ACCLAMATION
« Gloire à Napoléon! gloire au maître suprême!
» Dieu même a sur son front posé le diadème.
» Du Nil au Borysthène il règne triomphant.
» Les rois, fils de cent rois, s'inclinent quand il passe,
» Et dans Rome il ne voit d'espace
» Que pour le trône d'un enfant !
» Pour porter son tonnerre aux villes effrayées , » Ses aigles ont toujours les ailes déployées. » 11 régit le Conclave; il commande au Divan. » 11 mêle à ses drapeaux , de sang toujours humides,
» Des croissants pris aux Pyramides ,
» Et la croix d'or du grand Yvan l
» Le Mamelouk bronzé , le Goth plein de vaillance , » Le Polonais , qui porte une flamme à sa lance , » Prêtent leur force aveugle à ses ambitions. » Ils ont son vœu pour loi , pour foi sa renommée.
» On voit marcher dans son armée
» Tout un peuple de nations !
» Sa main , s'il touche un but où son orgueil aspire , » Fait à quelque soldat l'aumône d'un empire , » Ou fait veiller des rois au seuil de son palais , » Pour qu'il puisse, en quittant les combats ou les fêtes * » Dormir en paix dans ses conquêtes, » Comme un pécheur sur ses filets I <
» 11 a bâti si haut son aire impériale ,
» Qu'il nous semble habiter cette sphère idéale
» Où jamais on n'entend un orage éclater!
» Ce n'est plus qu'à ses pieds que gronde la tempête; » 11 faudrait , pour frapper sa tête , » Que la foudre pût remonter! »
La foudre remonta ! — Renversé de sou aire , Il tomba tout fumant de cent coups de tonnerre.
Les rois punirent leur tyran.
On l'exposa vivant sur un roc solitaire; Et le géant captif fut remis par la terre
A la garde de l'Océan.
Oh 1 comme à Sainte-Hélène il dédaignait sa vie , Quand le soir il voyait , avec un œil d'envie ,
Le soleil fuir sous l'horizon; Et qu'il s'égarait seul sur le sable des grèves, Jusqu'à ce qu'un Anglais , l'arrachant de ses rêves ,
Le ramenât dans sa prison !
Comme avec désespoir ce prince de la guerre S'entendait accuser par tous ceux qui naguère
Divinisaient son bras vainqueur !
Car des peuples ligués la clameur solennelle Répondait à la voix implacable , éternelle ,
Qui se lamentait dans son cœur !