‹ Odes (volume 3)Chapitre 21 sur 27 · ODE XV · texte numérisé non relu

ODE XV

Stro. 1.

La fable elabourée Descrite heureusement D'une plume dorée Nous trompe doucement, A l'un donnant la gloire Qu'il n'a pas mérité, 7 Faisant par le faux croire Qu'on voit la vérité:

Car tout ce que la Muse Lyrique ne refuse D'emmieler par nous, Cela flatte l'oreille Qui toute s'esmerveille 14 De le boire si dous.

Antistro.

11 ne faut que j'honore

Ton renom ô Martin,

De fables prises ore

Du Grec, ny du Latin :

Ta vertu tresluisante

Comme les feux des Dieux, 21 Me sera suffisante

Pour te loger aux cieux.

Quelle terre eslongnée,

Quelle rive baignée

De l'une et l'autre mer,

Quelle isle descouverte

Ne tient la gorge ouverte 28 Ardente à te nommer?

Epode.

Vous gouvernez les Ro's Poètes de la Court,

94 P. de Ronsard. [15

Et si de vostre vois 32 La mémoire ne court:

Si ta grand' main désire

De respandre le bien,

C'est à ce Martin, Sire, 36 Qui le mérite bien.

Stro. 2.

* Certes l'expérience

>N'est utile, sinon

'-Pour sonder la science

>Si elle est fausse ou non.

Le siècle qui doit estre,

Ne taira ton bon-heur, 43 Et comme tu fis naistre

A la France un honneur :

Toy, et dont la musette

Et dont la voix doucette

Chanta bien haut aussi

Les beaux pasteurs, qu'encore

Naples autant honore 50 Comme on t'honore icy.

Par ta vertu le monde

A peu sentir combien

La France en gloire abonde

Faite heureuse en ton bien :

Par toy revient l'usage

Des outils et compas, 57 Que mesme le vieil âge

Des Romains ne sceut pas.

Le maçon par ta peine

Son ouvrage demeine,

Et sous toy fait sçavant,

Jusques au ciel égale

Mainte maison royale, 64 Ton livre allant devant.

16] I. Livre des Oies. 95

Epode.

L'œuvre est de l'inventeur:

Et celuy qui apprend, Est tenu pour menteur, 68 Si grâce ne luy rend.

La plume bien apprise Dresse son vol aux cieux, Et sa belle entreprise 12 Ne peut céder aus lieux.

Page 1