‹ Odes et ballades (volume 2)Chapitre 9 sur 216 · LES VIERGES DE VERDUN · texte numérisé non relu

LES VIERGES DE VERDUN

Le prêtre portera l*étole blanche et noire Lorsque les saints flambeaux pour tous s'allumeront, Et de leurs longs cheveux voilant leurs fronts d'ivoire Les jeune» filles pleureront.

A. Guiraud.

Pourquoi m' apportez-vous ma lyre ?

Spectres légers? que voulez-vous?

Fantastiques beautés, ce lugubre sourire

M' annonce- t-il votre courroux?

Sur vos écharpes éclatantes Pourquoi flotte à longs plis ce crêpe menaçant? Pourquoi sur des festons ces chaînes insultantes ,

Et ces roses teintes de sang?

Retirez-vous : rentrez dans les sombres abîmes.... Ah! queme montrez- vous?. . . quels sontces trois tombeaux? Quel est ce char affreux, surchargé de victimes? Quels sont ces meurtriers couverts d'impurs lambeaux ? J'entends des chants de mort ; j'entends des cris de fête.

Cachez-moi le char qui s'arrête!...

Un fer lentement tombe à mes regards troublés ; — J'ai vu couler du sang.... Est-il bien vrai, parlez ,

Qu'il ait rejailli sur ma tête ?

ik LES VIERGES DE VERDUN.

Venez-vous dans mon âme éveiller le remord?

Ce sang. ... je n'en suis point coupable !

Fuyez, Vierges; fuyez, famille déplorable.... Lorsque vous n'étiez plus, je n'étais pas encor ! Qu'exigez- vous de moi? j'ai pleuré vos misères : Dois-je donc expier les crimes de mes pères ?

Pourquoi troublez- vous mon repos ?

Pourquoi m' apportez- vous ma lyre frémissante? Demandez- vous des chants à ma voix innocente ,

Et des remords à vos bourreaux?

Sous des murs entourés deoohortes sanglantes,

Siège le sombre tribunal; L'Accusateur se lève , et ses lèvres tremblantes

S'agitent d'un rire infernal.

C'est Tainville : on le voit , au nom de la patrie , Convier aux forfaits cette horde flétrie

D'assassins , juges à leur tonr ;

Le besoin du sang le tourment* ; Et sa voix homicide à la hache fumante

Désigne les tètes du jour.

Il parle : — 9es licteurs vers l'enceinte fatale Traînent les malheureux que sa fureur signale; Les portes devant eux s'ouvrent avec fwtcas ; Et trois vierges, de grâce et de pudeur parées,

De leurs compagnes entourées,

Paraissent parmi les soldats.

Le peuple, qui se tait, frémit de son silence :

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