C8 LA LIBERTÉ
Dans l'Age où le cœur porte un souffle magnanime Où l'homme à l'avenir jette un défi sublime, Et montre a sa menace un sourire hardi ; Avant l'heure où périt la fleur de l'espérance ,
Quand l'âme , lasse de souffrance , Passe du frais mat'n à l'aride midi ;
Je disais : « Oh ! salut , vierge aimable et sévère ! » Le monde , ô Liberté ! suit tes nobles élans ; » Comme une jeune épouse il t'aime, et te révère
» Comme une aïeule en cheveux blancs !
» Salut! tu sais, de l'âme écartant les entraves,
» Descendre au cachot des esclaves
» Plutôt qu'au palais des tyrans ; . » Aux concerts du Cédron mêlant ceux du Permesse, » Ta voix douce a toujours quelque illustre promesse
» Qu'entendent les héros mourants. >»
Je disais. Souriant à mon ivresse austère ,
Je vis venu- à moi les sages de la terre :
« Voici la Liberté ! plus de sang ! plus de pleurs !
» Les peuples réveillés s'inclinent devant elle.
» Viens , ô son jeune amant ! car voici l'immortelle ! . . .
VA j'accourus, portant des palmes et des fleurs.
O Dieu! leur liberté, c'était un monstre immense, Se nommant Vérité parce qu'il était nu , Jialbutiaiit les cris de l'aveugle démence ,
Et l'aveu du vice ingénu !
La fable eût pu donner à ses fureurs impies
L'ongle flétrissant des Harpies
Et les mille bras d'JEgéon.
La dépouille de Rome ornait l'impure idole.
Le vautour remplaçait l'aigle à son Capitole.
L'Enfer peuplait son Panthéon.
Le Supplice hagard , la Torture écumante
Lui conduisaient la Mort comme une heureuse amante.
Le Monstre aux pieds foulait tout un peuple innocent ; Et les sages menteurs, aux paroles dirthes, Soutenaient ses pas lourds, quand, parmi les ru»nes, 11 chancelait, ivre de sang!
Mêlant les lois de Sparte aux fêtes de Sodome , Dans tous les attentats cherchant tous les fléaux , Par le néant de l'àme il croyait grandir l'homme ,
Et réveillait le vieux chaos.
Pour frapper leur couronne osant frapper leur tête ,
Des Rois , perdus dans la tempête ,
11 brisait le trône avili; - Et , de l'éternité lui laissant quelque reste , Daignait à Dieu , muet dans son exil céleste ,
Offrir un échange d'oubli !
Et les sages disaient : « Gloire à notre sagesse !
» Voici les jours de Rome et les temps de la Grèce !
» Nations, de vos Rois brisez l'indigne frein.
» Liberté! n'ayez plus de maîtres que vous-même :
» Car nous tenons de toi notre pouvoir suprême ,
» Sois donc heureux et libre, ô peuple souverain !... »
Tyrans adulateurs ! caresses mensongères !
O honte! Asie, Afrique, où sont tous vos sultans!
Que leurs sceptres sont doux , et leurs chaînes légères
Près de ces bourreaux insultants !
Rends gloire , ô foule abjecte en tes fers assoupie ,
Au vil monstre d'Ethiopie,
Par un fer jaloux mutilé !
Gloire aux muets cachés au harem du Prophète! Gloire à l'esclave obscur, qui leur livre sa tête,
Du moins en silence immolé !
Le sultan, sous des murs de jaspe et de porphyre, Jetant à cent beautés un dédaigneux sourire, Foule la pourpre et l'or, et l'ambre et le corail ,