‹ Odes et balladesChapitre 149 sur 152 · AUTRE · texte numérisé non relu

AUTRE

Quel est le plus épars de tes cheveux ou de mes sens? Quel est l'objet le plus petit, ta bouche ou le fragment de mon cœur brisé ?

Est-ce la nuit, qui est la plus noire, ou ma pensée, ou le point qui orne ta joue ? quel est le plus droit, de ta taille, d'un cyprès, ou de mes paroles d'amour ?

Qui va chercher les cœurs ? ton approche ou les vers qui épanouissent l'âme ? qî^el est le plus pénible, de tes refus ou de mes plaintes qui brûlent ?

Chahpour Abhari.

Mais assez d'antithèses ; voici un ghazel d'une vraie beauté, d'une beauté arabe ;

56o LES ORIENTALES

Ceux qui volent à la recherche de la Caaba i, quand ils ont enfin atteint le but de leurs fatigues,

Voient une maison de pierre, haute, révérée, au milieu d'une vallée sans culture ;

Ils y entrent, afin d'y voir Dieu ; ils le cherchent longtemps et ne le voient point.

Quand avec tristesse ils ont parcouru la maison, ils entendent une voix au-dessus de leurs têtes :

— O adorateurs d'une maison ! pourquoi adorer de la pierre et de la boue ? Adorez l'autre maison, celle que cherchent les élus !

DjELAL EdDIN RoUMI.

Ce poëte est célèbre dans l'Orient. Il était très avancé dans le mysticisme des soufis, dont les hauts degrés sont un état de quiétude complète, d'anéantissement : c'est le mot dont ils se servent.

Ferideddin Attar, dans son poëme mystique le langage des Oiseaux, définit d'une façon remarquable cet état d'anéantissement, ou de pauvreté, comme ils disent encore :

L'essence de cette région est l'oubli; c'est la surdité, le mutisme, l 'évanouissement .

Un seul soleil efîace à tes yeux cent mille ombres.

L'océan universel, s'il s'agite, comment les figm-es tracées sur les eaux resteront-elles en place ?

Les deux mondes, le présent et l'avenir, sont des images que présente cette mer; celui qui dit : Ce n'est rien, est dans une bonne voie.

Quiconque est plongé dans l'océan du cœur a trouvé le repos dans cet anéantissement.

Le cœur, plein de repos dans cet océan, le cœur n'y trouve autre chose que le ne-pas-être.

(Notes du Pend-Namèh de Ferideddin Attar, publié par M. S. de Sacy.)

1 Maison apportée du ciel par les anges et où Abraham professa la doctrine d'un Dieu unique. Une autre tradition raconte que c'est le lieu où se rencontrèrent Adam et Eve après une longue séparation sur la terre. Ce temple fut dès la plus haute antiquité le point du pèlerinage des arabes que les musulmans continuent d'observer.

Voici six beaux vers de Ferdousi, le célèbre auteur de Chahnamèh {Livre des Rois) :

Quand la poussière se leva à l'approche de l'armée,

Les joues de nos illustres soldats devinrent pâles ;

Alors je levai cette hache de leckzhm 1,

Et d'un coup je fis un passage à mon armée.

Mon coursier poussait des cris comme un éléphant furieux ;

La plaine était agitée conmie les flots du Nil.

Jones a publié ce fragment en anglais. Togriiî ben Arslan, le dernier des Seljonkides, répéta ces vers à haute voix dans la bataille où il périt.

Le commencement du poëme de Sohrah, dans Ferdousi, ne nous semble pas moins remarquable :

J'ai appris d'un mobed 2 que Rustem se leva dès le matin.

Son esprit était chagrin ; il se prépara à la chasse ; il ceignit sa masse, et remplit son carquois de flèches.

Il sortit ; il sauta sur Rackch ^, et fit partir ce cheval à forme d'éléphant.

Il tournait la tête vers la frontière du Tourân, comme un lion furieux qui a vu le chasseur.

Quand il fut arrivé aux bornes du Tourân, il vit le désert plein d'ânes sauvages.

Le donneur de couronnes (Rustem) rougit comme la rose ; il fit un mouvement et lança Rackch.

Avec les flèches, et la masse, et le filet, il jeta à terre des troupes de gibier.

Nous terminons ces extraits par un pantoum ou chant malais, d'une délicieuse originalité :

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