ODE XI1II
Stro. 1.
J'ay tousjours celé les fautes Dont mes amis sont tachez, J'ay tousjours teu leurs péchez, Et non pas leurs vertus hautes:
5 Car moy qui suis le sonneur Et le courrier des mérites, Je n'employé mes Charités
92 P- de Ronsard. 114
Qu'à la trafique d'honneur,
Que le Ciel large donneur 10 Ayant pareil soin de toy,
T"a departy comme à moy,
Versant sur ta langue sage
Un saint trésor de beaux vers,
Afin que son doux message 15 S'espande par l'univers.
Maint chemin nous peut attraire
Pour venir à la vertu:
D'un bien un tel est vestu,
L'autre d'un autre au contraire.
20 Première j'ay dit la façon
D'accorder le luth aux Odes,
Et premier tu t'accommodes
A la tragique chanson,
Espouvantant d'un grand son 25 Et d'un stile tel qu'il faut
Nostre François eschafaut:
Des grands Princes misérables
Trainant en long les regrets
Par tonnerres exécrables 30 Bruyans es tragiques Grecs.
Epode.
»D'esprit, et d'art, volontiers sEn tout différents nous sommes:
»Ne deux ne quatre mestiers -Ne nourrissent pas les hommes:
35 *Mais quiconque a le sçavoir, » Celui doit l'honneur avoir.
O Baïf, la plume pronte A vouloir monter aux cieux, D'un vol qui la mort surmonte
40 Trompe l'enfer odieux.
15] I. Livre des 0 ; :-. 93