‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 29 sur 86 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

tylU$.

I.f.i iihlli'i c[iii' IV11 va lire soûl l'ouvrage de ma jdcmessc. Le Iqd île tristesse qui y régne n'est que trop juslilie par les

iiuiHiciii's <]iii ont rempli le cours Ji- mes plus I.i elles années, llélries L't empoisonnées jinr la l'évolution :

Peul-élre uiémc tes malheurs ont-ils influé sur le chois de tv ge.nri-iie poésie. l/iiUIccst iialiil'elU riieullnsli; i:t rêveuse; elle ne vil que Je •.'iiiirui'iil. C'est iv que prou vrai assez les chefs- d'truvre ilu génie, tant dans l'antiquité que chez les modernes. L'idvile, proprement dile, peut être regardée comme une sorte d'élégie paslarale. Elle respire la plainte M la douleur.

Quand j'ai écrit les idylles qui composent ce recueil , je n'ai guère consulté que mon goût pour ce genre de poésie , qui dans tous les temps fit mes délices. Né à la campagne, j'y ai presque toujours vécu ; et tout autre séjour me semble un exil. J'ai souvent regretté , au milieu des plus grandes villes , les charmes simples et les douces rêveries des champs : et jamais, parmi les bois, les ruisseaux et les prairies , je n'ai envié aux habitans des villes leurs fêtes et leurs plaisirs. Les muses champêtres eurent mes premiers hommages. Dès que je pus lire Virgile, ses délicieuses é|k>gues pénétrèrent dans mon cœur : n'eût-il pas fait son admirable Enéide > il auroit toujours été pour moi le premier

i24 PRÉFACE.

des poètes, et c'est pour lire Théocrite que j'ai étudié la langue d'Homère.

Je n'ignore pas cependant combien peu la muse pastorale est en faveur aujourd'hui.

Accoutumés aux grands traits de la haute poésie, les François dédaignent l'églogue. Les anciens n'en jugeoient pas ainsi. Horace parle de Virgile comme d'un des plus grands poètes de son temps , et Y Enéide n'aypit pas encore ' paru (i). Les idylles de Théocrite ont suffi ' pour mettre le cygne de Syracuse au rang des plus excellens poètes de l'antiquité. Nousmêmes, malgré nos injustes dédains, nous cherchons, par une espèce d'instinct, jusque dans les plus sublimes productions des muses, tout ce qui tient au genre champêtre. Les jardins d'Alcinoùs, dans X Odyssée > ceux d'Aïcine, dans le Roland furieux ,#Eden du Pa-

(x) Serm. X, 1. i. Ep. I, 1. n. — De Art. pott.

radis perdu y les septième et quinzième chants de la Jérusalem délivrée, la description de la Bétique , dans le Télémaque , sont les morceaux les plus célèbres de ces immortels ouvrages, ceux qu'on lit et qu'on relit avec le plus de plaisir. On aime à, se délasser des sons bruyans de la trompette héroïque-, en écou-* tant des accens qui semblent échappés à la musette pastorale : tant il est vrai que la nature ne perd jamais ses droits ! Mais le préjugé ne tarde pas à reprendre le dessus; et cet hommage forcé que nous rendons à la muse champêtre ne nous empêche pas de* la regarder avec une sorte de mépris. Ne me sentant pas assez fort pour vaincre cette injuste prévention, j'ai cru qu'il falloit la respecter à certains égards. Ainsi , en me livrant au plaisir de chanter la campagne, je n'ai point écrit proprement des poésies pastorales et des églogues, comme la plupart des. poètes bucoli-

ques anciens et modernes. Je n ai composé que des idylles, en rappelant ce mot à sa primitive acception. Qu'il me soit donc permis de rendre compte de U. manière dont j'ai

considéré et traité ce genre de poésie.

Commençons par jeter un coup d'oeil rapide sur l'histoire de la poésie pastorale.

C'est sans contredit un des plus anciens genres de poésie. « La profession de berger f dit M. Batteux (1) , est la plus naturelle à l'homme et la première qu'il ait exercée. »

« Les premiers hommes , selon le même auteur, jouissant abondamment des dons d'une Providence bienfaisante et libérale, consacrèrent leurs premiers accens à la reconnaissance. Bientôt après, ils chantèrent la tran^ quillité et le bonheur de leur état ; et c'est là précisément la matière de la poésie pastorale, y

(1) Principes de littérat., tom. II, p. 77.

C'est dans la Bible qu'il faut aller chercher le chef-d'œuvre de la pastorale : et l'Esprit saint, qui veut nous plaire en nous instruisant, nous offire dans ses divins oracles ce qu'il y a de plus simple et ce qu'il y a de plus élevé , tout le sublime du genre lyrique , toutes les grâces du genre champêtre. Le livre de Ruth , à ne le considérer que sous des rapports littéraires, est la plus ancienne et la plus parfaite églogue que l'on oonnoisse. Un poète moderne (1) en a donné en vers françois une imitation fort agréable sans doute, mais bien éloignée de la touchante simplicité de l'original.

Si le Cantique des Cantiques pouvoit être jugé comme poème, on y trouvèrent aussi tout le charme et toute la perfection des images champêtres et du style de l'églogue.

(1) M. de Florian.

ia8 PREFACE.

Aussi quelques littérateurs ont cru y voir le premier modèle du drame pastoral. Mais ce seroit profaner ce livre divin que d en méconnoître l'objet sublime, et de le comparer aux productions vaines et fabuleuses de l'imagination des hommes.

Ceux qui aiment à trouver tout dans Homère lui font honneur de l'invention de la pastofal£ La reconnoissance d'Ulysse et de Laërte, au vingt-quatrième chant deY Odyssée, peut être regardée comme une églogue inimitable ; et quand , dans le dix-huitième chant de Y Iliade y ce grand poète, en décrivant le bouclier d'Achille, peint des troupeaux mugissant lé long d'un fleuve rapide , des chaumières \ des vallées , des moissonneurs , des bergers jouant de la flûte, il nous présente des tableaux champêtres d'autant plus agréables qu'ils succèdent à la peinture sanglante

du carnage et des combats. Ce sont de petites idylles pleines de grâce et de. fraîcheur.

Le plus grand imitateur d'Homère , THomère de la prose , Platon , a senti tout le charme.de cette variété, et en a enrichi quelques-uns de ses plus sublimes ouvrages. Il a enchâssé plusieurs de ses beau*, dialogues dans des cadres champêtres (1). Le début du Phèdre , celui du Traité des lois, peuvent être regardés comme de charmantes idylles, écrites daijts un style ravissant. Les grâces de la nature s'embellissent encore sous la plume du divin Platon.

Cependant, avant Théocrite, la poésie pastorale ne faisoit pas un genre à part. L'épopée, la tragédie, l'ode, avoient enfanté leurs plus étonnans chefs-d'œuvre, et l'églogue n'existoit pas. Théocrite en doit être

(1) Cicéron l'a imité dans plusieurs de ses Traités.

>r--*»-, .■■':- *"» --^j«~ ar

i3o PRÉFACE.

regardé comme le père et le maître. C'est l'Homère de la poésie pastorale. Ses écrits si vantés sont remplis de grâces inimitables. L'harmonie de ses vers est si délicieuse, que ses admirateurs lui ont attribué un mécanisme particulier de versification, auquel peut-être il ne pensa jamais (i). Rien ne

(i) Quelques savant ont prétendu que le vers bucolique avoit une structure qui lui étoit propre. On en peut lire les règles dans Servius ( Comm, in Firgil Ecl. z. ) , dans Donat (Pïrgiï. inta)> et dans les remarques de M. Hardion, qui sont à la suite de sa traduction de la quatrième idylle de Théocrite ,- insérée dans le tom. VI des Mérn. de l'Acad. des inscript. Ce dernier cite comme un vers bucolique régulier le premier vers de la troisième Églogue de Virgile: Die mihi, Damœta, etc. Il donne i Théocrite une grande supériorité sur Virgile, à cause de son exactitude à observer ces règles, auxquelles Virgile ne s'est point astreint; ce qu'il attribue à l'impuissance de la langue latine , plus qu'à celle du poète. Pour moi, quoique je trouve à cette structure particulière du vers bucolique une sorte d'harmonie sauvage qui sied bien au genre pastoral , cependant, après avoir lu et relu attentivement Théocrite , je suis resté convaincu qu'il ne s'est point assujetti à l'observation minutieuse de ee mécanisme ; et je ne sais pour-

PREFACE. i3i

fait plus l'éloge de Théocrite que l'admiration quavoit pour lui le grand Racine. Il le s^voit par cœur ; il la imité jusque dans ses

quoi M. Hardion assure que Théocrite a observé oes prétendues règles avec toute V exactitude possible , puisque je les trouve enfreintes dès les premiers vers de sa première idylle, et que, dan» le cours de ses différentes pièces pastorales , on ne saurait guère trouver dix vers de suite où cette structure soit observée. Ne seroit-on pas fondé à regarder ce prétendu mécanisme, et la supériorité qu'il donne au poète grec sur le latin , comme une rêverie et une chimère des commentateurs ? Néanmoins le témoignage de Térentianus Maurus , poète latin <, qui écrivoit peu de temps après le siècle d'Auguste »pourroit parofae décisif en faveur de la forme particulière au vers bucolique. En effet, il reconnoit une structure propre à ce vers, et loue Théocrite et les poètes grecs pour l'avoir observée :

Plwrwnu hec JM>tftf sieulm uUmns mUatams..».

Jugh$r kam Itgm loto j>n»/A earmw tentent.

( Tbmwt. Mav&. dé Uetrit, 4o3. J

n ajoute : Noster rams eo pastor Mon. Mais les règles qu'il donne du vers bucolique sont bien moins compliquées que celles que prescrivent Donat et Servius. Hermann, dans son Traité de MettG poetarum greecorum et lattuorum (lib. II. xxxïi, pag. 274)» semble reconnottre les mêmes règles que Téren-

plus nobles tragédies : et ce beau, vers d'Iphigéniej

Mais tout dort, et Farinée , et les vents, et Neptune 9

(Act. I, se, i.)

est presque traduit d'un vers non moins beau de Théocrite (i.). On .doit regretter cependant que lés peintures de cet ainiable poète soient quelquefois d'une naïveté trop libre, et surtoiut qu'il mette trop souvent dans la bouche de ses bergers les expres-

tianus , dont sans doute il a suivi l'autorité. Cependant il est aisé de se convaincre, en. lisant Théocrite, de son pen d'exactitude à suivre ces règles qu'on le loue d'avoir si fidèlement observées. Ainsi, malgré l'autorité de Térentianus et l'opinion des commentateurs, je suis porté à croire que Théocrite n'a consulté que son oreille , et que , sans s'astreindre à des règles qui me semblent puériles , il n'a cherché que dans son génie, et dans* les ressources que lui offrait la plus belle des langues , cette mélodie pastorale qui enchante ceux qui lisent ses .écrits.

(ï) Théocrite, idylL II, v. .38. .Racine regardoit cette deuxième idylle comme un des plus beaux mtYceaux' de l'antiquité.

PRÉFACE. i33

sions les plus grossières et les plus indécentes. Au reste, malgré les défauts qu'on lui reproche , il a comme atteint la perfection du genre, et n'a été égalé que par Virgile. Ces deux poètes sont les éternels modèles à étudier : les imiter, c'est imiter la nature.

Ce n est pas qu'il n'y ait eu avant Théocrite des poètes bergers (i). On attribue même l'invention du chant bucolique au berger Daphnis , à ce berger sicilien si fameux chez les poètes de l'antiquité, à ce berger cher aux muses, dont Théocrite, dans sa première et sa plus belle idylle, raconte les malheurs et la mort d'une manière si douce et si touchante. Mais [ce berger poète est presque pour nous un personnage fabuleux. La brillante imagination des Grecs

(i) Dîumèd. , Gramm. lib. III, de Poem. gen.

a entouré de merveilles sa naissance, sa vie et sa mort* Nous n'ayons aucun de ses ou* vrages ; et l'honneur de l'invention est resté à l'heureux poète qui Fa si bien chanté, et que la muse pastorale a comblé de »e& faveurs.

Après Théocrite, Bion et Moschus semblèrent avoir hérité de son chalumeau, et*en tirèrent des sons dignes de lui. Mais la pastorale entre leurs mains parut avoir changé de caractère. Ce n'est plus la simplicité exquise mais quelquefois sauvage de Théocrite; c'est toute la délicatesse du sentiment et du goût (i). Ces deux poètes offrent les premiers modèles de ce que j appelle proprement l'idylle. C'est dans le genre pastoral

(i) La délicieuse idylle de' Moschus sur la mort de Bion est on chef-d'œuvre qui remporte peut-être même sur les plus charmans ouvrages de Théocrite , du moins par le sentiment; mais elle est d'un goût bien plus moderne.

PREFACE. i35

une variété dont on peut les regarder comme les inventeurs.

La Grèce, conquise par les armes des Romains , les subjugua à son tour par % l'ascendant du génie. Ses fiers vainqueurs reconnurent ses lois dans tout le domaine des beaux-arts; ils étudièrent les préceptes de ses maîtres, et les chefs-d'œuvre de ses écrivains. Introduits par eux dans le sanctuaire des muses , ils apprirent d'eux à les égaler , et peut-être à les surpasser. Virgile, qui devoit être le vainqueur d'Hésiode et le rival d'Homère , commença par disputer à Théocrite le prix de l'églogue. Ses premiers essais en ce genre lui concilièrent le plus honorable des suffrages, celui de Gcéron (i). En effet, ses charmantes bucoliques sont, avec

(i) On dit que Gcéron, ayant entendu réciter sur le théâtre la sixième Églogue de Virgile, en fat enchanté, et demanda qui en étoit l'auteur. Quand on le lui eut nommé , il le loua

i36 PREFACE.

ses géorgiques, ce qu'il a écrit de plus achevé, et feront toujours les délices des âmes sensibles , et le désespoir des poètes qui voudront chanter les bergers. Moins simple sans doute et moins naïf que Théocrite , il est plus élégant , plus délicat et plus pur. Il l'imite avec un goût exquis 9 et ne présente à ses lecteurs que ce que la nature champêtre et la vie pastorale ont de plus touchant et de plus doux.

Son harmonie enchante comme le murmure des ruisseaux. Enfin ses inimitables églogues sont peut-être l'ouvrage le plus parfait que la poésie ait jamais produit.

par ces mots fameux, qui contiennent aussi une louange indirecte de lui-même :

Magna tpu mitera Rama s Antre espoir des Romains.

( Trad. de Dblille. )

Virgile , ajoute-t-on , fut si flatté de cet éloge,, qu'il s'appropria cet hémistiche et le transporta dans V Enéide ( lib. XII , v. 16S}, où il l'applique à Ascagne, fils d'Énée. ( Voy. Ser-* tius , in sextant ecL y Donat, Firgil. vit.)

PRÉFACE. i3 7

Ni les poètes latins contemporains de Virgile, ni ceux qui l'ont suivi, ne cultivèrent la muse pastorale. On trouve dans les églogues de Calpurnius et de Némésien quelques vers agréables , quelques images naturelles et gracieuses. Mais leur style se ressent trop du siècle où ils écrivoient ; il approche de la barbarie du Bas -Empire. Les églogues modernes de Vida et de Sannazar sont écrites avec bien plus de douceur et de pureté. Pour lire avec quelque plaisir Calpurnius et Némésien , il faut n'avoir pas lu Virgile.

La langue des Romains, maîtres du monde, tomba dans la barbarie. La langue des Grecs, pères des arts , conserva bien mieux sa pureté. Mais en s'éloignant des siècles du génie, on perdit le goût des formes simples et antiques. Les scènes champêtres de leglogue cessèrent de paroître intéressantes. On chercha à plaire parla variété des incidens.

i38 PREFACE.

Longiis, vers le cinquième siècle, à ce qu'on croit, fut l'inventeur du roman pastoral, et il a eu chez les modernes bien des imitateurs. Son livre des Amours de Daphnis et de Ckloé est un poème en prose écrit avec toute la mélodie, toute la grâce de la plus belle des langues. Quel dommage que ses peintures trop naïves , disons mieux , trop libres, effarouchent la pudeur et rendent dangereuse la lecture d'jm si charmant ouvrage ( i ) !

G est dans les poésies de Pétrarque, le restaurateur des lettres, que nous trouvons les premiers accens de la muse pastorale moderne. Plusieurs sonnets de cet excellent poète, la plupart de ses immortelles chansons ( 2 ) , ne sont autife chose que de tou-

(i) Ce fut le motif qui arrêta le «ayant Huet, évéque d'Àvranches , lequel , dans sa jeilheMe , avoit entrepris une traduction latine de Longue, et qui lui fit cesser son travail.

(a) Entre antres la canz. a6 :

Chùtn , /ruche , « dolci acque, etc.

PRÉFACE. i3 9

chantes idylles, où respirent dans tout leur charme la mélancolie et le sentiment.

Mais la palme de la. pastorale moderne était réservée au plus grand poète de l'Italie, comme le prince des poètes latins avait qjieilli pelle de 1 eglogue antique. Le Tasse, en écrivant son AminUy donna à la fois le premier exemple (i) et le chef-d'œuvre du drame

dont M. de Voltaire a si agréablement imité la première strophe :

Claire fontaine , onde aimable, onde pure , eu.

(i) Quelques auteurs cependant attribuent l'invention dn drame pastoral (FavoU bosearecci*) à un certain poète 1er* rarois, nommé Augustin de Beccari, qui, en i553 , donna une pièce pastorale intitulé : H Sacrifitiê, le Sacrifice. Biais cet ouvrage est resté à peu près inconnu. D'ailleurs on y cherche en yain ces chœurs dont la charmante poésie est un des principaux ornemens du Pastorjîdo et de VAminte. Le Tasse , en inventant ou perfectionnant les chœurs, et en créant un chefd'œuvre, a mérité d'être regardé comme le père de ee genre de poème*.

* Ménage ( Anmot. ait Amhu. ) dit que la pièce de Beccari n'a point de chœurs. Fontanini ( JÊmmt. */«*, ) assure qu'elle en a , et que Mé-

pastoral. Il a eu bien des imitateurs ; mais aucun ne l'a égalé. Le plus fameux des poèmes formés sur cet excellent modèle, est le PastorJidO) de Guarini (i), ouvrage plein de grâce et de délicatesse, mais qui pèche par un excès d'ornement, et par ce goût des antithèses et des faux brillans , éternel écueil des poètes italiens.

Ce mauvais goût, qui est le principal défaut du cavalier Marin et de BonarelB, dépare surtout la Filli di Sciro de ce dernier poète.

nage s'est trompé. Un écrivain moderne ( Ginguené , HUt. It'ttér. ttltal. , tom. VI\ pag. 382 ) ajonte même que ces chœurs forent mis en musique par Alphonse dalla Viola ; ce qui paraît en effet probable. Il est difficile de juger par soi-même cette question , l'ouvrage de Beccari étant très-rare. Je ne l'ai point trouvé dans la bibliothèque du Roi, et Ménage ( Mélanges ) se plaint de l'avoir cherché en vain dans toutes les bibliothèques de France et d'Italie. Au reste , M. de Ginguené accuse la pièce de Beccari d'être faible d'intrigue comme de style. {Ibid. pag. 333.)

(i) Guarini imitoit les anciens. On trouve un rapport singulier entre les plaintes d'Amarillis condamnée à mort (Poster fido, au. IV, se. 5), et celles d'Antigone dans Sophocle. ( F, 857 et * e M' — 9°3 — 949 *' **W- )

PREFACE. i4i

Cette pastorale, à laquelle on a fait des reproches plus graves (i), a de la grâce et de la douceur; mais elle est écrite quelquefois , dans le goût de notre Théophile (2).

UJminte du Tasse, malgré ses défauts, est le vrai chef-d'œuvre du genre. Ce poème n'a ni la longueur démesurée du Pastor fido y ni ses épisodes, peu naturels et mal assortis. Son immortel auteur a su se renfermer dans de justes bornes., et pratiquer exactement les règles de la poésie dramatique. Le style de XAmintefist enchanteur (3) ; et ce charmant ouvrage faisoit l'admiration et les délices du

(1) Le personnage épisodique de Célie, et son double amour.

(a) Un berger ( Att. IV, te. 1 1 1 ) voit Célie dans un trois et dit' que le soleil est à l'ombre.

(3) On a reproché au Tasse un peu à?&preté et de dureté dans le style. Le Guazzo rapporte que le père de- ce fameux poète-, bon poète lui-même, disoit un jour: «Mon fils me « surpassera en science, mais il ne m'égalera jamais en douceur.» Le Tasse s'accuse lui-même de ce défaut en plus d'un endroit

père de notre bonne poésie , de l'illustre Malherbe.

Guarini, en imitant le Tasse, a enchéri sur ses défauts , et n'a pas égalé ses beautés. Il y a dans le Pastor fido des invraisemblances, des caractères trop méchans et trop noirs pour une pastorale (i) : dans XAminte^ tous les événemens sont naturels , tous les caractères simples et champêtres. Dans le Pastor fido , des scènes burlesques (a) dépa-

de ses poésies *. C'est peut-être pour cette raison que les Italiens semblent loi préférer l'Àrioste. Pour bien prononcer sur cette matière, 11 faudrait sans doute être né en Italie , et ayoir reçu de la nature cette délicatesse d'oreille qui semble appartenir à cet heureux climat. Quoi qu'il en soit, on con- Tient que le Tasse s'est surpassé dans son Aminte. Cet onrrage est regardé comme sou chef-d'œuvre, et il parott qu'il le mettoit lui-même au-dessus de ses autres productions. C'est ainsi que Virgile préférait à son immortelle Enéide ses Giorgiques et ses Églogues.

(\) Le travestissement de Dorinde, le caractère de Corisque. (a) La scène du satyre et de Corisque. ( Au, II , se, 6. ) * Mâdrig. ad loU. Ait» Ardice sonett.

rent les images gracieuses et les senttmens pathétiques qui font le charme et le fonds de l'ouvrage : le style et les sentimens de XAminte sont soutenus d'un bout à l'autre; ils sont toujours dignes de la pastorale, tendres , délicats et doux. Avec un goût plus sévère et plus antique, le Tasse se serait préservé de la manie des jeux de mots, et XAminte alors pourrait être avouée de la muse qui a inspiré Théocrite et Virgile. Bien ne manquerait donc à ce délicieux ouvrage , si des maximes et quelques tableaux trop voluptueux , si le plaisir préconisé et érigé en morale, ne tendaient à inspirer une mollesse dangereuse, et si le poète, trop recherché dans son style, n'eût souvent sacrifié au goût de son pays. Ces deux défauts 9 , qui dominent encore davantage dans le Pastor fido, n'empêchent j&sXAminte de donner au chantre de Jérusalem un droit de plus d'être appelé le Virgile de l'Italie moderne.

i44 PRÉFACE.

Dans le même siècle, Sannazar ressuscita le genre du roman pastoral , et marcha sur les traces de Longus. Son Arcadie est écrite avec une naïveté et une délicatesse toute champêtre. IL faut remarquer ici que la langue italienne mérite en quelque sorte d'être appelée la langue des berger*. Sa mollesse, sa douceur, son charme inexprimable, font pardonner les jeux de mots et les pointes trop ordinaires à ses poètes , et leur donnent même une certaine grâce. C'est peut - être à l'agrément et à la mélodie de cette langu^, qu'il faut, du mpins en partie, attribuer la supériorité de ses poésies pastorales sur celles des autres nations.

L'illustre Cervantes , Montemayor, et quel* ques autres écrivains , composèrent en espagnol des romans champêtres. Le meilleur de tous ces ouvrages est la Diane de Montemayor, qui l'emporte même sur la Galatée de Cervatites,

PREFACE. i45

• Garcilasso de la Vega et le Camoens (1) ont écrit, l'uu en espagnol, l'autre en portugais, des églogues charmantes. Ces deux langues ont quelque chose de la mélodie et de la douceur de la langue italienne.

Nous ne parlons, pour ce qui regarde le Portugal, que du Camoens, parce qu'il est, sans contredit, le premier poète épique et bucolique de sa nation , et l'un des premiers de toutes les nations modernes. Cependant là poésie pastorale a été cultivée avec un grand succès par les poètes portugais , et elle, offre dans leur langue de grandes richesses aux amateurs des muses des champs. Bernardim Ribeyro, qui a précédé de quelques années le Camoens , Diego Bernardes , qui était le

(1) La première églogue de Garcilasso de la Vega , Eldulce lamentarde dos pastores, etc. , est une des plus belles églogues modernes. Ou en pent dire autant de la seconde du Camoens ♦ Ao longo do ssrenoy etc. Il n'y a guère à reprocher à ces deux pièces que leur excessive longueur.

i46 • PRÉFACE.

contemporain de ce grand poète , ont écrit l'un et l'autre de belles églogues. Bernardim Bibeyro a imité Sannazar dans ses églogues; et, dans son roman pastoral (Menina e Moça) y il a été lui-même imité et bien surpassé par Montemayor , l'illustre auteur de la Diane (i). Diego fiernardes a composé des idylles élégantes et brillantes : mais le mauvais goût et les pointes en altèrent trop souvent les beautés , et y glacent le sentiment. Il a imité avec grâce les bons modèles de l'antiquité (a). Mais

(1) Montemaybr étoit Portugais ef a écrit en espagnol.

(a) Dttis sa première égfogue, il charte, comme Bion , la mort d'Adonis. Il est, comme lui, harmonieux et brillant, mais il n'est pas pur comme lui. Il imite, cependant , assez heureusement les ters célèbres de Catulle :

-. Felmtprmti

Ultimiflot , prœtêrevnte pottquam Tactutitratro est.

( Cat. ad For. et Aub.il. xi ).

Voici les vers de Bernardes :

Como o.lyrio no campo , on a bonina , A quem o arado talhà ein trespassando.

il est loin de leur goût exquis et de la .sage sobriété de leurs ornemens. Enfin, Bernardin* Ribeyro peut, en quelque sorte, être-appelé le .Xhéocrite de la Lusitanie ; Diego Bernardes (i) en sera le Bion : mais Camoens , le grand Camoens en est assurément le Virgile.

Les Anglois et les Allemands ont cultivé plus tard les muses champêtres :.cayl paroit que le Spencer des Anglois en a méconnu le vrai caractère , qui est la simplicité et la douceur. Thomson a chanté les Saisons avec une verve presque digne de l'épopée. D'autres poètes de la même nation ont fait rendre au chalumeau des sons agréables. Mais c'est l'illustre Pope qui me paroît être le meilleur poète pastoral de 'l'Angleterre. Ses églogues, et surtout sa Foret de Windsor , qui est peutêtre son chef-d'œuvre , sont écrites avec un

(i) Les poésies de Bernardes sont intitulées O Lyma, 6m. nom du fleuve Lyma, dont les rires lesont inspirées.

^^^^mm^^mm^aammmmm^^^r^mmmmmmm

i48 Préface.

goût, une élégance, une grâce qui ne laissent rien à désirer, si ce n'est quelquefois plus de naturel et de simplicité (i). La langue angloise, naturellement fer te et énergique , mais peu douce , a cependant chez Pope une certaine harmonie triste et rêveuse qui sied bien à Téglogue.

Plus aécemment encore, Gessner a su écrire de douces idylles dans une langue qui sembloit être peu susceptible de la mélodie pastorale. Ce charmant auteur est le plus simple et lé plus naïf des écrivains champêtres modernes. Il mérite surtout d'être loué pour avoir donné à ses bergers d^s mœurs pures et innocentes , des mœurs dignes de l'âge d on Son livre doit plaire à l'ami de la vertu.

Telle est, en abrégé, l'histoire de la poésie

(i) Son églogue de Y Été est remplie d'antithèses et de petits rapprochemens qui ont trop de rapport avec les concetti des Italiens. .

pastorale chez les anciens, et chez les modernes nos voisins. Le parnasse françois, rival en bien des genres , et quelquefois vainqueur de celui des^Srecs et des Latins , n'a rien à opposer aux pastorales de Théocfite et de Virgile. Nous sommes même, sous. ce rapport, inférieurs à nos voisins. Dans l'épopée et dans l'églogue , les chefs-d'œuvre nous manquent ; et il semble que la langue françoise , si favorisée des muses , n'a pu cependant encore , ni se plier à ce que la poésie a de plus simple , ni atteindre au plus sublime de l'art.

Ronsard, dans son jargon grossier, avoit dégradé la pastorale. Racan l'a traitée avec plus de dignité, et quelquefois avec grâce.

Il a imité dans ses Bergeries le drame pastoral italien. Quoique cet ouvrage, dont l'intrigue est trop embrouillée , soit resté loin de XAminte et du Pastorfido , on y trouve des

détails d'une naïveté charmante, des images gracieuses, des vers enchanteurs. Ce poète a mérité les éloges de Boileau, ainsi que Segrais, dont la poésie, quelquffois trop négligée , est toujours pleine de douceur et de charme. Les églogues de Segrais me semblent être encore ce que nous avons de mieux dans le genre pastoral (i).

Madame Deshoulières a écrit quelques églogues , dont une entre autres est charmante (2) J et elle doit presque toute sa réputation à ses idylles. Elle pâroît avbir senti la

(i) Nous pouvons citer comme des modèles de douceur et de simplicité vraiment pastorale , le début de la première Églogue de Segrais : Trrcis mourait d'amour, etc. ; l'exposition de la seconde Égloguc : Au rivage de Loing, etc. ; et celle du poème d'Alys : Sur les rives de VOrne y etc. Nous ne faisons qu'indiquer ces morceaux charmans , parmi une foule d'endroits agréables que contiennent les poésies de Segrais. Sous exhortons le lecteur à les chercher dans l'auteur même : il sera récompensé de sa peine.

(a) Iris.

première que l'idylle convenoit mieux que l'églogue à notre langue et à notre goût. Les siennes se gravent dans la mémoire et dans le cœur de 'presque tous ceux qui les Usent; ce qui en est le plus bel éloge. Jamais le sentiment ne parla un plus doux langage.

Cependant on y désireroit quelquefois plus de justesse et de naturel dans les pensées, plus de poésie dans le style : et alors ces idylles si célèbres seroient des chefs-d'œuvre parfaits.

Il faut souscrire au jugement que Gresset a prononcé en très-jolis vers , dans son ode

à Virgile :

« .... Quand le paisible Elysée

« Posséda Racan et Segrais,

« Lorsque leur flûte fat brisée,

« L'idylle perdit ses attraits :

« A peine la muse fleurie

« D'un nouveau berger de Neustrie

« En sauva- 1- elle quelques traits. »

i5a PREFACE.

On ne trotiVe en effet presque rien de pastoral dans les églogues de Fontenellë. Les traits fins et spirituels qu'il y a prodigués , bien opposés à la simplicité champêtre, sont encore déparés par un style sans poésie et sans douceur. On n'y reconnoît jamais la muse de Théocrite, que Fontenellë ne savoit même pas apprécier. On peut en dire à peu près autant des églogues de La Motte, où il y a peut-être un peu plus de simplicité ,' mais dont les vers sont encore plus durs. Ces deux auteurs ont prouvé que l'esprit ne pouvoit tenir lieu de génie poétique, ni remplacer le sentiment.

Nous ne parlons .ni du poème françois des Saisons (i), ni de quelques autres ouvrages

(i) Ce poëme est, selon moi', beaucoup trop' loué par M. de La Harpe (LjrQée), qui le met au-dessus du poëme de la Religion , lequel lui est supérieur sous tous les rapports. Le plan du poème des Saisons est sans intérêt ; la composition en est froide, la versification souvent médiocre, les sentimens et les

PREFACE. i53

du même genre, qui appartiennent à la poésie didactique. Nous ne parlons pas non plus de quelques auteurs qui se sont exercés avec plus ou moins de succès dans le genre pastoral , mais qui se sont bornés à un trop petit nombre d'ouvrages, pour pouvoir être comptés parmi les poètes bergers (i)* L'opéra villageois , tel que le Devin de v0}age et les jolies pièces de Favart , de Sedaine , etc. , n'est pas du ressort de la poésie pastorale proprement dite : sa dépendance de la musique et de l'effet théâtral le prouve assez (2). •*

principes dangereux. Les moeurs n'y stfht pas plus ménagées que la religion. *

(1) On doit mettre à leur tète J.-B. Rousseau. Ses deux églognes et ses deux idylles sont dignes d'un si grand poète.

(a) UAminte et le Pastorjîdo, quoique des drames, ne me semblent faits que pour être lus. Ils ont été joqfs, sans doute; mais ils ne le sont plus , et ils ont toujours des lecteurs. Ces poèmes ne sont guère qu'une suite d'Églogues dramatiques , liées'entre elles par une action commune. L'abbé d'Aubignac nous apprend qu'il savoit d'un fort habile homme qui avoit as-

Léonard , Berquin et Florian sont les derniers de nos poètes qui aient chanté les bergers. Les vers de Berquin sont incorrects et prosaïques; ceux de Léonard, faciles et agréables, ne sont pas assez travaillés* Florian est surtout connu par son Estelle. On peut remarquer ici que la carrière des ^pauses champêtres en France a commencé et fini par ui* roman «pastoral*

llAstrée , si célèbre en son temps, n'a plus aujourd'hui de lecteurs. Il en restera toujours à Estelle. Cet ouvrage charmant, mais peut-être trop jûigénieux , n'a ni les grâces simples ni la touchante naïveté du roman de Longue; mais il n'alarme pas la décence,

sitté à la première représentation du Paetorjîdo, en Italie, qu'il n*y eut jamais tien de pins ennuyeux , parce qu'elle dora trop long-temps ; au lieu que la lecture de ce poème nous ravit, parce qu'on peut la quitter quand on veut. ( Dissert, de l'abbé Vatry, Mèm. de VAcad. des Inscript. , tom. XI. )

PREFACE. i55

et n'inspire que des sentimens purs et vertueux.

Cet exposé court, mais exact, des principales productions de la muse pastorale dans notre langue , prouve assez que nous devons céder cette palme aux anciens et aux étrangers. Nous n avons en effet à opposer aux chefs-d'œuvre parfaits de Théocrite et de Virgile, et aux charmans ouvrages de Gessner, du Tasse et de Guarini, que quelques vers de Racan, quelques idylles de madame Deshoulières , et quelques morceaux choisis des églogues de Segrais.

En général, les poètes modernes se sont trop éloignés de la naïveté et de la précieuse simplicité des anciens. La pastorale a dégénéré entre leurs mains. Leurs grâces sont plus délicates, mais bien moins touchantes.

Ils sont moins près de la nature ; et, suivant

i56 PREFACE.

l'ingénieuse remarque d un de nos poètes (i), les bergères des modernes cueillent dans les jardins et les parterres les fleurs dont elles se parent ; les guirlandes de la muse antique ne se composoient que ' des fleurs des champs.

Quand on parcourt les ouvrages des écrivains champêtres anciens et modernes , on voit que la poésie pastorale a revêtu quatre formes différentes : l'églogue , le roman , le drame et l'idylle.

C'est ici le lieu d'expliquer ma pensée sur l'idylle, et le système d'après lequel j'ai composé les miennes.

On a souvent confondu l'églogue avec l'idylle. L'étymologie de ces' deux mots n'a aucun rapport particulier avec la poésie cham-

(i) Piroo, préface des Courses de Tempe,

petre (i). L'usage les a consacrés l'un et l'autre pour désigner les poésies pastorales. Ce même usage a voulu qu'on appelât églogues les bucoliques de Virgile, ^t idylles les poésies dé Théocrite. Cependant on ne trouve dans les ouvrages du poète sicilien aucune idylle proprement dite. La seconde des épodes d'Horace, si l'on en tetranchoit les quatre vers qui la terminent, seroit plutôt une idylle qu'aucune des pastorales de Théocrite et" de Virgile. Quelques auteurs ont écrit qu'il y avoit peu de différence entre l'idylle et l'églogue , et que cette différence étoit difficile à assigner. D'autres ont mieux connu la nature' de l'idylle , en la définissant , pour la distinguer de l'églogue , une pièce de poésie pas-

(i) Le mot Églogue est grec, et signifie un choix de pièces. Il répond an Selecta des Latins. Les anciens l'appliquoient également à la prose et aax vers , qael qu'en fût le snjet. On Terra plus bas la signification et J'étymologie du mot idylle.

i58 PREFACE.

torale dans laquelle on n'introduit point de bergers interlocuteurs. C'est l'opinion deMalfilâtre fi); mais en qualifiant d'idylle X Alexis de Virgifo, il paraît avoir confondu l'idylle avec l'églogue épique ou en récit. On sait qu'il y a trois espèces d'églogues : l'églogue dramatique , ou en scène, comme la première de Virgile, la première et la quatrième de Théocrite; l'églogue épique ou en récit, comme la seconde de Virgile et la onzième de Théocrite; et l'églogue mixte, qui tient de l'une et de l'autre. Telles sont la sixième de Théocrite, la septième et la huitième de Virgile.

Pour trouver le vrai sens du mot idylle , il faut consulter son étymologie. Ce mot est grec, et signifie un petit tableau. L'usage l'ayant restreint à la poésie pastorale , il signifie un petit tableau champêtre. Telle est

(i) Réflex. sur lw Bucol. de Virg.

PRÉFACE. i5g

l'idylle chez Bion , chez Moschus , chez madame Deshouliëres. Mais les idylles de cette dernière sont peut-être plutôt des élégies que des tableaux ; il y a plus de sentimens que d'images. J'ai cru mieux me conformer à l'esprit du genre , en 'donnant davantage à la partie descriptive , en rendant mon cadre plus pastoral. Mes idylles sont donc de petits tabtèaux champêtres, entremêlés de réflexions et de sentimens.

J'ai composé quinze idylles. Fussent-elles bonnes , c'est bien assez. On a remarqué que les meilleurs poètes bergers ont écrit peu d'ouvrages champêtres; sans doute parce que les grâces de ce genre si simple s'épuisent aisément , et qu'il est difficile d'être longtemps naturel et délicat , sans devenir trivial ou affecté* Parmi les trente pièces de Théocrite auxquelles on donne le nom d'idylle, on n'en compte que dix de vraiment pasto-

raies : et sur les dix églogues de Virgile (i), sept seulement, selon quelques critiques, appartiennent à la muse des champs.

Je sais , encore une fois , combien le goût moderne est prévenu contre le genre pastoral. Nous n'aimons pasl'églogùe. Les chants alternatifs de deux bergers qui gardent leurs troupeaux, leurs défis, leurs combats de flûte, sont, trop éloignés de nos mœurs pour nous plaire. La grossièreté de nos pâtres et de nos villageois , opposée à la délicatesse des bergers que nous peignent les poètes, rend ces fictions ridicules. On les traite de pures chimères. On ne veut pas croire que ces chimères ont existé, existent peut-être même encore dans quelques contrées' heureuses et reculées , dans la patrie fortunée de Théocrite et de Moschus. Oh ne Ut plus Segrais, malgré la douceur de ses vers. Si Racine eût écrit

(i) Voyez Servïus . in ecl. firg.

des églogues, il est probable qu'elles aùroient égalé celles de Virgile (i). Je doute cependant qu'elles eussent beaucoup de lecteurs (2). Mais l'idylle ne partage pas cette réprobation. On lit , on apprend par cœur celles de madame Desboulières. J'ai donc renoncé à l'églogue, et j 'ai, cru me conformer davantage au goût et aux mœurs de ce siècle, en écrivant des idylles d'après le plan que je viens d'exposer. Après la nature, j'ai pris pour modèles les anciens, surtout Théocrite et Virgile , et ceux des modernes qui m'ont paru leur ressembler le plus. J'ai lu et relu sans cesse leurs

(1) On peut en juger par son idylle de la Paix, ou l'on trouve, arec tous ses charmes , la manière de ce poète incomparable. Au reste , cette idylle de la Paix n'est point proprement une idyUe. C'est un chant à refrain et à chœur. Ce seroit plutôt une espèce de cantate.

(a) En effet , lit - on beaucoup les charmantes Églogues de J.-R. Rousseau , quoiqu'elles soient écrites d'un style presque digne de Virgile ?

rôa

aimables écrits. Ils m'ont accompagné dans mes douces promenades. Là, je les comparais avec la nature, je confondois souvent la copie avec l'original, je répétois leurs vers charmans , et je faisois les miens ; car mes idylles sont nées au bord des ruisseaux , à l'ombre des bois , au milieu des prairies* Pour peindre la nature, j'ai voulu l'avoir sous les yeux. C'est aussi dans les champs, {dans les bois, dans les prés, que je voudrais être lu. Ces scènes douces et riantes, çn éloignant Identique , appelleraient l'indulgence : je ne craindrais pas qu'elle me fût refusée, si mes essais, fruit de mes rêveries solitaires, étoient lus avec autant de charme que j'en ai trouvé à les écrire.

3fri)lU*.

Page 1