‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 20 sur 142 · Quom'am omnes dies nostri defecerunt, et in ira tuâ · texte numérisé non relu

Quom'am omnes dies nostri defecerunt, et in ira tuâ

defecimus.

Psaume 89.

Parce que nous sommes tombés dans votre colère, et que nous avons été troublés dans votre fureur ;

Vous avez placé nos iniquités en votre présence, et notre

- siècle dans la lumière de votre face ;

Puisque tous nos jours ont failli, et que nous sommes tombés dans votre colère !

Voici ce qu'ont dit les prophètes, Aux jours où ces hommes pieux Voyaient en songe sur leurs têtes L'Esprit-Saint descendre des cieux :

« Dès qu'un siècle, éteint pour le monde, » Redescend dans la nuit profonde, » De gloire ou de honte chargé , » Tl va répondre et comparaître » Devant le Dieu qui le fit naître , » Seul juge qui n'est pas jugé. »

Or écoutez , fils de la terre , Vil peuple à la tombe appelé , Ce qu'en un rêve solitaire La vision m'a révélé : —

C'était dans la Cité flottante , De joie et de gloire éclatante', Où le jour n'a pas de soleil , D'où sortit la première aurore , Et d'où résonneront encore Les clairons du dernier réveil !

Adorant l'Essence inconnue , Les Saints, les Martyrs glorieux Contemplaient, sous l'ardente nue, Le Triangle mystérieux !

Près du trône où dort le tonnerre , Parut un spectre centenaire, Par l'Ange des Français conduit ; Et l'Ange, vêtu d'un long voile, Était pareil à l'humble étoile Qui mène au ciel la sombre nuit.

Dans les cieux et dans les abîmes Une voix alors s'entendit, Qui jusque parmi ses victimes Fit trembler l'Archange maudit.

Le char des Séraphins fidèles, Semé d'yeux, brillant d'étincelles, S'arrêta sur son triple essieu, Et la roue, aux flammes bruyantes, Et les quatre ailes tournoyantes, Se turent au souffle de Dieu.

I' v voix.

« Déjà du Livre séculaire » La page a dix-sept fois tourné; » Le gouffre attend que ma colère » Te pardonne ou t'ait condamné !

» Approche — je tiens la balance :

» Te voilà nu dans ma présence , » Siècle innocent ou criminel.

» Faut-il que ton souvenir meure ?

» Réponds, un siècle est comme une heure » Devant mon regard étemel.

LE SIECLE

» — J'ai, dans mes pensers magnanimes,

» Tout divisé , tout réuni ;

» J'ai soumis à mes lois sublimes

» Et l'Immuable et l'Infini;

» J'ai pesé tes volontés mêmes...

» Fantôme , arrête ! ies blasphèmes n Troublent mes Saints d'un juste effroi ; » Sors de ton orgueilleuse ivresse, » Doute aujourd'hui de ta sagesse ; » Car tu ne peux douter de moi.

» Fier de tes aveugles sciences , » S 'as-tu pas ri, dan3 tes clameurs, » Et de mon être et des croyances » Qui gardent les lois et les mœurs?

» De la mort souillant le mystère , » N 'as-tu pas effrayé la terre - » D'un crime aux humains inconnu ?

» Des Rois , avant les temps célestes , » N'as-tu pas réveillé les restes?

LE SIÈCLE

» — O Dieu ! votre jour est venu !

» Pleure, ô Siècle! D'abord timide, » L'erreur grandit comme un géant ; » L'athée invite au régicide :

» Le chaos est fils du néant.

» J'aimais une terre lointaine;

» Un Roi bon , une belle Reine » Conduisaient son peuple joyeux ; » Je bénissais leurs jours augustes ; » Réponds : qu'as-tu fait de ces justes ?

LE SIÈCLE

» — Seigneur! je les vois dans vos cienx.

Page 1