‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 29 sur 142 · C8 LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

C8 LA LIBERTÉ

Dans l'Age où le cœur porte un souffle magnanime Où l'homme à l'avenir jette un défi sublime, Et montre a sa menace un sourire hardi ; Avant l'heure où périt la fleur de l'espérance ,

Quand l'âme , lasse de souffrance , Passe du frais mat'n à l'aride midi ;

Je disais : « Oh ! salut , vierge aimable et sévère ! » Le monde , ô Liberté ! suit tes nobles élans ; » Comme une jeune épouse il t'aime, et te révère

» Comme une aïeule en cheveux blancs !

» Salut! tu sais, de l'âme écartant les entraves,

» Descendre au cachot des esclaves

» Plutôt qu'au palais des tyrans ; . » Aux concerts du Cédron mêlant ceux du Permesse, » Ta voix douce a toujours quelque illustre promesse

» Qu'entendent les héros mourants. >»

Je disais. Souriant à mon ivresse austère ,

Je vis venu- à moi les sages de la terre :

« Voici la Liberté ! plus de sang ! plus de pleurs !

» Les peuples réveillés s'inclinent devant elle.

» Viens , ô son jeune amant ! car voici l'immortelle ! . . .

VA j'accourus, portant des palmes et des fleurs.

O Dieu! leur liberté, c'était un monstre immense, Se nommant Vérité parce qu'il était nu , Jialbutiaiit les cris de l'aveugle démence ,

Et l'aveu du vice ingénu !

La fable eût pu donner à ses fureurs impies

L'ongle flétrissant des Harpies

Et les mille bras d'JEgéon.

La dépouille de Rome ornait l'impure idole.

Le vautour remplaçait l'aigle à son Capitole.

L'Enfer peuplait son Panthéon.

Le Supplice hagard , la Torture écumante

Lui conduisaient la Mort comme une heureuse amante.

Le Monstre aux pieds foulait tout un peuple innocent ; Et les sages menteurs, aux paroles dirthes, Soutenaient ses pas lourds, quand, parmi les ru»nes, 11 chancelait, ivre de sang!

Mêlant les lois de Sparte aux fêtes de Sodome , Dans tous les attentats cherchant tous les fléaux , Par le néant de l'àme il croyait grandir l'homme ,

Et réveillait le vieux chaos.

Pour frapper leur couronne osant frapper leur tête ,

Des Rois , perdus dans la tempête ,

11 brisait le trône avili; - Et , de l'éternité lui laissant quelque reste , Daignait à Dieu , muet dans son exil céleste ,

Offrir un échange d'oubli !

Et les sages disaient : « Gloire à notre sagesse !

» Voici les jours de Rome et les temps de la Grèce !

» Nations, de vos Rois brisez l'indigne frein.

» Liberté! n'ayez plus de maîtres que vous-même :

» Car nous tenons de toi notre pouvoir suprême ,

» Sois donc heureux et libre, ô peuple souverain !... »

Tyrans adulateurs ! caresses mensongères !

O honte! Asie, Afrique, où sont tous vos sultans!

Que leurs sceptres sont doux , et leurs chaînes légères

Près de ces bourreaux insultants !

Rends gloire , ô foule abjecte en tes fers assoupie ,

Au vil monstre d'Ethiopie,

Par un fer jaloux mutilé !

Gloire aux muets cachés au harem du Prophète! Gloire à l'esclave obscur, qui leur livre sa tête,

Du moins en silence immolé !

Le sultan, sous des murs de jaspe et de porphyre, Jetant à cent beautés un dédaigneux sourire, Foule la pourpre et l'or, et l'ambre et le corail ,

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