LA CAVALE
La cavale qui m'emporte dans le tumulte a les pieds longs, les crius épars, blanchâtres, se déployant sur son troat.
Son ongle est comme l'écuelle dans laquelle on donne à manger à un enfant. Il contient une chair compacte et ferme.
Ses talons sont parfaits, tant les tendons sont délicats.
Sa croupe est comme la pierre du torrent qu'a polie le cours d'une eau rapide ^.
Sa queue est comme le vêtement traînant de l'épouse... *.
A voir ses deux flancs maigres, on croirait un léopard couché.
Son cou est comme le palmier élevé entre les palmiers auquel a mis le feu un ennemi destructeur 3.
Les crins qui flottent sur les côtés de sa tête sont comme les boucles des femmes qui traversent le désert, montées sur des cavales, par un jour de vent.
Son front ressemble au dos d'un bouclier fabriqué par une main habile.
Ses narines rappellent l'idée d'un antre de bêtes féroces et d'hyènes, tant elles soufiient violemment.
Les poils qui couvrent le bas de ses jambes sont comme des plumes d'aigle noir, qui changent de couleur quand elles se hérissent.
Quand tu la vois arriver à toi, tu dis : C'est une sauterelle verte qui sort de l'étang.
Quand elle s'éloigne de toi, tu dirais : C'est un trépied solide qui n'a aucune fente *.
Si tu la vois en travers, tu diras : Ceci est une sauterelle qui a une queue et la tend en arrière.
Le fouet en tombant sur elle produit le bruit de la grêle.
Elle court comme une biche que poursuit un chasseur.
Elle fait des sauts pareils au cours des nuages qui passent sur la vallée sans l'arroser, et qui vont se verser sur une autre.
«Que les lecteurs d'un esprit prompt exercent sur ce tableau les forces de leur imagination », s'écrie, à propos de ce beau et bizarre passage, ce bon allemand Reiskc. qui préférait si cnergiqucmcnt le chameau frugai de Tara fa au cheval Pégase.
^ L'auteur a traduit ce passage dans les Adieux df Vhôicsse arabe :
Ses pieds fouillent le sol, sa croupe est belle A voir, Ferme, ronde et luisante, ainsi qu'un rocher noir Que polit une onde rapide.
^Tl y a ici quelque chose de tout i fait primitif et qui pourrait tout au plus se traduire en latin.
^ Son cou est fumant.
** Ceci est dans les mœurs, on dresse un trépied dans le désert pour faire la cuisine.