‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 30 sur 86 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

EmriN d'une tendre verdure Je vois de nos forêts les arbres se couvrir : Affranchi des glaçons , le doux ruisseau murmure.

Sous le souffle heureux du zéphyr,

Ea timide fleur va s'ouvrir Et reprendre à nos yeux sa brillante parure.

Que d'appas , pour nous plaire , étale la nature !

Et tout conspire à l'embellir :

Dans la campagne, une odeur printanière Parfume les airs épurés ; A l'ombre des bosquets la naïve bergère

Arec gaité danse sur la fougère , Ou foule l'herbe de nos prés.

Les jeunes arbrisseaux dont les fleurs vont éclore, Des arbres verdoyans l'ombrage aimable et frais , Les vallons, les coteaux, les gazons, les guérets, Tout annonce en ce» lieux le beau règne de Flore ; Mais le chantre d'amour, l'honneur de nos forêts,

Le rossignol ne chante pas encore.

Ces sons plaintifs et doux, tendres, mais éclatans , Que répétoit l'écho des campagnes lointaines ,

N'ont pas encor retenti {fans nos plaines.

Ah! sans le rossignol il n'est pas de printemps. En vain s'épureroit l'onde éè nos fontaines ; En vain reverdiraient les ormes de no» bois; De l'hiver nébuleux, des jours tristes et froids * La nature en vain délivrée

Sentiroit du zéphyr l'haleine désirée : 1

Si de son chantre elle n'entend la voix ,

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IDYLLES. i65

Elle se croit encor dans les fers de Borée.

Aimable oiseau , viens combler son bonheur.

Eh! qui peut causer ton silence?

Seroit-ce , hélas ! l'indifférence De l'objet qui charme ton cœur ?

Ton infortune alors seroit extrême :

Oui, tendre rossignol, sans doute il est affreux

De n'être pas aimé de ce qu'on aime : • Te préserve le ciel d'un sort si rigoureux !

Se pourroit-il que Philomèle, Sourde à ta voix , insensible à tes chants , Rejetât l'.hommage fidèle Du plus aimable des amans ?

Mais peut-être que la volage.

En te quittant aura trahi ta foi , Rompu des nœuds chéris , et méconnu la loi

Où le joug de l'hymen l'engage.

Non, non, heureux oiseaux , ce n'est point parmi vous Qu'habitent le mensonge et la noire imposture/ Plus dociles aux lois de la sage nature, •«

Vous n'avez pas appris de nous

A violer vos sermens les plus doux :

C'est à nous, à nous seuls qu'appartient le parjure. Vous ne eoonoissez pas les ennuis , les regrets, Et les remords cuisans , et les douleurs mortelles , Qui de l'amour trompé sont les suites cruelles :

Hôtes paisibles des forêts ,

Vous êtes tendres et fidèles.

Jamais d'un cœur blesse les dévorons chagrins

N'empoisonnent votre existence, L'hyménée et l'amour vous font des jours sereins; Toujours pour vous ils sont d'intelligence.

Tendres oiseaux, bénissez vos destins :

Laissez, laissez aux coupables humains

La perfidie et l'inconstance.

Quels sont donc les chagrins secrets Qui privent de tes chants l'écho de la campagne ? Seroit-ce le trépas de ta douce compagne Qui cause ta tristesse, et rend nos boisjnuets?

Un plomb mortel te l'a ravie, Et, rampant les liens d'une si tendre amour , Sur* fe -rameau voisin vient frapper ton amie , Qui , laissant dans Les airs son innocente vie , Tombe , et ferme les yeux à la clarté du jour.

Ainsi, petits oiseaux, victimes déplorables

ifc DOS cruels amusemens, Vous tombez sous nos coups, et nos plaisirs coupables Portent chez vous le deuil et les gémissemens, Séparent sans pitié' les plus tendres amans,

Brisent les nœuds les pins aimables.

Ah ! j'excuse bien tes regrets ; Elle t'aimoit, elle t'étoit fidèle :

Qui ta remplacera jamais ?

Qui t'aimera jamais comme elle ?

Depuis ce jour fatal tu ne fais que languir; Tu ne sais où placer ton coeur et ta tendresse. Oui, malheureux oiseau, regrette-la sans cesse: Quand on perd ce qu'on aime, on ne peut trop gémir.

Mais ton silence augmente ta tristesse :

Crois-moi, doux rossignol, charme encornos forêts;

Confie à l'écho du rivage %t tes amours et tes regrets :

A chanter ce qu'on aime on trouve tant d'attraits! Tu charmeras ainsi l'ennui de ton veuvage:

On soulage, en chantant, les peines de l'amour. Près du S trymoti glace 1 , sur sa déserte rive ,

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Orphée attendrissent les rochers d'alentour , Et des sons ravissans de sa lyre plaintive U faisoit retentir son sauvage séjour.

Comme toi séparé d'une épouse chérie , Sensible comme toi , comme toi malheureux ,

Par ses accords touchans et douloureux Il enchantoit les maux de son ame flétrie.

Fais comme lui. Reviens dans nos bosquets ; Vole sur cet ormeau , ton séjour ordinaire ;

Viens sur ce tïhéne solitaire ,

Asile de l'ombre et du frais ; Sous ce berceau de naissante verdure ,

Viens nous attendrir par tes chants ; Rends ta voix aux échos, son chantre à la nature,

Et que rien ne manque au printemps.

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