A GASPARD D'AUVERGNE
Soion constants, et ne prenon souci, Quel jour suivant poussera cetui ci, Getton au vent, mon Gaspar, tout l'affaire 4 Dont nous n'avons que faire.
Pourquoi m'irai-je enquerre des Tartares, Ou des pais étranges, et barbares, Quand à grand peine ai-je la connoissance 8 Du lieu de ma naissance?
P. de Ronsard. [72
A propos l'ignorant
Va tousjours discourant 11 Le ciel plus haut que lui:
Lâs malheur sur les hommes,
Nais certes nous ne sommes 14 Que pour nous faire ennui.
C'est se mocquer de genner et de poindre Le bas esprit des hommes, qui est moindre Que les conseils de Dieu, ou de penser 18 Sa volunté passer.
Tousjours en lui metton nostre espérance, Et en son fils nostre ferme asseurance, Quant à la reste alon avec le tens 22 Heureusement contens.
A l'homme qui est né,
Peu de tens est donné 25 Pour se rire et s'ébatre.
Nous l'avons, ce pendant
Que vas tu attendant:
28 Un bon jour en vaut quatre.
Soit que le ciel de foudres nous dépite, Ou que la terre en bas se précipite, Soit que la nuit devienne jour qui luit, 32 Et le jour soit la nuit,
Je n'en aurai jamais îraieur, ne crainte, Comme assuré, que la pensée sainte De l'éternel gouverne en équité 36 Ce monde limité.
Le Seigneur de là haut
Cognoist ce qu'il nous faut 39 Mieus que nous tous ensemble,
Sans nul égard d'aucun,
Il départ à chacun 42 Tout ce que bon lui semble.
Je t'apprendrai, si tu veus m'écouter Comment l'ennui mordant se peut outer, Et tout ce qu'a la tristesse avec elle, 46 D'importune séquelle.
Tu ne seras convoiteux d'amasser Cela de quoi tu te peus bien passer, Comme trésors, honneurs, et avarices, 50 Ecolles de tous vices.
Car c'est plus de refraindre
Son désir, que de joindre 53 L'Ourse, au midi ardent,
Ou l'Auvergne pierreuse,
A l'Arabie heureuse, 56 Ou l'Inde à l'Occident.
Tu dois encor éviter ce me semble Faveur des Rois, et des peuples ensemble, De ces mignons, tousjours quelque tempeste 60 Vient foudroier la teste.
Ce n'est pas tout, avecques providence Fai un ami, dont l'heureuse prudence Te servira de secours nécessaire 64 Contre l'heure aversaire.
Ton cueur bien préparé,
De force r' emparé, 67 En la fortune averse,
Patience prendra:
En la bonne, craindra 70 Que l'heur ne le renverse.
Apres l'iver, la saison variable Pousse à son rang le printens amiable:
Si aujourdhui nous sommes soucieus, 74 Demain nous serons mieus.
Tousjours de l'arc Tiré Phebus ne tire Pour envoier aus Grecs peste, et martire,
90 P-de Ronsard. [73
Aucunefois, tout paisible, réveille 78 La harpe, qui sommeille.
En orage outrageus
Tu seras courageus, 81 Puis si bon vent te sort,
Tes voiles trop enflées,
De la faveur souflées, 84 Conduiras, sage, au port.
Apres avoir prié, devotieus, Les deus jumeaus qui décorent les cieus, Desquels le feu flamboira sur ta teste 88 Vaincueur de la tempeste.
L'un escrimeur, en vers tu décriras, L'autre donteur des chevaus tu diras, Ou pour leur seur le combat merveilleus 92 Des deus Rois orgueilleus.