‹ Odes et balladesChapitre 133 sur 152 · SULTAN ACHMET · texte numérisé non relu

SULTAN ACHMET

Oh! permets, charmante fille, que j'enveloppe mon cou avec tes bras.

Hafiz.

A Juan A la grenadine,

Qui toujouîÊ chante et badine,

Sultan Achnaet dit un jour :

— Je donnerais sans retour Mon royaume pour Médine, Médine pour ton amour.

— Fais-toi chrétien, roi sublime !

Car il est illégitime.

Le plaisir qu'on a cherché Aux bras d'un turc débauché.

J'aurais peur de faire un crime.

C'est bien assez du péché.

— Par ces perles dont la chaîne Rehausse, ô ma souveraine.

Ton cou blanc comme le lait, Je ferai ce qui te plaît,

Si tu veux bien que je prenne Ton colher pour chapelet.

20 octobre 1828.

Dixole : — Dime, buen hombre, Lo que preguntarte queria.

Romancero gênerai.

Don Rodrigue est à la chasse.

Sans épée et sans cuirasse, Un jour d'été, vers midi.

Sous la feuillée et sur l'herbe Il s'assied, l'homme superbe.

Don Rodrigue le hardi.

La haine en feu le dévore.

Sombre, il pense au bâtard maure,

A son neveu Mudarra,

Dont ses complots sanguinaires

Jadis ont tué les frères.

Les sept infants de Lara.

Pour le trouver en campagne.

Il traverserait l'Espagne

De Figuère à Setuval.

L'un des deux mourrait sans doute.

En ce moment sur la route

Il passe un homme à cheval.

— Chevalier, chrétien ou maure.

Qui dors sous le s3xomore, Dieu te guide par la main !

— Que Dieu répande ses grâces

Sur toi, récuyer qui passes.

Oui pcLSses par le chemin !

— Chevalier, chrétien ou m^ure.

Qui dors sous le sycomore, Parmi l'herbe du vallon,

Dis ton nom, afin qu'on sache Si tu portes le panache D'un vaillant ou d'un félon.

— Si c'est là ce qui t'intrigue.

On m'appelle don Rodrigue, Don Rodrigue de Lara ;

Don a S anche est ma sœur même.

Du moins, c'est à mon baptême Ce qu'un prêtre déclara.

J'attends sous ce sycomore ; J'ai cherché d'Albe à Zamore Ce Mudarra le bâtard.

Le fils de la renégate, Qui commande une frégate Du roi maure Aliatar.

Certe, à moins qu'il ne m'évite.

Je le reconnaîtrais vite ; Toujours il porte avec lui Notre dague de famille ; Une agate au pommeau brille.

Et la lame est sans étui.

Oui, par mon âme chrétienne.

D'une autre main que la mienne Ce mécréant ne mourra.

C'est le bonheur que je brigue...

— On t'appelle don Rodrigue, Don Rodrigue de Lara ?

Eh bien ! seigneur, le jeune homme Qui te parle et qui te nomme.

C'est Mudarra le bâtard.

C'est le vengeur et le juge.

Cherche à présent un refuge ! — L'autre dit : — Tu viens bien tard !

— Moi, fils de la renégate.

Qui commande ime frégate Du roi maiure Aliatar,

Moi, ma dague et ma vengeance.

Tous les trois d'intelligence.

Nous voici î — Tu viens bien tard !

— Trop tôt pour toi, don Rodrigue, A moins qu'il ne te fatigue

De vivre... Ah ! la peur t'émeut.

Ton front pâlit ; rends, infâme, A moi ta vie, et ton âme A ton ange, s'il en veut !

Si mon poignard de Tolède Et mon Dieu me sont en aide.

Regarde mes yeux ardents.

Je suis ton seigneur, ton maître, Et je t'arracherai, traître.

Le souffle d'entre les dents I

Le neveu de dona Sanche Dans ton sang enfin étanche La soif qui le dévora.

Mon oncle, il faut que tu meures.

Pour toi plus de jours ni d'heures !.

— ]\Ion bon neveu Mudarra,

Un moment î attends que j'aille Chercher mon fer de bataille.

— Tu n'auras d'autres délais Que celui qu'ont eu mes frères ; Dans les caveaux funéraires Où tu les as mis, suis-les !

Si, jusqu'à l'heure venue, J'ai gardé ma lame nue, C'est que je voulais, bourreau, Que, vengeant la renégate.

Ma dague au pommeau d'agate Eût ta gorge pour fourreau.

ler mai 1828.

Quien no ha visto â Sevilla, No ha visto â maravilla.

Soit lointaine, soit voisine.

Espagnole ou sarrasine.

Il n'est pas une cité Qui dispute sans folie A Grenade la jolie La pomme de la beauté.

Et qui, gracieuse, étale Plus de pompe orientale Sous un ciel plus enchanté.

Cadix a les palmiers ; Murcie a les oranges ; Jaën, son palais goth aux tourelles étranges ; Agreda, son couvent bâti par saint Edmond ; Ségovie a l'autel dont on baise les marches.

Et l'aqueduc aux trois rangs d'arches Qui lui porte un torrent pris au sommet d'mi mont.

Llers a des tours ; Barcelone

Au faîte d'une colonne

Lève un phare siu la mer ;

Aux rois d'Aragon fidèle.

Dans leurs \'ieux tombeaux, Tudèle

Gai"de Iciu* sceptre de fer ;

Tolose a des forges sombres

Qui semblent, au sein des ombres.

Des soupiraux de l'enfer.

5o6 LES ORIENTALES

Le poisson qui rouvrit l'œil mort du vieux Tobie Se joue au fond du golfe où dort Fontarabie ; Alicante aux clochers mêle les minarets ; Compostelle a son saint ; Cordoue aux maisons vieilles A sa mosquée où l'œil se perd dans les merveilles ; Madrid a le Manzanarès.

Bilbao, des flots couverte.

Jette une pelouse verte

Sur ses murs noirs et caducs ;

Médina la chevalière.

Cachant sa pauvreté fîêre

Sous le manteau de ses ducs.

N'a rien que ses sycomores.

Car ses beaux ponts sont aux maures.

Aux romains ses aqueducs.

Valence a les clochers de ses trois cents églises ; L'austère Alcantara livre au souffle des brises Les drapeaux tmxs pendus en foule à ses piliers ; Salamanque en riant s'assied sur trois collines.

S'endort au son des mandolines, Et s'éveille en sursaut aux cris des écoliers.

Tortose est chère à saint Pierre ; Le marbre est comme la pierre Dans la riche Puycerda ; De sa bastille octogone Tuy se vante, et Tarragone De ses murs qu'un roi fonda ; Le Douro coule à Zamore ; Tolède a l'alcazar maure, Séville a la giralda.

Burgos de son chapitre étale la richesse ; Peilaflor est marquise, et Girone est duchesse ;

Bivar est une nonne aux sévères atours ; Toujours prête au combat, la sombre Pampelune, Avant de s'endormir aux rayons de la lune. Ferme sa ceinture de tours.

Toutes ces villes d^Espagne S'épandent dans la campagne Ou hérissent la sierra ; Toutes ont des citadelles Dont sous des mains infidèles Aucun beffroi ne vibra ; Toutes sur leurs cathédrales Ont des clochers en spirales ; Mais Grenade a TAlhambra.

L'Alhambra ! TAlhambra ! palais que les Génies Ont doré comme un rêve et rempli d'harmonies. Forteresse aux créneaux festonnés et croulants. Où Ton entend la nuit de magiques syllabes. Quand la lune, à travers les mille arceaux arabes. Sème les murs de trèfles blancs I

Grenade a plus de merveilles Que n*a de graines vermeilles Le beau fruit de ses vallons ; Grenade, la bien nommée.

Lorsque la guerre enflanmiée Déroule ses pavillons.

Cent fois plus terrible éclate Que la gi-enade écarlate Sur le front des bataillons.

Il n'est rien de plus beau ni de plus grand au monde ; Soit qu'à Vivataubin Vivaconlud réponde, Avec son clair tambour de clochettes onié ; Soit que, se couromiant de feux comme im calife.

5o8 LES ORIENTALES

L'éblouissant Généralife Élève dans la nuit son faîte illuminé.

Les clairons des Tours- Vermeilles Sonnent comme des abeilles Dont le vent chasse l'essaim ; Alcacava pour les fêtes A des cloches toujours prêtes A bourdonner dans son sein, Qui dans leurs tours africaines Vont éveiller les dulcaynes Du sonore Albaycin.

Grenade efface en tout ses rivales ; Grenade Chante plus mollement la molle sérénade ; Elle peint ses maisons de plus riches couleurs ; Et l'on dit que les vents suspendent leurs haleines Quand par un soir d'été Grenade dans ses plaines Répand ses femmes et ses fleurs.

L'Arabie est son aïeule.

Les maures, pour elle seule.

Aventuriers hasardeux, Joueraient l'Asie et l'Afrique, Mais Grenade est catholique, Grenade se raille d'eux ; Grenade, la belle ville.

Serait une autre Séville, S'il en pouvait être deux.

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