‹ OdesChapitre 43 sur 48 · SUPPLÉMENT · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT

Texte de 1550.

A RENÉ D'ORADOUR, Abbé de Beus.

(Ode 12. Livre II.)

Le tens de toutes choses maistre, Les saisons de l'an terminant, Montre assés que rien ne peut estre Longuement durable en son estie 5 Sans se changer incontinant.

Ores l'iver brunist les cieus, D'un grand voile obscur emmuré Ores il soufle audacieus, Ores froid, ores pluvieus, 10 En son inconstance assuré.

Puis quand il s'en fuit variable, On revoit Zephyre ariver, Amenant un ciel amiable, Qui est beaucoup plus agréable 15 Apres qu'on a senti l'iver.

Quand un souci triste et hideus, Oradour, te viendroit saisir, Ne t'effraie d'un ni de deus, Car le tens seul en dépit d'eus, 20 Te rendra libre à ton plaisir.

Dessus ton lue pour eus ne cesse Si tu me croi de raconter Les passions de ta maistresse, Et comme sa vois flateresse 25 L'arne du corps te sçeut oster.

De t'amie le nom aimé Ores sur les eaus soit oui, Et ores par le bois ramé,

65] II. Livre des Odes (Supplément). 77

Qu'il n'i ait pré de fleurs semé 30 Qui d'elle ne soit esjoui.

Aucunesfois près du rivage Lentement couché sur le jonc, Tu oiras dans le bois sauvage La veuve tourtre en son ramage 35 Se lamenter dessus un tronc.

Vêla comment il faut casser L'effort des ennuis odieus, Et le soin du cueur effacer, Incontinent tu dois passer 40 Les flots tant redoutés des dieus.

Apres la tourmente bien forte Le Nautonnier dur au labeur Boit sur la proue, et reconforte Sa troupe languissante et morte, 45 Chassant leur misérable peur.

Compaignons, l'enduré tourment Par le vin nous effacerons, Sus sus. vivons pieusement, Apres boire plus aisément 50 La voile nous rehausserons.

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