‹ Odes et ballades (volume 3)Chapitre 4 sur 142 · LA VENDEE · texte numérisé non relu

LA VENDEE

Ace, Cttsnr, morituri te snlutant.

Qui de nous, en posant une urne cinéraire, N'a trouvé quelque ami pleurant sur un cercueil ? - Autour du froid tombeau d'une épouse on d'un frère >< Qui de nous n'a mené le deuil ? »

ODK DEUXIÈME.

— Ainsi , sur les malheurs de la France éplorée ,

Gémissait la Muse sacrée

Qui nous montra le ciel ouvert, Dans ces chants où, planant sur Rome et sur Palmyre, Sublime, elle annonçait les douceurs du martyre

Et l'humble bonheur du désert !

Depuis, à nos tyrans rappelant tous leuis crimes, Et vouant aux remords ces cœurs sans repentirs , Elle a dit : « En ces temps la France eut des victime.'» ;

Mais la Vendée eut des martyrs ! »

— Déplorable Vendée, a-t-on séché tes larmes?

Marches-tu , ceinte de tes armes ,

Au premier rang de nos guerriers ?

Si l'Honneur, si la Foi n'est pas un vain fantôme, Montre-moi quels palais ont remplacé le chaume

De tes rustiques chevaliers !

Hélas ! tu te souviens des jours de ta misère ! Des flots de sang baignaient tes sillons dévastas , Et le pied des coursiers n'y foulait de poussière

Que la cendre de tes cités !

Ceux-là qui n'avaient pu te vaincre avec l'épée

Semblaient, dans leur rage trompée,

Implorer l'enfer pour appui ; Et , roulant sur la plaine en torrents de fumée , Le vaste embrasement poursuivait ton armée ,

Qui ne fuyait que devant lui !

La Loire vit alors, sur ses plages désertes, S'assembler les tribus des vengeurs de nos rois , Peuple qui ne pleurait, fier de ses nobles pertes,

Que sur le Trône et sur la Croix.

C'étaient quelques vieillards fuyant leurs toits en flammes,

C'étaient des enfants et des femmes,

6 LA VENDÉK.

Suivis d'un reste de héros ; Au milieu d'eux marchait leur Patrie exilée ; Car ils ne laissaient plus qu'une terre peuplée

De cadavres et de bourreaux.

On dit qu'en ce moment, dans un divin délire, Un vieux prêtre parut parmi ces fiers soldats , Comme un saint chargé d'ans qui parle du martyre

Aux nobles anges des combats ; Tranquille , en proclamant de sinistres présages ,

Les souvenirs des anciens âges

S'éveillaient dans son cœur glacé:

Et, racontant le sort qu'ils devaient tous attendre, La voix de l'avenir semblait se faire entendre

Dans ses discours pleins du passé.

« Au delà du Jourdain , après quarante années , » Dieu promit une terre aux enfants d'Israël ; » Au-delà de ces flots, après quelques journées ,

» Le Seigneur vous promet le ciel.

» Ces bords ne verront plus vos phalanges errantes.

» Dieu, sur des plaines dévorantes,

» Vous prépare un tombeau lointain :

» Votre astre doit s'éteindre , à peine à son aurore j » Mais Samson expirant peut ébranler encore

» Les colonnes du Philistin !

» Vos guerriers périront. Mais , toujours invincibles , » S ils ne peuvent punir, ils sauront se venger : » Car ils verront encor fuir ces soldats terribles,

» Devant qui fuyait l'étranger!

» Vous ne mourrez pas tous sous des bras intrépides ; » Les uns , sur des nefs homicides , » Seront jetés aux flots mouvants ; » Ceux-là promèneront des os sana sépulture ,

» Et cacheront leurs morts souâ une terre obscure , » Pour les dérober aux vivants ! »

» Et tous, ô jeune Chef, ravi par la victoire

» Aux hasards de Mortagne, aux périls de Saumur,

» L'honneur de vous frapper dans un combat sans gloire

» Rendra célèbre un bras obscur.

" 11 ne sera donné qu'à bien peu de nos frères

» De revoir, après tant de guerres ,

» La place où furent leurs foyers; » Alors, ornant son toit de ses armes oisives, » Chacun d'eux attendra que Dieu rende à nos rives

» Les lis, qu'il préfère aux lauriers.

» Vendée , ô noble terre ! ô ma triste patrie î » Tu dois payer bien cher le retour de tes rois ! » Avant que sur nos bords croisse la fleur chérie,

» Ton sang l'arrosera deux fois.

» Mais aussi lorsqu'un jour l'Europe réunie

» De l'arbre de la tyrannie

» Aura brisé les rejetons , » Tous les rois vanteront leurs camps, leur flotte immense, » Et, seul, le Roi Chrétien mettra dans la balance

» L'humble glaive des vieux Bretons!

» Grand Dieu! — Si toutefois, après ces jours d'ivresse, » Blessant le cœur aigri du héros oublié, » Une voix insultante offrait à sa détresse

» Les dons ingrats de la pitié; » Si sa mère , et sa veuve , et sa fille épîorées ,

» S'arrêtaient, de faim dévorées,

» Au seuil d'un favori puissant , » Rappelant à celui qu'implore leur misère >» Qu'elles n'ont plus ce fils , cet époux et ce père

» Qui croyait leur léguer son sang ;

» Si , pauvre et délaissé , le citoyen fidèle , » Lorsqu'un traître enrichi se rirait de sa foi , » Entendait au sénat calomnier son zèle » Par celui qui jugea son Roi ;

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