme au Sina, t'a pu voir face à face !
Du moins qu'un long bonheur efface
Ses bien longues adversités.
i 30 LE SACRE DE CHARLES X.
Qu'ici-bas des élus il ait l'habit de fête.
Prête à son front royal deux rayons de ta tête ; Mets deux anges à ses côtés 1
Reims, mai-jnin 4 825.
LTVRE III, ODE V. 131
ODE CINQUIEME
AU COLONEL G. A. GUSTAFFSON.
Habet sua sidéra tell us.
Aitcienrle devise.
Ce siècle , jeune encore , est déjà pour l'histoire Presque une éternité de malheurs et de gloire*. Tous ceux qu'il a vus naître ont vieilli dans vingt ans. Il semble, tant sa place est vaste en leur mémoire, Qu'il ne peut achever ses destins éclatants, Sans fermer avec lui le grand cercle des temps.
Chez des peuples fameux, en des jours qu'on renomme , Pour un siècle de gloire il suffisait d'un homme. Le nôtre a déjà vu passer bien des flambeaux ! Il peut lutter sans crainte avec Athène et ftome : Que lui fait la grandeur des âges les plus beaux ? 11 les domine tous , rien que par ses tombeaux !
A peine il était né, que d'Enghien sur la. poudre Mourut, sous un arrêt que rien ne peut absoudre. Il vit périr Moreau ; Byron , nouveau Rhiga.
11 vit des cieux vengés tomber avec sa foudre
132 AU COLONEL GUSTAFFSOIN.
Cet aigle dont le vol douze ans se fatigua Du Caire au Capitole et du Tage au Volga !
« Qu'importe? dit la foule. Ah ! laissons les tempêtes Naître, grossir, tonner sur ces sublimes têtes; Pourvu que chaque jour amène son festin , Que toujours le soleil rayonne pour nos fêtes , Et qu'on nous laisse en paix couler notre destin-, Oublier jusqu'au soir, dormir jusqu'au matin 1
« Que le crime s'élève et que l'innocent tombe , Qu'importe? — Des héros sont morts? paix à leur tombe! — Et nous-mêmes?... Qui sait si demain nous vivrons ? Quand nous aurons atteint le terme où tout succombe , Nous dirons : Le temps passe ! et nous ignorerons Quels vents ont amené l'orage sur nos fronts. »
Ce ne sont point là tes paroles.
Toi dont nul n'a jamais douté ,
Toi qui sans relâche t'immoles
Au culte de la Vérité !
Victime et vengeur des victimes ,
Ton cœur aux dévoûments sublimes
S'offrit en tout temps, en tout lieu ;
Toute ta vie est un exemple ;
Et ta grande âme est comme un temple
D'où ne sort que la voix d'un Dieu !
Il suffit de ton témoignage ,