MON ENFANCE
Voilà que tout cela est passé mon enfance n'est plus;
elle est morte, pour ainsi dire, quoique je vive encore. Saint Augustin. Confession».
J'ai des rêves de guerre en mon âme inquiète; J'aurais été soldat, si je n'étais poète.
Ne tous étonnez point que j'aime les guerriers ! Souvent , pleurant sur eux , dans ma douleur muette , J'ai trouvé leur cyprès plus beau que nos lauriers.
Enfant , sur un tambour ma crèche fut posée.
Dans un casque pour moi l'eau sainte fut puisée. Un soldat, m 'ombrageant d'un belliqueux faisceau, De quelque vieux lambeau d'un bannière usée Fit les langes de mon berceau.
Parmi les chars poudreux , les armes éclatantes , Une muse des camps m'emporta sous les tentes; Je dormis sur l'affût des canons meurtriers ; J'aimai les fiers coursiers, aux crinières flottantes, Et l'éperon froissant les rauques étriers.
J'aimai les forts tonnants , aux abords difficiles ; Le glaive nu des chef3 guidant les rangs dociles , La vedette perdue en un bois isolé , Et les vieux bataillons qui passaient dans les villes , Avec un drapeau mutilé,