ODES F VN A M BVLESQ^VES
A mes festins que le Scythe
Même cite, On boirait de l'hypocras !
J'obtiendrais des croix valaques
Et des plaques :
Je les ferais faire en strass ! »
Plus brillant qu'une cymbale
Tel s'emballe Et se voit légiférant, Ce raatassin crucifère
Qui sut faire Éclore Le Juif errant !
Et cependant des coulisses
Ses complices Vont tous prenant le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s'envole, Cigare aux dents, stick en main.
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En passant chacun s'étonne Et chantonne,
Et lui dit sur l'air du Tra :
u Oh ! la vilaine chenille Qui s'habille
Si tard un «joir d'Opéra ! »
Avril 1846.
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La Tristesse d'Oscar.
Jadis le bel Oscar, ce rival de Lauzun,
Du temps que son habit vert-pomme était dans un
État difficile à décrire, Et qu'enfin ses souliers, vainqueurs du pantalon, Laissant à chaque pas des morceaux de talon,
Poussaient de grands éclats de rire ;
Du temps que son coachman, pâle comme un navet, .- recourbait en plis tortueux, et n'avait
Plus de collet d'aucune sorte.
Aucun collet, pas même un collet... né Révoil, Et que son vieux chapeau, tout dépourvu de poil,
Prenait des tons de colle-forte ;
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O misère ! du temps que, tournant au lasting, Son pantalon, pareil aux tableaux de Drolling,
Avait ce vernis dont tu lustres Le gilet fabuleux de Fontbonne et son frac, Le bel Oscar disait à Paulin Limayrac,
Publiciste âgé de deux lustres :
« Dieu ! que ne suis-je assis dans le Palais-Bourbon ! Quand pourrai-je appeler Ledru-Rollin : Mon bon !
Et dire en voyant Buloz : Qu'est-ce ?
Et puis n'entendre plus dans quelque affreux recoin Ce monstre me crier : Tu n'iras pas plus loin !
Quand je veux passer à la caisse.
Paulin! si je payais le cens, ah! tu le sens. Je connaîtrais aussi ces billets de cinq cents
Qui sont les pommes de nos Èves, J'aurais le rameau d'or qui dompte les tailleurs, Et je verrais enfin des chemises ailleurs
Que parmi l'azur de mes rêv^s!
Oui ! je ferais remettre un verre à mon lorgnon ! Paulin, j'échangerais ma. panne et mon guignon
Contre l'aisance fantastique Du baron de Rothschild, et, gagnant à ce troc, 3e peignerais alors mes moustaches en croc
El j'y mettrais du cosmétique !
Je dînerais chez Douix! J'aurais des gants serins Pour poser au balcon des théâtres forains.
Et, profitant de son extase, J'abreuverais de luxe et de verres de rhum Une divinité, reine des Délass-Com,
De Montmartre ou du Petit-Laie! »
Ainsi parlait Oscar, l'âme et les sens aigris,
! )u temps qu'il arborait ces vastes chapeaux gris
Empruntés à d'anciens fumistes, Et que, plein d'amertume, il nettoyait ses gants Avec ces procédés beaux, mais extravagants,
Qui sont la gloire des chimistes.
152 ODES FVNAMBVLESQ^VES.
Il parlait, et ses yeux imitaient des poignards. Aujourd'hui, grâce aux voix de cinq cents montagnards,
Le voilà sorti de l'ornière Et Bignan le célèbre en d'officiels chants ; C'est la rosette rouge et non la fleur des champs
Qui fleurit à sa boutonnière.
Il rayonne, il est mis comme un notaire en deuil. Et cependant toujours parmi l'or de son œil
Brille une perle lacrymale ; 11 erre, les regards cloués sur les frontons, Triste comme un bonnet, ou comme ces croiltons
De pain que nous cache une malle!
Quel rêve peut troubler ce moderne Samson, Qui sur le nez des siens pose, comme l'ourson,
Des discours carrés par la base, Qui d'un pantalon vert couvre ses tibias, Et qui dans les divers patois charabias
Éclipse Charamaule et Baze?
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Ah ! quelque fiel toujours gâte notre hydromel ! Oui, quelque chose encore attriste ce Brummel
Qui, mettant chaque Amour en cage.
Effaçait les exploits du chevalier d'Éon ! Voilà ce qui l'agace : hier à l'Odéon
Un voyou l'a pris pour Bocage !
Juin i84«.
1$+ ODES F VNAMBVLESQ^VES.
Le Flan dans l'Odéon.
Avant que la brise adultère Qui fait le charme des hivers, N'émaille de recueils de vers Les parapets du quai Voltaire ; Avant que Chaumier Siméon N'ait publié ses hexamètres, Allez, allez, ô gens de lettres.
Manger du flan dans l'Odéon!
Des journaux qui mettent leur liste Dans l'Annuaire officiel, Il n'en est pas qui sous le ciel Soit plus mordoré que L'Artiste.
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Messieurs Paul, Arthur et Léon En sont les rédacteurs champêtres...
Allez, allez, ô gens de lettres, Manger du flan dans l'Odéon !
Il n'est pas de revue alpestre.
Pas de recueil ni de journal.
Soit chez Bertin ou Jubinal, Où viennent, vers la Saint-Sylvestre, Plus de ces chevaliers d'Éon, Moitié lorettes, moitié reîtres...
Allez, allez, ô gens de lettres.
Manger du flan dans l'Odéon !
Nulle part, dans le ciel sans brise, Les jeunes gens au cœur de feu Ne regardent d'un œil plus bleu La lune changer de chemise.
Ainsi la voyait Actéon Faire la planche sous les hêtres...
Allez, allez, ô gens de lettres.
Manger du flan dans l'Odéon !
156 ODES FVNAMBVLESQ^VES.
A L'Artiste, la grande actrice Fut Asphodèle Carabas, Carabas, qu'avec son cabas Buloz guignait pour rédactrice.
Hélas ! changeant caméléon, L'Artiste lui tourne les guêtres.., Allez, allez, ô gens de lettres, Manger du flan dans l'Odéon!
Un étranger vint à L'Artiste, Jeune, avec un air ahuri.
Était-ce un du Charivari, Du Furet, du Feuilletoniste?
Était-il le Timoléon Des Saint-Almes et des Virmaîtrcs.
Allez, allez, ô gens de lettres.
Manger du flan dans l'Odéon !
On ne savait. L'ange Asphodèle Fit avec lui deux mille vers.
Les Vermots et les Mantz divers Derrière eux tenaient la chandelle
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Us jouaient de raccordéon Pour mieux accompagner ces mètres.
Allez, allez, ô gens de lettres, Manger du flan dans l'Odéon !
La lune était à la fin nue, Et ses rayons, doux aux rimeurs, Parmi le gaz des allumeurs Découpaient en blanc sur la nue Les chapiteaux du Panthéon, Pareils à de grands baromètres...
Allez, allez, ô gens de lettres.
Manger du tian dans l'Odéon!
Mais contre Asphodèle rageuses, Des ba&-bleu8, confits par Gannal, Dans le salon bleu du journal Dansaient des polkas orageuses.
Les élèves de l'Orphéon Leur chantaient Les Bœufs aux fenêtres.
Allez, allez, 6 gens de lettres Manger du flan dans l'Odéon !
158 ODES FVNAMBVLESQ^VES.
On voit dormir au nid la caille Qu'un vautour fauve lorgne en bas :
Telle s'endormait Carabas.
Le jeune homme au lorgnon d'écaillé, C'était le doux Napoléon Citrouillard, l'un de nos vieux maîtres. Allez, allez, ô gens de lettres, Manger du flan dans l'Odéon!
Et, fougueux comme un Transtamare.
Citrouillard, ce dandy sans foi, La fit un jour, de par le Roi, Rédactrice du Tintamarre!
Elle y traduit Anacréon En vers de quatre centimètres...
Allez, allez, ô gens de lettres, Manger du flan dans l'Odéon !
Septembre 1846.
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L'Odéon.
Le mur lui-même semble enrhumé du cerveau. Bocage a passé là. L'Odéon, noir caveau,
Dans ses vastes dodécaèdres \'oit verdoyer la mousse. Aux fentes des pignons Tourrissent les lichens et les grands champignons
Bien plus robustes que des cèdres.
Tout est désert. Mais non, suspendu, sans clocher, Le grand nez de Lucas fend l'air comme un clocher.
Trop passionné pour Racine, Un pompier, dont le dos servait de point d'appui A es nez immoral, sans doute comme lui
Dans le sol avait pris racine.
l60 ODES FVNAMBVLESQ.VES.
« Ah! dit Mauzin, voyant sa pâleur de lotus, Poète, pour calmer ces affreux hiatus
En un lieu que la foule évite, Et pour te voir tordu par ce rire usité Chez les hommes qu'afflige une gibbosité,
Parle, que veux-tu ? Dis-le vite !
Que faut-il pour te voir plus gai que Limayrac? Veux-tu que je t'apporte une cruche de rack?
Dis, que te faut-il pour que rie Ta prunelle d'azur, pareille à des saphirs, Et pour voir tes cheveux s'envoler aux zéphyrs
Comme les crins de Vacquerie !
Qui pourrait dissiper ton noir abattement?
Te faut-il les gants bleus de monsieur Nettement,
Ou ce chapeau du roi de Garbe, Le chapeau de Thoré, cet homme si barbu Qu'un barbier ne pourrait, sans devenir fourbu,
En quatre ans lui faire la barbe !
ODES FVNAMBVLESQ VES. l6l
Pour sourire veux-tu le casque du pompier^ Qui consume ses nuits à voir estropier
La tragédie ou l'atellane?
Que veux-tu, rack, gants, feutre ou le beau casque d'oî — Ce que je veux? dit l'homme au profil de condor,
C'est un nez à la Roxelanc ! »
Juin 1848.