‹ Odes funambulesquesChapitre 8 sur 42 · CÉLÉBRONS LES DÛU.X NOEUDS · texte numérisé non relu

CÉLÉBRONS LES DÛU.X NOEUDS

Second cou.

Mon cothurne est cassé.

ODES FVN AMBVLESQ^VES. 83

M, don Juan dans la loge infernale.

Veux-tu nous aimer, Gothe ?

Soupons-nous à l'Anglais?

M]le Gothe sur la scène.

Non, c'est une gargote.

Chœur des Suisses sur la scène.

« Courons armer nos bras ! »

Un triangle égaré.

Ktsin !

Une clarinette retardataire.

Trum !

Chœur de femmes sur la scène.

«Toi que l'oiseau Ne suivrait pas.' »

L'avoué.

Monsieur, ma femme est un roseau Pour la douceur.

Un violon méchant.

VZRUMZ ! VZRUMZ !

M. Arnoux sur le théâtre.

Hou! hou!

M. Obin sur le théâtre.

Tra, tra.

Premier cou.

Tin

Le monsieur met son pied le long de ma bottine.

M. Arnoux sur le théâtre.

La hou, la hou, la ha,

M. Obin sur le théâtre.

Tra trou, trou tra., trou, trou !

Le notaire ventru.

Monsieur, que pensez-vous du Genest de Rotrou ?

Chœur des Suisses sur la scène.

« Le glaive arme nos bras ! »

ODES FVNAMBVLESÇ^VES. 8$

V avoué.

Mais ! la pièce est baroque.

Ce n'est pas tout à fait dans les mœurs de l'époque. Elle aurait eu besoin d'un bon coup de ciseau.

Le notaire ventru.

Hum ! c'est selon.

M. Arnoux sur le théâtre.

Hou ! hou !

M. Obin sur le théâtre.

Tra! tra !

Chœur de femmes sur la scène.

«Toi que l'oiseau !...»

Chœur de femmes sur la scène.

«Toi qui n'es pas... »

M. Arnoux sur le théâtre.

Hou ! hou !

M. Obin stir le théâtre.

Tra! tra!

86 ODES FVNAMBVLESQ^VES.

La dame verte.

J'ai chaud aux joues.

Le triangle égaré.

Ktsin !

La clarinette retardataire.

Trum !

Le notaire ventru.

Bibiche, c'est le morceau que tu joues Sur ton piano.

Premier cou.

Ça!

L'avoué.

J'ai dit à Ducluzeau Ce que c'est que l'affaire.

Af. Arnoux sur le théâtre.

Hou ! hou !

Chœur de femmes sur la scène.

«Toi que l'oiseau!... »

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V/ ma blonde Évohé, ma muse au chant de cygne. Regarde ce qu'ils font de ce théâtre insigne. O pudeur! autrefois, dans ces décors vivants Où l'œil voyait courir le souffle ailé des vents, L'eau coulait en ruisseau dans les conques de marbre, Et le doigt du zéphyr pliait les feuilles d'arbre.

L'orchestre frémissant envoyait à la fois Son harmonie à l'air comme une seule voix ; Tout le corps de ballet marchait comme une armée : Les déesses du chant, troupe jeune et charmée, Belles comme Ophélie et comme Alaciel, Avaient dans le gosier tous les oiseaux du ciel; La danse laissait voir tous les trésors de Flore Sous les plis de maillots, vermeils comme l'aurore ; C'était la vive Elssler, ce volcan adouci, Lucile et Carlotta, celle qui marche aussi

ODES FVNAMBVLESQVES.

Avec ses pieds charmants, armés d'ailes hautaines, Sur la cime des blés et l'azur des fontaines. L'audace d'une femme, arrêtant ce concours, A remis une bande au bas des jupons courts Et plongé les ténors au sein de la banlieue.

Cruelle Éris, déesse à chevelure bleue, Déesse au dard sanglant, déesse au fouet vainqueur, Change mon encre en fiel ; mets autour de mon cœur L'armure adamantine, et dans mon front évoque, Mètre de clous armé, l'ïambe d'Archiloque! L'ïambe est de saison, l'ïambe et sa fureur, Pour peindre dignement ces spectacles d'horreur Et les sombres détails de ce cloaque immense. Vous, mesdames, prenez vos flacons, je commence.

Un fantôme d'Habneck, honteux de son déchet, Agite tristement un fantôme d'archet; L'harmonieux vieillard est quinteux et morose : Il est devenu gai comme Louis Monrose.

Ses violons fameux que l'on voyait, dit-on, Pleins d'une ardeur si noble, obéir au bâton, L'archet morne à présent et la corde lâchée, Semblent se conformer à sa mine fâchée ; Et tout l'orchestre, avec ses cuivres en chaudrons, Ainsi qu'un vieux banquier poursuivant ses tendrons,

ODES FVNAMBVLESQVES.

Ou qu'un vers enjambant de césure en césure. Lui-même se poursuit de mesure en mesure.

La musique sauvage et le drôle de cor Qui guide au premier mai la famille Bouthor ; Chez notre Deburau, les trois vieillards épiques Qui font grincer des airs pointus comme des piques ; Le concert souterrain des aveugles ; enfin L'antique piano qui grogne à Séraphin Et l'orchestre des chiens qu'on montre dans les foires, Auprès de celui-là charment leurs auditoires. Mais si rempli qu'il soit de grincements de dents, Quels que soient les canards qui barbotent dedans, Si féroce qu'il semble à toute oreille tendre, Il vaut mieux que le chant qu'il empêche d'entendre.

•Les choristes, rangés en affreux bataillons, Marchent ad libitum en traînant des haillons ; Les femmes, effrayant le dandy qu'elles visent, Chantent faux des vers faux ; même, elles improvisent ! O ruines ! leurs dents croulent comme un vieux mur, Et ces divinités, toutes d'un âge mûr, Dont la plus séduisante est horriblement laide, Font rêver par leurs os aux dagues de Tolède. Leurs jupons évidés marchent à grands frous-frous, Et leur visage bleu, percé de mille trous,

ÇO ODES FVNAMBVLESQJVES.

S'étale avec orgueil comme une vieille cible. Les hommes sont plus laids encor, si c'est possible. Triste fin ! si l'on songe, en voyant ces objets. Que ce chœur endurci vaut les premiers sujets !

Plus de ténors! Leur si demande un cataplasme. Et Yut, le fameux ut, tombe dans le marasme. En vain Pillet tremblant envoya ses zélés Parcourir l'Italie avec leurs pieds ailés ; En vain ils ont fouillé Rome, ville papale, Naples, où la princesse à la pâleur fatale Donne des rendez-vous aux jeunes cavaliers, Et, courtisane avec des palais en colliers, Venise, où lord Byron, deux fois vainqueur des ondes, Poussait son noir coursier le long des vagues blondes, Et Florence, où l'Arno, parmi ses flots tremblants, Mêle l'azur du ciel avec les marbres blancs ; Jusqu'au golfe enchanteur qu'un paradis limite, L'ut ne veut plus lutter, le ténor est un mythe.

Seul, ô Duprez ! toujours plus grand, toujours vainqueur, Toujours lançant au ciel ton chant qui sort du cœur, Fièrement appuyé sur ta large méthode, Qui reste, comme l'art, au-dessus de la mode, O Duprez! ô Robert! Arnold! Eléazar!

En voyant les cailloux qu'on met devant ton char,

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Et les rivaux honteux que la haine te donne Lorsque ta voix sublime à la fin t'abandonne. Toujours maître de toi, tu luttes en héros, Toujours roi, toujours fort, tandis que tes bourreaux Inventent vingt ténors devant qui Ton s'incline, Et qui durent un an, comme la crinoline.

Ah ! du moins nous avons la Danse, un art divin! Et l'homme le plus fait pour être un écrivain, Célébrât-il Louis et portât-il perruque, Fût-il Caton, fût-il Boileau, fût-il eunuque, Ne pourrait découvrir l'ombre d'un iota Pour défendre à ses vers d'admirer Carlotta. Son corps souple et nerveux a de suaves lignes; Vive comme le vent, douce comme les cygnes, L'aile d'un jeune oiseau soutient ses pieds charmants, Ses yeux ont des reflets comme des diamants, Ses lèvres à PÉden auraient servi de portes; Le jardin de Ronsard, de Belleau, de Desportes, Devant Cypre et Chloris toujours extasiés, A, pour les embellir, donné tous ses rosiers.

Elle va dans l'azur, laissant flotter ses voile?, Conduire en souriant la danse des étoiles, Poursuivre les oiseaux et prendre les rayons ; Et, par les belles nuits, d'en bas nous la voyons.,

92 ODES FVNAMBVLESQ^VES.

Dans les plaines du ciel d'ombre diminuées. Jouer, entrelacée à ses sœurs les nuées, Ouvrir son éventail et se mirer dans l'eau.

Qu'auriez-vous pu trouver à redire, ô Boileau? Une chose bien simple, hélas ! La jalousie Nous cache tout ce luxe et cette poésie, De même qu'autrefois, par un crime impuni, Les mêmes envieux cachaient Taglioni, Cet autre ange charmant des cieux imaginaires. Sombre Junon ! Les Dieux ont-ils de ces colères?

Aimez-vous les décors? On n'en met nulle part. Les vieux servent toujours, percés de part en part, Et, par la main du Temps noircis comme des forges, Ils pendent en lambeaux comme de vieilles gorges. Les arbres sont orange, et, dans Guillaume Tell, La montagne est percée à jour comme un tunnel. Le temple de Robert, ses colonnes en loques, S'agite aux quatre vents comme des pendeloques, Et le couvent a l'air de s'être bien battu. Dans La Muette enfin, mirabile dictu!

L'éruption se fait avec du papier rouge Derrière lequel brille un lampion qui bouge.

Le machiniste, un sage, ennemi des succès, Imite à tour de bras le Théâtre-Français.

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Les travestissements, les changements à vue, Les transformations sont comme une revue De la garde civique : on les manque toujours. Les Français, l'Od-éon, sont les seules amours Du machiniste en chef; il a cette coutume D'étrangler les acteurs en tirant leur costume. Quelques-uns sont vivants ; s'ils en ont réchappé, C'est que le machiniste une fois s'est trompé, Et rêvait d'Abufar, qu'il voit chaque dimanche. C'est un homme d'esprit qui prendra sa revanche.

Enfin, on voit maigrir, comme un corps de ballet, Des marcheuses , des rats , peuple jaune et fort laid Qui n'ont jamais dansé qu'à la Grande-Chartreuse, Et qui, réjouissant de leur maigreur affreuse Les lions estompés au cosmétique noir, Prennent des rendez-vous pour le souper du soir.

Nous qui ne sommes pas danseurs, prenons la fuite. Allons souper aussi, mon cœur, mais tout de suite, Et tâchons d'oublier, en buvant de bons vins, Cet hospice fameux, rival des Quinze-Vingts.

Décembre 184$.

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L'Amour a Paris.

Fille du grand Daumier ou du sublime Chain. Toi qui porte du reps et du madapolam, O Muse de Paris ! toi par qui l'on admire Les peignoirs érudits qui naissent chez Palmyre, Toi qui pour notre siècle inventa les corsets A la minute, amour du puff et du succès ! Toi qui chez la comtesse et chez la chambrière Colportes Marivaux retouché par Barrière, Précieuse Evohé! chante, après Gavarnr, L'amour et la constance en brodequin verni. Dans ces pays lointains situés à dix lieues, Où l'Oise dans la Seine épanche ses eaux'bleues, Parmi ces Saharas récemment découverts, Quand l'indigène ému voit passer dans nos vers

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Ces mots déjà caducs : rat, grisette ou lorette, 11 se cabre, on l'entend fredonner : Turlurette ! Et, l'œil dans le ciel bleu, ce naturel naïf Évacue un sonnet imité de Baïf.

Il voit dans le verger qu'il eut en patrimoine Tourbillonner en chœur les cauchemars d'Antoine Le voilà frémissant et rouge comme un coq ; Il rêve, il doute, il songe, et tout son Paul de Kock Lui revient en mémoire, et, pendant trois semaines, Fait partir à ses yeux des chandelles romaines Et dans son cœur troublé met tout en désarroi, Comme un feu d'artifice à la fête du roi.

La grisette ! Il revoit la petite fenêtre. Les rayons souriants du jour qui vient de naître, A leur premier réveil, comme un cadre enchanteur, Dorent les liserons et les pois de senteur. Une tête charmante, un ange, une vignette De ce gai reposoir agace la lorgnette.

En voyant de la rue un rire triomphant Ouvrir des dents de perle, on dirait qu'un enfant Ou quelque sylphe, épris de leurs touffes écloses, A fait choir, en jouant, du lait parmi les roses.

Elle va se lacer en chantant sa chanson, Lisette ou U Andalouse ou bien Mimi Pinson,

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Puis tendre son bas blanc sur sa jambe plus blanche ; Les plis du frais jupon vont embrasser sa hanche Et cacher cent trésors, et du cachot de grès La naïade aux yeux bleus glissera sans regrets Sur sa folle poitrine et sur son col, que baigne Un doux or délivré des morsures du peigne.

Ce poème fini, dans un grossier réseau Elle va becqueter son déjeuner d'oiseau, Pais, son ouvrage en main, sur sa chaise de paille, La folle va laisser, tandis qu'elle travaille, L'aiguille aux dents d'acier mordre ses petits doigts Et, comme un frais méandre égaré dans les bois, Elle entrelacera, modeste poésie, Les fleurs de son caprice et de sa fantaisie.

C'est ce que l'on appelle une brodeuse. Hélas! Depuis qu'en ses romans, faits pour le doux Hylas, Paul de Rock embellit, d'une main paternelle, Cette fleur d'amourette en soulier de prunelle, Combien ces frais croquis, plus faux que des jetons, Ont fait dans notre ciel errer de Phaétons ! La grisette, doux rêve ! Elle avait ses apôtres, Balzac et Gavarni mentaient comme les autres; Mais, un jour, Roqueplan, s'étant mis à l'affût, Dit un mot de génie, et la Lorette fut !

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Hurrah ! les Aglaé ! les Ida, les charmantes, En avant ! Le Champagne a baptisé les mantes ! Déchirons nos gants blancs au seuil de l'Opéra ! Après, la Maison-d'Or ! Corinne chantera, Et puis, nous ferons tous, comme c'est nécessaire, Des mots qui paraîtront demain dans Le Corsaire ! Des mots tout neufs, si bien arrachés au trépas, Qu'ils se rendent parfois, mais qu'ils ne meurent pas !

Écoutez Pomaré, reine de la folie, Qui chante : Un général de V armée d'Italie! Ah ! bravo ! c'est épique, on ne peut le nier. Quel aplomb ! je l'avais entendu l'an dernier. Vive Laïs ! Corinthe existe au sein des Gaules ! Ah ! nous avons vraiment les femmes les plus drôles De Paris ! Périclès vit chez nous en exil, Et nous nous amusons beaucoup. Quelle heure est-il?

Évohé ! toi qui sais le fond de ces arcanes, Depuis la Maison-d'Or jusqu'au bureau des cannes. Toi qui portas naguère avec assez d'ardeur Le claque enrubanné du fameux débardeur, Apparais! Montre-nous, ô femme sibylline, La pâle Vérité nue et sans crinoline, Et convaincs une fois les faiseurs de journaux De complicité vile avec les Oudinots.

çB ODES FVNAMBVLESQVES.

Descends jusques au fond de ces hontes immenses Qui sont le paradis des auteurs de romances, Dis-nous tous les détours de ces gouffres amers, Et si la perle en feu rayonne au fond des mers, Et quels monstres, avec leurs cent gueules ouvertes, Attendent le nageur tombé dans les eaux vertes.

Mène-nous par la main au fond de ces tombeaux ! Montre ces jeunes corps si pâles et si beaux D'où la beauté s'enfuit, désespérée et lasse ! Fais-nous voir la misère et l'impudeur sans grâce ! Parcours, en exhalant tes regrets superflus, Ces beaux temples de l'âme où le dieu ne vit plus, Sans craindre d'y salir ta cheville nacrée. Tu peux entrer partout, car la Muse est sacrée.

Mais du moins, Évohé, si la jeune Laïs, Avec ses cheveux d'or, blonds comme le maïs, N 'enchaîne déjà plus son amant Diogène ; Dans ces murs, d'où s'enfuit l'esprit avec la gêne, Si leur Alcibiade et leur sage Phryné Abandonnent déjà ce siècle nouveau-né ; Si dans notre Paris Athènes est bien morte, Dans les salons dorés où se tient à la porte La noble Courtoisie, il est plus d'un grand nom Qui dérobe la grâce et l'esprit de Ninon.

ODES FVNAMBVLESQVES. ÇÇ

Là, l'amour est un art comme la poésie :

Le Caprice aux yeux verts, la rose Fantaisie

Poussent la blanche nef que guident sur son lac

Anacréon, Ovide et le divin Balzac,

Et mènent sur ces flots, où le doux zéphyr passe,

La Volupté plus belle encore que la Grâce !

O doux mensonge ! Avec tes ongles déjà longs, Tâche d'égratigner la porte des salons, Et peins-nous, s'il se peut, en paroles courtoises, Les amours de duchesse et les amours bourgeoises! Dis l'enfant Chérubin tenant sur ses genoux Sa marraine aujourd'hui moins sévère; dis-nous La nouvelle Phryné, lascive et dédaigneuse, Instruisant les d'Espard après les Maufrigneuse ; Dis-nous les nobles seins que froissent les talons Des superbes chasseurs choisis pour étalons; Et comment Messaline, encore extasiée, Au matin rentre lasse et non rassasiée, Pâle, essoufflée, en eau, suivant l'ombre du mur, Tandis que son époux, orateur déjà mûr, Dans son boudoir de pair désinfecté par l'ambre, Interpelle un miroir en attendant la Chambre!

Ah ! posons nos deux mains sur notre cœur sanglant ! Ce n'est pas sans gémir qu'on cherche, en se troublant,

ODES FVNAMBVLESQJ/ES.

Quelle plaie ouvre encor, dans l'éternelle Troie, L'implacable Cypris attachée à sa proie ! Quand il parle d'amour sans pleurer et crier, Le plus heureux de nous, quel que soit le laurier Ou le myrte charmant dont sa tête se ceigne, Sejit grincer à son flanc la blessure qui saigne, Et se plaindre et fréjnir. avec un ris moqueur, L'ouragan du passé dans les flots de son cœur!

Février 1S46

ODES FVN AMBV L ES QJ/ ES.

Une Vieille Lune.

Mot

Chère infidèle ! eh bien, qu'êtes-vous devenue? Depuis quinze grands jours vous n'êtes pas venue ! Chaque nuit, à l'abri du rideau de satin, Ma bougie en pleurant brûle jusqu'au matin; Je m'endors sans tenir votre main adorée, Et lorsque vient l'Aurore en voiture dorée. Je cherche vainement dans les plis des coussins Les deux nids parfumés où s'endorment vos seins^ Comme de doux oiseaux sur le marbre des tombes, Qu'en faisiez-vous là-bas de ces blanches colombes? Et tu ne m'aimes plus.

Evohé.

Je vous aime toujours.

ODES FVNAMBVLES^VES.

Moi.

Que faisais-tu, rivale en fleur des Pompadours? Un corset un peu juste, une étroite chaussure Ont-ils égratigné d'une rose blessure Tes beaux pieds frissonnants comme des lys pâlis? Un drap trop dur, froissé par tes ongles polis, A-t-il enfin meurtri, dans ses neiges tramées, Ces bijoux rougissants, pareils à des camées ? As-tu brisé ta lyre en chantant Kradoudja? Ou bien, dans ces doux vers que l'on aimait déjà, Ta soubrette Cypris a-t-elle, d'aventure, En te frisant le soir, plié ta chevelure? As-tu perdu ta voix et ton gazouillement?

Évohé, Je suis harmonieuse et belle, ô mon amant ! Le drap tissu de neige et la chaussure noire N'a pas mordu mes pieds ni mes ongles d'ivoire ; Ma soubrette Cypris, qui m'aime quand je veux, N'a pas coupé nos vers pour plier mes cheveux : On admire toujours les cent perles féeriques Et les purs diamants de mes écrins lyriques : Les Éros voletants me servent d'échansons, Et ma lyre d'argent est pleine de chansons.

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