ODE XXXII
En vous donnant ce portrait mien, Dame, je ne vous donne rien:
Car tout le bien qui estoit nostre,
4 Amour dés le jour le fist vostre, Que je receu dedans le cœur Vostre nom et vostre rigueur:
Puis la chose est bien raisonnable,
8 Que la peinture resemblable Au corps, qui languist en soucy Pour vostre amour, soit vostre aussi.
92 P. de Ronsard. [200.— XXXIII
Mais voyez comme elle me semble
12 Pensive, triste et palle ensemble, Portraite de mesme couleur Qu'Amour a portrait son seigneur !
Que pleust à Dieu que la Nature
16 M'eust fait au cœur une ouverture, Afin que vous eussiez pouvoir De me cognoistre et de me voir !
Làsl ce n'est rien de voir, Maistresse,
20 La face qui est tromperesse,
Et le front bien souvent moqueur:
C'est le tout que de voir le cœur:
Vous voirrez du mien la constance,
24 La foy, l'amour, l'obeyssance :
Et les voyant, peut cstre aussi Qu'auriez de luy quelque merci, Et des angoisses qu'il endure:
28 Voire quand vous seriez plus dure Que les rochers Caucaseans, Ou les naufrages Aegeans, Qui sourds, n'entendent les prières
32 Des pauvres barques marinières