‹ Odes (volume 2)Chapitre 12 sur 50 · ODE X · texte numérisé non relu

ODE X

Qui par gloire, ou par mauvaistié, Ou par nonchalante paresse Aura tranché de l'amitié Le nœud qui les amitiez presse:

A celuy d'une loy expresse Je defens qu'en nulle saison Ne s'héberge dans ma maison:

Et qu'avec moy sus le rivage Compagnon d'un mesme voyage,

58 P. de Ronsard. [177. —X

Poilu, ne coupe le lien

Qui tient l'hosteliere navire:

12 >Car Jupiter le Philien

^Quelquefois avecque le pire

»Punit le juste, et peu souvant

>On voit la vengeresse peine

x-Souffrir comme boiteuse et va!ne, 17 »Le meschant s'enfuyr devant.

Que sert à l'homme de piller

Tous les printemps de l'Arabie,

Et de ses moissons despouiller 21 Soit la Sicile, ou la Lybie,

Ou desrober l'Inde annoblie

Aux trésors de son bord gemmé,

S'il n'aime, et s'il n'est point aimé?

25 Si tout le monde le desdaigne,

Si nul second ne l'accompaigne

Soliciteux de son amy,

Comme un Patrocle pitoyable 29 Suivoit Achille, fust parmy

La nue la plus effroyable

Des Lyciens, lors qu'odieux

Contre Priam soufloit son ire,

Fust quand paisible, sus la lyre 34 Chantoit les hommes et les Dieux ? Le temps qui a commandement

Sus ces grands masses sourcilleuses,

Qui devallent leur fondement 38 Jusques aux ondes sommeilleuses,

Ne les menaces orgueilleuses

Des fiers Tyrans, ne sçauroient pas

Escrouler ne ruer en bas 42 La ferme amour que je te porte,

Tant elle est en sa force, forte.

Et si avec toy librement

Je ne puis franchir les montagnes, 46 Qu'Hannibal cassa durement

Haineux des Latines campagnes, Pour-tant ne mesprise ma foy:

Car l'aspre soin qui m'enchevestre, Seul m'alente, et m'engarde d'estre

51 Prompt à voler avecque toy.

Mais s'il te plaist de retenir Ta fuite disposte et légère, Jusqu'au temps qu'on voit revenir

55 L'Aronde des fleurs messagère:

De prompte jambe voyagere Je te suivray, fust pour trouver L'onde où Phcebus vient abreuver

59 S?s chevaux suans de la course, Ou du Nil l'incertaine source.

Mais si le désir courageux Te pique tant, qu'il t'importune

63 De forcer l'hyver outrageux.

Et la saison mal-opportune, Marche, fuy, va légèrement:

L'oiseau Menalien, Mercure, Le Dieu qui des passans a cure,

68 Te puisse guider dextrement.

Ces meurtriers pelottons volans Que l'orage par les monts boule, Ne te soient durs ny violans:

12 Et l'eau qui par ravines coule Du just de la neige qui roule, Demeure coye sans broncher Quand tu voudras en approcher:

76 La froide gorge Thracienne Et la pluyeuse Lybienne Serrent leurs vents audacieux:

Que rien sus les monts ne resonne

80 Fors un Zephire gracieux.

Imitant ton luth quand il sonne:

Phcebus aussi qui a cognu Combien son Poète te prise,

60 P. de Ronsard. [177. — X

Clair, par les champs te favorise, 85 Et sa sœur au beau front cornu.

Quand tu te seras approché

Des belles plaines d'Italie,

Vy, Lignery, pur du péché 89 Qui l'amitié première oublie:

N'endure que l'âge deslie

Le nœud que les Grâces ont joint.

O temps où Ion ne souloit point 93 Courir à l'onde Hyperborée!

Telle saison fut bien dorée.

En laquelle on se contentoit

De voir de son toict la fumée, 97 Lors que la terre on ne hantoit

D'un autre Soleil allumée:

Et les mortels heureux alors

Remplis d'innocence naïve,

Ne cognoissoient rien que la rive 102 Et les flancs de leurs prochains bors. Tu me diras à ton retour

Combien de lacs et de rivières

Lèchent les murs d'un large tour 106 De tant de grosses villes fieres:

Quelles citez vont les premières

En brave nom le plus vanté:

Et par moy te sera chanté 110 Ma Franciade commencée,

Si le Roy meurit ma pensée,

Tandis sur le Loir je suivre

Un petit toreau que je voue 114 A ton retour, qui ja sevré

Tout seul par les herbes se joue,

Blanchissant d'une note au front:

Sa marque imite de la Lune

Les feux courbez, quand l'une et l'une 119 De ses deux cornes se refont.

Kl. — 178] V. Livre des Odes. 61

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