BAPTÊME DU DUC DE BORDEAUX
>'ont point commencé de pas; La faiblesse encor l'enchaln? ; Son regard ne voit qu'à peine Et sa voix ne parle pas.
C'est un Roi parmi les hommes ;
En entrant dans le saint lieu ,
11 devient ce que nous sommes : —
C'est un homme aux pieds de Dieu !
Cet enfant est notre joie;
Dieu pour sauveur nous l'envoie,
Sa loi l'abaisse aujourd'hui.
Les Rois, qu'arme son tonnerre,
Sont tout par lui sur la terre ,
Et ne sont rien devant lui !
Que tout tremble et s'humilie.
L'orgueil mortel parle en vain;
Le Lion royal se plie
Au joug de l'Agneau divin.
Le Père, entouré d'étoiles,
Vers l'Enfant, faible et sans voiles ,
Descend , sur les vents porté ;
L' Esprit-Saint de feu l'inonde ;
11 n'est encor né qu'au monde .
Qu'il naisse à l'éternité !
Marie, aux rajons modestes,
Heureuse et priant toujours ,
Guide les Vierges célestes
Vers son vieux temple aux deux louis.
Toutes les saintes Armées ,
Parmi les soleils semées,
Suivent son char triompliant;
La Charité les devance ,
La Foi brille , et l'Espérance
S'assied près de l'humble Enfant î
ODK NEUVIEME. 39
Jourdain! te souvient-il de ce qu'ont vu tes rives? Naguère un pèlerin près de tes eaux captives Vint s'asseoir et pleura , pareil en sa ferveur A ces Preux qui jadis, terrible et saint cortège,
Ravirent au joug sacrilège Ton* onde baptismale et le tombeau sauveur !
Ce Chrétien avait vu, dans la France usurpée, Trône , autel , Chartres , lois , tomber sous une épée ; Les vertus sans honneur, les forfaits impunis; Et lui, des vieux croisés cherchait l'ombre sublime,
Et, s'exilant près de Solime, Aux lieux où Dieu mourut pleurait ses Rois bannis !
L'eau du saint fleuve emplit sa gourde voyageuse; Il partit; il revit notre rive orageuse, Ignorant quel bonheur attendait son retour, Et qu'à l'enfant des rois, du fond de l'Arabie,
Il apportait, nouveau Tobie, Le remède divin qui rend l'aveugle au jour.
Qu'il soit fier dans ses flots , le fleuve des prophètes ! Peuples, l'eau du salut est présente à nos fêtes; Le ciel sur cet Enfant a placé sa faveur; Qu'il reçoive les eaux que reçut Dieu lui-même;
Et qu'à l'onde de son baptême ; Le monde rassuré reconnaisse un Sauveur!
A vous , comme à Clovis , prince , Dieu se révèle , Soyez du temple saint la colonne nouvelle.
Votre âme en vain du lis efface la blancheur; Quittez l'orgueil du rang , l'orgueil de l'innocence ,
Dieu vous offre, dans sa puissance, La piscine du pauvre et la croix du pécheur.