‹ Odes funambulesques (volume 5)Chapitre 5 sur 75 · DE LÀ PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LÀ PREMIÈRE ÉDITION

£b qnoil s'écria-t-il, capont n'éUit-il donc pas assez beaa lorsqu'il paraissait avoir été construit en jaspe? Ne doiton pas craindre d'y poser les pieds, maintenant qu'il nous apparaît comme nn charmant et précieux assemblage d'émeraudes , de ch^ysoproses et de chrysolithes ?

GosTHS , L'Homme à la Lampç,

Les Éditeurs des Odes funambulesques ont-ils eu raison de rassembler en un volume ces feuilles volantes que le poète avait abandonnées comme un jouet pour la récréation des premières brises? Voilà assurément des fantaisies plus que frivoles; elles ne changeront en rien la face de la société, et elles ne se font même pas excu-

ser, comme d^aiitres poèmes de ce temps, par le génie. Bien plus, la borne idéale qui marque les limites du bon goût y est à chaque instant franchie, et, comme le remarque judicieusement M. Ponsard dans un vers qui survivrait à ses œuvres, si ses œuvres elles-mêmes ne devaient demeurer immortelles :

Quand la borne est franchie^ il n'est plus de limite.

Plus de limites, en effet, c'est le pays des fleuves aurifères, dés neiges éternelles, des forêts de. fleurs. Voici Théliante, l'asclépias, la mauve écarlate, la mousse blanche d'Espagne, les oiseaux -mouches, les troupeaux de buffalos et d'antilopes. Dans ces prairies ondulées, dans ces océans de verdure, habités aussi par des dindons, parcourus en tous sens par des Indiens coloriés d^une manière bizarre, notre homme, vêtu d'une bonne blouse de peau de daim et chaussé de mocassins aux semelles épaisses, chasse aux chevelures. Pourquoi la prairie parisienne n'aurail-elle pas son Henri Haller et son capitaine Mayne-Reid? Il y a bien la question du sang humain; rassurez- vous, toutefois : dans le, grand désert dont la Banque d& France et la Monnaie sput les

oa^is^ \o\^% le monde est chauve, et pe seront d^s gef^pq{|e§ ^ff)lpi{;ent que rei^fj^n^i de Navfijoe^ pn frac ^iiS7 peatjf^ I sa ce|atur(3. iTa ball,e dp &qsi riHe ]^e tif^ra que des m;|n|^eqi}fas ^ épouvante;; }ç8 oiseaux. S'il rçste même de Cfis inannequi;;s-l^! pa^ les oise4!?x sqpt deyéaus très-^^Iips. Ils pnt |u les cbaçses de M. Elzéar pi^ze et pell|&^ de ^. Yiardot. Ils ont lu par la mèqe ocçasiQQ d'autres cbasses et aussi que]queç repueils d'ana; si p^r basar4 on les en priait j^lpi^ foft, ils feraient leurs Échos de ParU et leur Courrier de Paris Jout couime M. Pdr raond Texier ou M- Villemot,

a P'aiflres temps , d^autres oises^ux! d'autres oiseaux ^ 9 d'autres chansops! » murmure le divin Henri Heine ^ et i} jjjgute :.

a Quel piaillement I on dirait des pies qui ont sauvé le ff C^pitqle !

« Quel ]?amagp ! Ce sont des moiaeau^avec des allu- (T mftte§ (Qbimiques dans les serres qui se donnent des (f air§ d'^igljBS portant la foudre de Jupiter. »

i^ ^ien, que fer§;-yous^ Argiens aux cDémides éléguitps? Âtt^qiijere^-ypu.s ces moineaux et ces pies à grands poup^ de l9.nce? N'est-ce pa§ assez d'une sarba-

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cane pour mettre en fuite une couvée de pierrots^ et, quant aux volatiles plus graves , à ceux qui servent de point de comparaison pour exprimer la majesté de Jonon aux bras de neige^ il suffit sans doute de leur arracher de ^aile une plume pour écrire un mot. Un mot! n'est-ce pas beaucoup déjà , lorsque tant de messieurs affairés font un métier de cheval^ et^ les yeux crevés y tournent du matin au soir la roue d'un pressoir qui n^écrase rien? Assurément ce temps-ci est un autre temps; ce qu^il appelle à grands cris, ce sont les oiseaux joyeux et libres; c'est la chanson bouffonne et la chanson lyrique. Lyrique^ parce qu'on mourra de dégoût si l'on ne prend pas, de ci de là, un grand bain d'azur^ et si Ton ne peut quelquefois pour se consoler de tant de médiocrités a rouler échevelés dans les étoiles^ » bouffonne... tout simplement^ mon Dieu ! parce qu'il se passe autour de nous des choses très-drôles. De temps en temps Aristophane refait bien sa comédie de Flutus^ qu'il intitule Mercadet^ ou une autre de ses comédies, qu'il intitule Vautrin^ ou Les Saltimbanques y ou autrement; mais toutes sortes d'obstacles arrêtent le cours des représentations^ car enfin l'art dramatique est dans le marasme. Et puis^ à ces

satires refaîtes après coup ^ il manque toujours la parabase des Oiseaux; il manque les chœurs , ces Odes vivantes qui font passer des personnages aux spectateurs du drame la même coupe remplie jusqu'aux bords d'un vin réparateur. En quelle langue peut-on s'écrier aujourd'hui sur un théâtre : a Faibles humains , semblables à «la feuille légère^ impuissantes créatures pétries de « ]imon et privées d'ailes^ pauvres mortels condamnés à « une vie éphémère et fugitive comme l'ombre ou comme a un songe léger^ écoutez les oiseaux, êtres immortels , «aériens, exempts de vieillesse^ occupés d'étemelles « pensées ! « d £n quelle langue pourrions-nous dire aux boursiers qui lisent dans leur stalle le cours de la Bourse : a L'Amour s'unissant aux ténèbres du Chaos ailé^ engen- « dra notre race au sein du vaste Tartare , et la mit au «jour la première. Avant que l'Amour eût tout mêlé,^ la «race des immortels n'existait pas encore; mais quand « le mélange de toutes choses fut accompli^ alors parut « le ciel^ l'océan, la terre et la race immortelle des dieux. « Ainsi nous sommes beaucoup plus anciens que tous les

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