‹ Odes et balladesChapitre 145 sur 152 · PENDANT LE JOUR · texte numérisé non relu

PENDANT LE JOUR

On entendait le vent gémir dans les profondeurs des précipices.

Et nous marchions à l'heure de midi, traversant les souffles brûlants et empestés qui mettent en fusion les fibres du cerveau.

Ma chamelle était rapide comme le kaiha ^ qui traverse le désert,

Qui y vient chercher de l'eau, et se jette sur une source dont on n'a jamais approché, tant elle est entourée de solitudes impénétrables.

De même, je m'enfonce dans une plaine poussiéreuse, dont le sable agité ressemble à un vêtement rayé 2,

Je me plonge dans l'abîme de vapeurs dans lesquelles les bornes ^ ressemblent à des pêcheurs assis sur des écueils au bord de la mer.

Ma chamelle passait où il n'y avait pas de route, où il n'y avait pas d'habitants.

Et elle faisait voler la poussière, car elle passait comme la flèche lorsqu'elle fuit l'arc qui lance au loin.

Ces deux tableaux sont d'Omaïah ben Aïedz, poëte de la tribu poétique des Hudeïlites, qui habitait au couchant de la Mecque.

1 Oiseau du désert qui vole d'instinct à toutes les sources d'eau.

2 Cette belle et pittoresque expression a été traduite par l'auteur dans cette strophe de Mazeppa :

Et si l'infortuné, dont la tête se brise. Se débat, le cheval, qui devance la brise,

D'un bond plus effrayé S'enfonce au désert vaste, aride, infranchissable, Qui devant eux s'étend, avec ses plis de sable.

Comme un manteau rayé.

{Note de Védition originale.)

8 Qui indiquent les chemins.

Voici un fragment plus ancien encore, admirable de profondeur et de mélancolie. C'est beau autrement que Job et Homère, mais c'est aussi beau.

La fortune m'a fait descendre d'une montagne élevée dans une vallée profonde ;

La fortune m'avait élevé par la profusion de ses richesses : à présent je n'ai d'autre bien que l'honneur.

Le sort me fait pleurer aujourd'hui ; combien il m'a fait sounre autrefois !

Si ce n'était des filles à moi, faibles et tendres comme le duvet des petits kathas i,

Certes j'aimerais à être agité de long en large sur la terre ;

Mais nos enfants sont comme nos entrailles, nous en avons Isesoin.

Mes enfants ! si le vent soufflait sur un d'eux, mes yeux resteraient fixes.

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