‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 122 sur 142 · DU ROÏ JEAN · texte numérisé non relu

DU ROÏ JEAN

Plus de six cents lances y furent brisées; on se battit à pied et à cheval, à la barrière, à coups d'épée et de pique , où partout les tenants et les assaillants ne firent rien qui ne répondît à la haute estime qu'ils s'étaient déjà acquise; ce qui fit éclater ces tournois doublement. Enfin, au dernier, un gentilhomme, nommé de Fontaines, beau- frère de Chandiou, grand -prévôt des maréchaux , fut blessé à mort; et au second encore, Saint-Aubin , autre gentilhomme, fut tué d'un coup de lance. Ancienne chronique.

Çà, qu'on selle, Écuyer, Mon fidèle Destrier.

Mon cœur ploie Sous la joie, Quand je broie L'étrier.

Par saint Gille , Viens nous-en , Mon agile Alezan ; Viens, écoute, Par la route, Voir la joute Du Boi Jean.

Qu'un gros carme Chartrier Ait pour arme L'encrier; Qu'une fille , Sous la grilU», S'égosille A prier.

Nous qui sommes , De par Dieu , Gentilshommes De haut lieu , 11 faut faire Bruit sur terre, Et la guerre N'est qu'un jeu.

Ma vieille âme Enrageait , Car ma lame, Que rongeait Cette rouille Qui la souille , En quenouille Se changeait.

Cette ville Aux longs cris , Qui profile Son front gris , Des toits frôles , Cent tourelles , Clochers grêles , C'est Paris!

Quelle foule , Par mon sceau !

Qui s'écoule En ruisseau ,

Et se rue,

Incongrue ,

Par la rue

Saint-Marceau.

Notre-Dame ! — Que c'est beau 1 Sur mon âme De corbeau , Voudrais être Clerc ou prêtre Pour y mettre Mon tombeau !

Les quadrilles, Les chansons Mêlent filles Et garçons.

Quelles fêtes!

Que de têtes Sur les faîtes Des maisons !

Un maroufle, Mis à neuf, Joue et souffle Comme un bœuf, Une marche .De Luzarche Sur chaque arche Du Pont-Neuf.

Le vieux Louvre ! — Large et lourd , Jl ne s'ouvre Qu'au grand jour, Emprisonne La couronne, Et bourdonne Dans sa tour.

Los aux dames !

Au roi los !

Vois les flammes Do champ-clos, Où la foule, Qui s'écoule , Hurle et roule A grands flots !

Sans attendre, Çà , piquons !

L'œil bien tendre , Attaquons De nos selles Les donzelles , Roses , belles , Aux balcons.

Saulx-Tavane , Le ribaud, Se pavane ; Et Chabot Qui ferraille, Bossu, raille Mons Fontraillc Le pied-bot.

Là bas, Serge

Qui fit vœu

D'aller vierge

Au saint lieu ;

Là , Lothaire ,

Duc sans terre ; »

Sauveterre,

Diable et dieu.

Le vidame De Conflans Suit sa dame A pas lents,

Et plus d'une S'importune De la brune Aux bras blancs.

Là-haut brille , Sur ce mur, Yseult, fille Au front pur; Là bas, seules, Force aïeules Portant gueules Sur azur.

Dans la lice , Vois encor Berthe, Alice, Léonor, Dame Irène, Ta marraine, Et la reine Tout en or.

Dame Irène Parle ainsi :

— Quoi 1 la reine Triste ici !

Son Altesse Dit : — Comtesse, J'ai tristesse Et souci.

On commence!

Le beffroi !

Coups de lance , Cris d'effroi!

On se forge , On s'égorge , Par saint George !

Parle Roi!

La cohue, Flot de fer, Frappe, hue, Remplit l'air, Et, profonde, Tourne et gronde , Comme une onde Sur la mer !

Dans la plaine Un éclair Se promène Vaste et clair; Quels mélanges t Sang et franges!

Plaisirs d'anges!

Bruit d'enfer!

Sus, ma bête, De façon Que je fête Ce grison!

Je te baille , Pour ripaille, Plus de paille , Plus de son

Qu'un gros frère, Gai, friand, Ne peut faire , Mendiant Par les places Où tu passes, De grimaces En priant!

Dans l'orage, Lis courbé. Un beau page Est tombé.

11 se pâme, Il rend l'âme ; Il réclame Un abbé.

La fanfare Aux sons d'or, Qui t'effare , Sonne encor Pour sa chute ; Triste lutte De la flûte Et du cor!

Moines, vierges, Porteront De grands cierges Sur son front; Et dans l'ombre Du lieu sombre Deux yeux d'ombre Pleureront.

Car madame Isabeau Suit son âme Au tombeau.

Que d'alarmes !

Que de larmes ! . . .

Un pas-d'armes , C'est très-beau !

Çà, mon frère, Viens, rentrons Dans notre aire De barons ; Va plus vite , Car au gîte Qui t'invite , Trouverons ,

2f.8 LE PAS D'ARMES DU ROI JEAN.

Toi , l'avoine Du matin, Moi , le moine Augustin , Ce saint homme , Suivant Rome , Qui m'assomme De latin,

Et rédige En romain Tout prodige De ma main, Qu'à ma charge 11 émarge Sur un large Parchemin.

Un vrai sire Châtelain Laisse écrire Le vilain; Sa main digne, Quand il signe, Égratigne Le vélin.

Juin 1828.

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