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ODE XL

Non mesurée.

Quand je seroy si heureux de choisir Une Maistresse à mon désir, Mon Peletier, je te veux dire

74 P. de Ronsard. [63. — XL

Laquelle je voudrois eslire 5 Pour la servir, constant, à son plaisir.

L'âge non meur, mais verdelet encore, Est l'âge seul qui me dévore Le coeur d'impatience atteint:

Noir je vueil l'œil, et brun le teint, 10 Bien que l'œil verd toute la France adore.

J'aime la bouche imitante la rose Au lent Soleil de May déclose, Un petit tetin nouvelet Qui se fait desja rondelet, 15 Et sur l'yvoire eslevé se repose:

La taille droite à la beauté pareille, Et dessous la coife une oreille Qui toute se monstre dehors, En cent façons les cheveux tors, 20 La joue égale à l'Aurore vermeille:

L'estomac plein, la jambe de bon tour Pleine de chair tout à l'entour Que par souhait on tasteroit, Un sein qui les Dieux tenteroit, 25 Le flanc haussé, la cuisse faite au tour:

La dent d'yvoire, odorante l'haleine, A qui s'egaleroient à peine Les doux parfums de la Sabée, Ou toute l'odeur desrobée 30 Que l'Arabie heureusement ameine:

L'esprit naïf, et naïve la grâce,

La main lascive, ou qu'elle embrasse L'amy en son giron couché, Ou que son luth en soit touché, 35 Et une voix qui mesme son luth passe:

Le pied petit, la main longuette et belle, Dontant tout cœur dur et rebelle,

Et un ris qui en descouvrant Maint diamant, allast ouvrant 40 Le beau vermeil d'une lèvre jumelle.

Qu'ell' sceust par coeur tout cela qu'a chanté Pétrarque en amour tant vanté, Ou la Rose si bien descrite, Et contre les femmes despite, 45 Dont je serois comme d'elle enchanté.

Quant au maintien, inconstant et volage, Folastre et digne de tel âge, Le regard errant ça et là, Un naturel outre cela 50 Qui plus que l'art misérable soulage.

Je ne voudrois avoir en ma puissance A tous coups d'elle jouyssance:

Souvent le nier un petit En amour donne l'appétit, 55 Et fait durer la longue obeyssance.

D'elle le temps ne pourroit m'estranger, N'autre amour, ne l'or estranger, Ny à tout le bien qui arrive De l'Orient à nostre rive 60 Je ne voudrois ma brunette changer:

Lors que sa bouche à me baiser tendroit, Ou qu'approcher ne la voudroit Comme feignant d'estre fâchéo, Ou quand en quelque coin cachée 65 Sans l'aviser pendre au col me viendroit.

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