‹ Odes funambulesques, suivies d'un commentaireChapitre 20 sur 40 · ODES FVNAMBVLF. SQ^VES · texte numérisé non relu

ODES FVNAMBVLF. SQ^VES

Je fus, pauvre colombe, Triste, blessée au flanc; Déjà le soir qui tombe Glace mon jeune sang, Et, j'en ai fait le pacte.

Il faut qu'en femme exacte, Au bout du cinquième acte J'expire en peignoir blanc !

Pourtant, j'aime une vie Qu'un immortel trésor Poétise, ravie, Dans un si beau décor; J'aime pour mes extases Les feux des chry«oprases, Les rubis, les topazes.

Les tas d'argent et d'or!

Paris est une ville Où mille voyageurs Cherchent au Vaudeville De pudiques rougeurs.

OÙ toute jeune fille Aux façons de torpille Peut avoir ce qui brille Aux vitres des changeurs!

J'aime cette lumière Qui, des lustres fleuris, Tombe aux soirs de première Sur ma poudre de riz, Quand, aux loges de face, Ma petite grimace.

Malgré leur pose, efface Cerisette et Souris.

J'aime qu'en ma fournaise

Un lingot fonde entier,

Et que, pour me rendre aise,

Avec un luxe altier

De jeune Sulamite

Qui ne soit pas un mythe,

Plus d'un caissier imite

Grellet et Carpenticr !

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J'aime que le vieux comte Soit réduit aux abois En refaisant le compte Des perles que je bois, Enfin, cela m'allèche De sentir ma calèche Voler comme une flèche Par les détours du bois !

J'aime que l'on me bouge Un grand miroir princier, Pour me poser ce rouge Qui plaît à mon boursier, Tandis que ma compagne, Brune fille d'Espagne, Sur l'orgue m'accompagne Des chansons de Darcier !

Mais surtout, quand, dès l'aube, S'éloigne mon sous-chef Natif d'Arcis-sur-Aube, Renvoyé d'un ton bref,

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Dans ma main conquérante J'aime à tenir quarante Nouveaux coupons de rente, Et du papier Joseph !

Janvier 1857.

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Marchands de crayons.

IVose pleurait : Un bon jeune homme

La consola, veillant au grain.

« — Ah ! de quelque nom qu'on vous nomme,

Dit-elle, vous allez voir comme

J'ai raison d'avoir du chagrin!

Pour Meaux, ayant plié ma tente, En avril dernier je partis.

J'allais hériter de ma tante.

Dont la dépouille aujourd'hui tente Une foule de bons partis.

I7<5 ODES FVN AMBVt ESQ^VES.

Mais ce n'est pas dans la province Que resplendit mon firmament :

C'est ici que loge mon prince, L'homme pour qui mon cœur se pince, Mon Arthur, mon tout, mon amant !

Loin de lui mon âme est funèbre ; A sa voix, qui me fait rêver.

J'étais docile comme un zèbre!

C'est un individu célèbre :

•Où pourrais-je le retrouver?

Car en vain mon regard se dresse !

Comme Arthur ne m'a pas écrit.

J'ignore en tout point son adresse.

Comment donc faire avec adresse Ce que mon désir me prescrit?

O tristesse! jusqu'à la lie

Je te savoure et je te bois!

Sa rue, hélas! est démolie :

je vois avec mélancolie

Que l'on y pose un mur de bois ! »

« — Ne pleurez pas, mademoisellCj Dit le bon jeune homme éperdu A Rose, en se penchant vers elle; Vous allez voir avec quel zèle Nous chercherons l'Arthur perdu!

Puisqu'il s'agit d'un homme illustre, Venez au bal de l'Opéra.

Vous le trouverez sous le lustre, Appuyé sur quelque balustre !

Pour l'entrée, on vous la paiera.

Les voici tous deux à la fête, Dans cet endroit prestigieux.

Depuis les tapis jusqu'au faîte, Où la réunion est faite De ce que Paris a de mieux.

Tout est couleur, lumière, flamme.

Et l'on s'étouffe à trépasser.

Le bon jeune homme, exempt de blâme, Dit : — <( Cherchez l'ami de votre âme Parmi les gens qui vont passer!

178 ODES FVNAMBVLESQ^VES.

A-t-il quelque prééminence Sur l'élite de ces lions Du report et de la finance.

Chez qui la moindre lieutenance Vaut au moins quinze millions?

Voici le maître de Marseille, Lireux, Solar, grave et pensif, Millaud, à qui Phébus conseille La bienfaisance, et qui s'éveille Dans une maison d'or massif !

Puis voici la cohorte insigne Des artistes, cerveaux en Heur ; Hamon, gracieux comme un cygne, Galimard qui cherche la ligne, Préault qui trouve la couleur !

Puis Masson, fort de ses magies.

Et Couture, épris des hasards :

Tous deux à travers les orgies Ont vu passer, de sang rougies, Les ombres pâles des Césars.

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Voici Millet, voici Christophe, Et tous les fils de Phidias, Et Chenavard, ce philosophe, Aveuglé par un bout d'étoffe Que chiffonne en causant Diaz.

Voici des acteurs, Hyacinthe, Frederick, Fechter; admirons Grasso, qu'on abreuve d'absinthe, Et Gueymar, qui dans cette enceinte Assourdit la voix des clairons!

Puis voici les porteurs de lyre.

Les meilleurs Homères du jour.

Ceux que vers son calvaire attire Encore le double martyre Fait de poésie et d'amour !

Voici Musset, dieu de la ville, Et Dupont, maître de son pré.

Et Sainte-Beuve, et Théophile, Chanteur pour qui la muse file Des jours tissus d'un fil pourpré.

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Voici Bouilhet, que tu conseilles, Naïade antique au front de lys, Philoxène, amant de merveilles, Quij tout enfant, vit les abeilles Baiser les lèvres de Myrtis.

Puis, dans ce torrent qui s'épanche.

Voici les frères de Concourt ; Mirecourt, acharr;é sur Planche, Et Monselet à la main blanche.

Vers gui la Renommée accourt.

Orgueil des nouvelles déesses, Voici les trois frères Lévy, Tous si ruisselants de richesses Que les banquiers et les duchesses Les accostent d'un air ravi.

Connais-tu l'homme plein d'audace Devant ces hardis triumvirs.

Qui les regarde face à face, Et dont la jeune presse efface L'ancien blason des Elzévirs?

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C'est un fils d'Apollon et d'Eve, Le typographe Malassis, Qui tout bas invoque sans trêve Le poète inédit qui rêve.

Triste, et sur une malle assis.

Voici Vitu, chez qui s'allie A l'esprit l'or d'un podesta; Fauchery, venu d'Australie Avec cette douce folie Que de Bohême il emporta;

Puis Lherminier des Amériques!

Murger, aux pompons éclatants, Vide tous ces écrins féeriques.

Gozlan jure que les lyriques Dureront au plus cinquante ans'

O sœur de l'aube orientale, Regardez bien tous ces héros!

Car ils sont le luxe qu'étale Notre immortelle capitale : Après eux tout n'est que zéros. »

[82 ODES FVNAMBVLESQ^VES.

Il dit. La malheureuse fille, Ignorante de son destin Et rapide comme une anguille, Vers le flot confus qui fourmille Leva ses deux pieds de satin.

Sa vue à travers une houle Plongea dans les rangs espacés Des gens fameux ; puis dans la foule Elle tomba, lys que l'on foule!... — Ces timbaliers étaient passés.

« — Mais, hasarda tout bas son guide, Elle ouvrait ses yeux languissants, Quel peut donc être, enfant candide.

L'homme célèbre, mais perfide.

Qui n'est pas parmi ces passants?

Il n'est pas peintre? C'est étrange.

Alors, quel succès est le sien ?

Il n'est donc pas, non plus, mon ange. Poète, ou bien agent de change?

Ni boursier? ni musicien?

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— Si, répondit-elle, il se pique D'être un merveilleux baryton, Et, malgré son joli physique, Il fait souvent de la musique Avec son cornet à piston !

Son bonnet brille comme un phare Sur son costume officiel.

Lorsque, aux éclats de sa fanfare, Le moineau franc tremble et s'effare Et s'enfuit vers l'azur du ciel !

Il aimait à faire tapage

Par les beaux jours pleins de rayons,

Assis en vêtement de page

Sur le sommet d'un équipage.

Derrière un marchand de crayons!

Que de fois j'ai voulu les suivre, Mêlant mon cœur à l'instrument Qui répand les notes de cuivre, Ck)mme la gargouille et la guivre Se mêlent au noir monument !

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