‹ Odes et balladesChapitre 146 sur 152 · RENCONTRE DE TRIBUS · texte numérisé non relu

RENCONTRE DE TRIBUS

Ils se précipitèrent avec violence sur la tribu, et dispersèrent l'avant-garde comme un troupeau d'ânes sauvages, mais ils rencontrèrent un nuage plein de grêle 2,

Les lances en se plongeant dans le sang rendaient un son humide comme celui de la pluie qui tombe dans la pluie ^ ; les épées en frappant produisaient un son sec comme quand on fend du bois.

Les arcs rendaient des sifflements confus comme ceux d'um vent du sud qui pousse une eau glacée.

On eût dit que les combattants étaient sous un nuage d'été qui s'épure en versant sa pluie, tandis que de petites nuées amoncelées lancent leurs éclairs.

Le morceau suivant, qui est de Rabiah bcn al Kouden, nous semble remarquable par le désordre lyrique des idées. Il est curieux de voir de quelle façon les images s'engendrent une à une dans le cer-

1 Oiseaux du désert.

2 Le poëte ne se serait point borné à dire un nuage dans ce cas : un nuage est bienfaisant pour des arabes. Mais il dit un nuage plein de grêle, malfaisant.

3 La langue française n'a pas de mot pour rendre ce bruit de l'eau qui tombe dans l'eau : les anglais ont une expression parfaite, splash. Le mot arabe est bien iniitatif aussi, ghachghacJuL

veau du poète, et de retrouver Pindare sous la tente de l'arabe.

Tous les soirs suis-je donc condamné à être poursuivi de l'ombre de Chemina ? Quoiqu'elle ait éloigné de moi sa demeure, causerat-elle mon insomnie ?

A l'heure de la nuit je vois de son côté s'élever vers la contrée du Riàn im éclair vacillant qui vibre.

Je veille pour le regarder : il ressemble à la lampe de l'ennemi, brillant dans une citadelle bien fermée, inaccessible.

O mère d'Omar ! c'est une toiur que redoute le vil poltron ; sa tête se lève comme une pointe aiguë.

Les petits nuages blancs s'arrêtent siu" son sommet ; on dirait les fragpOLents de toile que tend un tisserand.

J'y ai monté : les étoiles enlacées comme un filet la touchaient r j'y ai atteint avant que l'aurore fût complète.

Les étoiles tendant vers le couchant semblaient ces blanches vaches sauvages qui s'enfuient du bord de l'étang où elles s'abreuvaient.

J'avais un arc jaune que la main aimait toucher ; mais moi seul l'avais touché ; comme une femme chaste, nul ne l'avait tenu que moi.

J'étendis siur mon arme mon vêtement qui l'a protégée toute la nuit contre la pluie qui s'entrelaçait dans l'air.

Le chemin qui conduit au château est uni comme le front d'une épouse, et je ne m'aperçus pas de sa longueur.

Les rangs de pierres qui le bordent sont comme les deux os qui s'élèvent de chaque côté de la tête ^.

Les extraits qu*on va lire sont du Hamasa, et sont inédits, en France du moins, car une édition de ce grand recueil s'imprime en Allemagne avec une version latine.

Ko tri ben al Fedjat el Mazeni dit :

Au jour de la mêlée, aucun de vous n'a été détourné par les nombreux dangers de mort.

. Il semblait que j'étais le but des lances 2, tant il m'en venait de la droite et de devant moi !

Tant ! que ce qui coulait de mon sang et du sang que je faisais couler colora nia selle et le mors de mon cheval.

Et je revins ; j'avais frappé ; car je suis comme le cheval de deux ans, qui a toute sa croissance ; je suis comme le cheval de cinq ans, qui a toutes ses dents.

1 Les tempes.

2 L'anneau dans lequel on s'exerce à viser.

Chemidher el Islami, du temps de l'Islam, dit :

(Après avoir tué celui qui avait tué son frère par surprise.)

Enfants de mon qncle ! ne me parlez plus de poésie, après l'avoir enterrée dans le désert de Ghomeïr ^

Nous ne sommes pas comme vous, qui attaquez sans bruit ; nous faisons face à la violence, et nous jugeons en cadis.

Mais nos arrêts contre vous, ce sont les épées, et nous sommes contents quand les épées le sont 2.

J'ai souffert de voir la guerre s'étendre entre nous et vous, enfants de mon oncle ! c'est cependant une chose naturelle.

Du temps de l'Islam, Oueddak ben Tsomeïl el Mazeni dit:

(La tribu de Mazen, dont faisait partie le poëte,

Eossédait près de Barrah un puits nommé Safouan. ,es Benou Scheihan le lui disputèrent. Tel est le sujet.)

Doucement, Bcncni Scheiban, ceux qui nous menacent parmi vons rencontreront demain une bonne cavalerie près de Safouan,

Des chevaux choisis, que n'intimide point le bruit du combat quand l'étroit champ de bataille se rapproche.

Et des hommes intrépides dans la mêlée ; ils s'y jettent, et chacun de leurs pas porte une épée d'Yémen, aux deux tranchants affilés.

Ils sont superbes, vêtus de cuirasses ; ils ont des coups à porter pour toutes les blessures.

Vous les rencontrerez, et vous reconnaîtrez des gens patients dans le malheur.

Quand on les appelle au secours, ils sont toujours prêts, et ne demandent point poiu: quelle guerre ou en quel lieu.

Salma ben lezid al Djofi, sur la mort d'un frère :

Je dis à mon âme, dans la solitude, et je la blâme : — Est-ce là de la constance et de la fermeté ?

Est-ce que tu ne sais pas que depuis que je vis je n'ai rencontré ce frère qu'au moment où le tombeau s'est ouvert entre lui et moi ?

Je semblais comme la mort, à cette séparation d'une nuit, et

ï Vous avez fui, vous vous êtes déshonorés ; ou : Vous avez enterré la poésie, source de toute gloire.

- Quand elles sont ébréchécs à force de frapper, dit le commentateur. Qu'importe le commentateur !

quelle séparation que celle qui ne doit cesser qu'au jour du jugement !

Ce qui calmait ma douleur, c'était de penser qu'un jour je le suivrais, quelque douce que soit la vie.

C'était un jevme homme vaillant, qui donnait à l'épée son dû dans le combat.

Quand il était riche, il se rapprochait de son ami ; il s'en éloignait, quand il était pauvre.

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