‹ Odes (volume 3)Chapitre 18 sur 27 · ODE XII · texte numérisé non relu

ODE XII

Stro. 1.

»Le Potier hait le Potier, »Le Feuvre le Charpentier, »Le Poëte tout ainsi 4 ^Hait celuy qui l'est aussi (Comme a dit la voix sucrée Du vieil habitant d'Ascrée:) Mais tu as par ta vertu 8 Ce vieil Proverbe abbatu, Vantant mon petit mérite (Sans te monstrer envieux) Devant nostre Marguerite 12 Le rare présent des cieux.

Antistro.

»Phœbus ravit les neuf Sœurs,

iPuis leurs picquantes douceurs

» Ravissent les beaux espris, 16 »Qui d'elles se sont espris:

Et mon ame n'est ravie

Que d'une bruslante envie

D'oser un labeur tenter 20 Pour mon Prince contenter,

Afin que mon petit œuvre

2] I. Llvrs iea Oies 89

Sa grand'main flatte si bien, Que quelquefois je la treuve 24 Ingénieuse à mon bien.

Epode.

Celuy qui d'un reth pourchasse Les po'ssons, ou cestuy-là Qui par les montagnes chasse Les bestes deçà et là,

29 C'est afin qu'un peu de proye La Fortune luy ottroye:

Mais l'homme plein de bon-heur, Qui suit comme moy les Princes Et les grands Dieux des provinces.

34 C'est pour se combler d'honneur:

Stro. 2.

Laissant au peuple ignorant

Un crevecœur dévorant,

Béant après la vertu 33 Dont le sage est revestu.

>Les uns en cecy excédent,

»Le3 autres cela possèdent:

Mais Dieu dessus les Rois met 42 Des richesses le sommet.

Au Poète qui s'amuse

Comme moy de les vanter,

Calliope ne refuse 46 De l'ouyr tousjours chanter.

Quand Phœbus s'esleve aux cieux, L'ombre fuit devant ses yeux:

Ainsi où ta Muse fuit, 50 La sourde Ignorance :uit, Rendant les bouches muëtes De noz malheureux Poètes,

90 P- de Ronsard. [K

Qui souloient comme pourceaux 54 Souiller le clair des ruisseaux:

Les beaux vers que j'ay veu naistre

Si heureusement de toy,

Te rendent bien digne d'estre 58 Prisé de la sœur d'un Roy.

Epode.

Ta fameuse renommée

Qui doit voir tout l'univers,

Me prie d'estre nommée

Par la trompe de mes vers, 63 Et le feray : car ta gloire

S'esgaye de la mémoire:

Puis les Seurs conte ne font

De nul papier, s'il ne porte,

A la Dorienne sorte, 68 Ton beau nom dessus le front.

A JEAN D'AURAT, Lecteur du Roy.

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