‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 17 sur 142 · BAPTÊME DU DUC DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

BAPTÊME DU DUC DE BORDEAUX

m Où va-t-on? dans la nuit perfide , » Quel est ce fanal qui nous guide, » Tous courbés sous un bras de fer?

» Est-il propice ? est-il funeste ?

>» Est-ce la colonne céleste?

» Est-ce une flamme de l'enfer?

» Les tribus des chefs se divisent :

» Les troupeaux chassent les pasteurs ; » Et les sceptres des Rois se brisent » Devant les faisceaux des Préteurs.

» Les trônes tombent ; l'autel croule ; » Les factions naissent en foule » Sur les bords des deux Océans; » Et les ambitions serviles , » Qui dormaient comme des reptiles, » Se lèvent comme des géants !

• Ah! malheur! nous avons fait gloire, .

» Hélas ! d'attentats inouïs ,

» Tels qu'en cherche en vain la -mémoire

» Dans les siècles évanouis.

» Malheur I tons nos forfaits l'appellent,

» Tous les signes nous le révèlent ,

» Le jour des arrêts solennels.

» L'homme est digne enfin des abîmes ;

>' Et rien ne manque à ses longs crimes ,

» Que les châtiments éternels. »

Le Très-Haut a pris leur défense, Lorsqu'ils craignaient son abandon ; L'homme peut épuiser l'offense , Dieu n'épuise pas le pardon !

11 mène au repentir l'impie :

Lui-même, pour nous, il expie L'oubli des lois qu'il nous donna ; Pour lui seul il reste sévère; C'est la Victime du Calvaire Qui fléchit le Dieu du Sîiia ï

Par un autre berceau sa main nous sauve encore ! Le monde du bonheur n'ose entrevoir l'aurore , Quoique Dieu des méchants ait puni les défis; Et troublant leurs conseils, dispersant leurs phalanges,

Nous ait donné l'un de ses Anges > Comme aux antiques jours il nous donna son Fils ; Tel , lorsqu'il sort vivant du gouffre de ténèbres , Le Prophète voit fuir les visions funèbres!

La terre est sous ses pas, le jour luit à ses yeux; Mais lui, tout ébloui de la flamme éternelle,

Long-temps à sa vue infidèle La lueur de l'enfer voile l'éclat des cieux.

Peuples , ne doutez pas! chantez votre victoire. Un sauveur naît, vêtu de puissance et de gloire ; 11 réunit le glaive et le sceptre en faisceau; Des leçons du malheur naîtront nos jours prospères ;

Car de soixante Rois, ses pères, Les ombres sans cercueils veillent sur son berceau !

Son nom seul a calmé nos tempêtes civiles , Ainsi qu'un bouclier il a couvert les villes. La révolte et la haine ont déserté nos murs.

Tel du jeune lion , qui lui-même s'ignore ,

Le premier cri , paisible encore , Fait de l'antre royal fuir cent monstres impurs.

in

Quel est cet enfant débile

Qu'on porte aux sacrés parvis?

Toute une foule immobile

Le suit de ses yeux ravis;

Son front est nu, ses mains tremblent,

Ses pieds , que des nœuds rassemblent ,

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