ODE XIIII
Paccate, qui redore Le langage François, Oy ce vers qui honore 4 Mon terroir Vandomois.
1 1 1 1 . — 37] II. Livre des Odes. 37
O terre fortunée Des Muses le séjour, Que le cours de l'année 8 Seréne d'un beau jour:
En toy, le ciel non chiche Prodiguant son bon-heur, A de la corne riche 12 Renversé tout l'honneur.
Deux longs tertres te ceignent, Qui de leur flanc hardy Les Aquilons contraignent, 16 Et les vents du midy.
Sur l'un Gastine sainte Mère des Demy-dieux, Sa teste de verd painte 20 Envoyé jusqu'aux cieux :
Et sur l'autre prend vie Maint beau cep, dont le vin Porte bien peu d'envie 24 Au vignoble Angevin.
Le Loir tard à la fuite En soy s'esbanoyant, D'eau lentement conduite 28 Tes champs va tournoyant:
Et rend en prez fertille Le pays traversé, Par l'humeur qui distille 32 De son limon versé.
Bien qu'on n'y vienne querre Par flots injurieux De quelque estrange terre 36 L'or tant laborieux:
Et la gemme peschée En l'Orient si cher, Chez toy ne soit cherchée 40 Par l'avare nocher:
38 P- de Ronsard. [38. — XV
L'Inde pourtant ne pense Te veincre, car les Dieux D'une autre recompense 44 Te fortunent bien mieux.
La Justice grand'erre S'enfuyant d'icy bas, Laissa dans nostre terre 48 Le saint trac de ses pas :
Et s'encore à ceste heure De l'antique saison Quelque vertu demeure, 52 Tu es bien sa maison.
Bref, quelque part que j'erre, Tant le ciel m'y soit dous, Ce petit coin de terre 56 Me rira par-sus tous.
Là je veux que la Parque Tranche mon fatal fil, Et m'envoye en la barque 60 De perdurable exil:
Là te faudra respandre Maintes larmes parmy Les ombres et la cendre 64 De Ronsard ton amy.
[38] A SA GUITERRE