‹ Odes et balladesChapitre 148 sur 152 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

Tu as loué Leïla en rimes qui, par leur enchaînement, donnent l'idée d'une étoffe rayée d'Yémen.

Est-ce que les grasses et pesantes queues de brebis, mangées avec le lait aigre, sont comme le lait doux et crémeux des chamelles paissant des herbes douces, mangé avec la bosse délic|ite du chameau ?

Est-ce que l'odeur du genévrier et de l'acre chdh - ressemble à l'odeur de la violette sauvage {khozatfui), ou au frais parfum de la giroflée ?

On dirait que tu ne connais d'autre femme qu'Omm Xafi. On dirait que tu ne vois pas d'autre ombre, dont les hommes puissent désirer le frais, que son ombre, et aucune beauté sans elle.

Est-ce que 0mm Naufel nous a réveillés pour partir dans la nuit ? Aise et bonheur au voyageur nocturne qui hâte le pas !

Elle nous a réveillés, conuno, dans le désert sablonneux d'.\lidj, Omaya a tiré du sonuueil ceux de la tribu de Madjdcl.

Elles s'avancent toutes deux la nuit, de peur que les chameaux fatigués ne les laissent dans l'embarras.

* Nom de Taabatîi Chcrràn.

3 Herbe qui sert à tomier.

J'ai vu, et mes compagnons l'ont vu aussi, le feu de Oueddan, sur une éminence. C'était un bon feu, un feu bien flambant.

Quand ce feu languit, étouffé par la bnime, tout à coup on le voit se ranimer en couronne de flammes.

J'ai dit à mes compagnons : Suivez-moi ! Et ils descendirent de leurs clievaux, bons coureiurs, sveltes.

Nous nous reposâmes un court instant comme le katha, et les chamelles rapides, aux jambes écartées, nous emportèrent.

Il y a encore de l'obscurité dans ces fragments, mais il nous semble que la grâce et le sublime percent au travers.

Voici le début d'un poëme composé par Schanfari, poëte de la tribu d'Azed, et coureur de profession :

Enfants de ma mère ! montez sm: vos chameaux ; moi je me dirige vers d'autres gens que vous.

Les choses du voyage sont prêtes, la lune brille, les chameaux sont sanglés et sellés.

Il est sur la terre un lieu où l'on ne craint point la haine, un refuge contre le mal.

Par ma vie ! la terre n'est jamais étroite pour l'homme sage qui sait marcher la nuit vers l'objet de ses désirs, ou loin de l'objet de ses craintes.

J'aurai d'autres compagnons que vous, un loup endurci à la course, un léopard leste ; avec eux on ne craint point de voir son secret trahi.

Tous sont braves, repoussent l'insulte, et moi, comme eux, je m'élance sur l'ennemi à la première attaque !

Quel ton de grandeur, de tristesse et de fierté dans ce début ! Tel est le caractère général de ces poëmes de cent vers au plus, que les arabes nomment Cassideh.

Un autre poëte du divan de Bootheri, recueil de poésies d'hommes inconnus, fleurs du désert dont il ne reste que le parfum, dit :

Quand je vis les premiers ennemis paraître à travers les tamarins et les arbres épineux de la vallée.

Je pris mon manteau sans me tourner vers personne, je haïssais l'homme comme le hait le chameau à qui on vient de percer les narines i.

^ Pour placer l'anneau qui sert à le conduire.

Des arabes aux persans la transition est brusque ; c'est comme une nation de femmes après un peuple d'hommes. Il est curieux de trouver, à côté de ce que le génie a de plus simple, de plus mâle, de plus rude, l'esprit, rien que l'esprit, avec tous ses raffinements, toutes ses manières efféminées. La barbarie primitive, la dernière corruption ; l'enfance de l'art, et sa décrépitude. C'est le commencement et la fin de la poésie qui se touchent. Au reste, il y a beaucoup d'analogie entre la poésie persane et la poésie italienne. Des deux parts, madrigaux, concettis, fleurs et parfums. Peuples esclaves, poésies courtisanesques. Les persans sont les Italiens de l'Asie.

Si je voyais cette enchanteresse dans mon sommeil, je lui ferais le sacrifice de mon esprit et de ma foi.

Si un instant je pouvais placer mon front sous la plaJite de son pied,

Je ne tournerais plus mon visage vers la terre.

Si elle me disait : Ce pied est un esclave dans ma cour,

Je placerais ce pied sur la neuvième sphère céleste.

Oh ! ne dénoue pas ces tresses à l'odeur de jasmin ;

Ne fais pas honte aux parfums de la Chine.

Oh ! Rafi-Eddin, avec candeur et sincérité, fais de la poussière qu'elle foule le chemin de ton front.

Rafi-Eddin.

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