ODE XV
Stro. 1.
La fable elabourée Descrite heureusement D'une plume dorée Nous trompe doucement, A l'un donnant la gloire Qu'il n'a pas mérité, 7 Faisant par le faux croire Qu'on voit la vérité:
Car tout ce que la Muse Lyrique ne refuse D'emmieler par nous, Cela flatte l'oreille Qui toute s'esmerveille 14 De le boire si dous.
Antistro.
11 ne faut que j'honore
Ton renom ô Martin,
De fables prises ore
Du Grec, ny du Latin :
Ta vertu tresluisante
Comme les feux des Dieux, 21 Me sera suffisante
Pour te loger aux cieux.
Quelle terre eslongnée,
Quelle rive baignée
De l'une et l'autre mer,
Quelle isle descouverte
Ne tient la gorge ouverte 28 Ardente à te nommer?
Epode.
Vous gouvernez les Ro's Poètes de la Court,
94 P. de Ronsard. [15
Et si de vostre vois 32 La mémoire ne court:
Si ta grand' main désire
De respandre le bien,
C'est à ce Martin, Sire, 36 Qui le mérite bien.
Stro. 2.
* Certes l'expérience
>N'est utile, sinon
'-Pour sonder la science
>Si elle est fausse ou non.
Le siècle qui doit estre,
Ne taira ton bon-heur, 43 Et comme tu fis naistre
A la France un honneur :
Toy, et dont la musette
Et dont la voix doucette
Chanta bien haut aussi
Les beaux pasteurs, qu'encore
Naples autant honore 50 Comme on t'honore icy.
Par ta vertu le monde
A peu sentir combien
La France en gloire abonde
Faite heureuse en ton bien :
Par toy revient l'usage
Des outils et compas, 57 Que mesme le vieil âge
Des Romains ne sceut pas.
Le maçon par ta peine
Son ouvrage demeine,
Et sous toy fait sçavant,
Jusques au ciel égale
Mainte maison royale, 64 Ton livre allant devant.
16] I. Livre des Oies. 95
Epode.
L'œuvre est de l'inventeur:
Et celuy qui apprend, Est tenu pour menteur, 68 Si grâce ne luy rend.
La plume bien apprise Dresse son vol aux cieux, Et sa belle entreprise 12 Ne peut céder aus lieux.