‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 31 sur 86 · LA FONTAINE · texte numérisé non relu

LA FONTAINE

Je viens respirer sur tes bords, Source pure , source chérie ; Je viens , par de tendres aceords , Soupirant ma mélancolie.

Oublier un moment les chagrins de la vie.

Ce solitaire et tranquille vallon , Ce pré fleuri, dont la pente est si douce, Cette eau qui , jaillissant dans un bassin de mousse, S'enfuit en murmurant à travers le gazon ;

• (x) Cette idylle a été lue à M. Delille.

x 7 o IDYLLES.

Cette aimable fraîcheur qui règne en ce bocage ,

Impénétrable aux feux du jour ;

Ce sombre et taciturne ombrage Où le zéphyr a fixé son séjour; Le chant du rossignol caché dans la verdure , Ces fleurs dont le parfum s'exhale dans les airs, Tout pénètre mes sens d'une volupté pure :

Ici, du sort pour moi finissent les revers.

Dans mon sang agité cette douce retraite

Verse un calme délicieux.

J'y respire une paix secrète Que je ne trouve, hélas! qu'en ces beaux lieux. Mon cœur s'épanouit , mon aine est satisfaite , Je m'attendris, des pleurs s'échappent de mes yeux.

Quand ici j'épanche mes peines , Tout semble partager mes tristes sentimens.

Les oiseaux suspendent leurs chants,

Les vents retiennent leurs haleines , L'écho répond à mes gémissemens.

A mes tristes pensers ici je m'abandonne; J'y regrette à loisir un bonheur qui n'est plus. Ici, seul avec moi, librement je raisonne

Sur la fausse amitié des hommes corrompus :

Que ne puis-je oublier, comme je leur pardonne ,

Tous les maux que j'en ai reçus !

Dans ce monde en effet, qu'on aime , qu'on encense ,

Où l'on veut vivre , où Ton croit être heureux , Tout est piège pour l'innocence.

Tout est chagrin pour un cœur vertueux.

Là, le parent contre un parent conspire ; Pour trahir et blesser, l'odieuse satire D'une main hypocrite aiguise tous ses traits; On applaudit l'ingrat dont la lanpie déchire

L'ami qui le combla des plus touchans bienfaits. Lassé de tant d'horreurs , que je comprends à peine ,

Je viens , claire et douce fontaine, Contempler sur tes bords de plus rians objets.

De ce vallon aimable bienfaitrice ,

Par toi , de fleurs je le vois se couvrir ;

Par toi, je vois la rose et le narcisse Ouvrir leur sein brillant au volage zéphyr :

Sans toi, je les verrais tomber et se flétrir. Tu dispenses tes dons sans, hauteur, sans caprice;

Tu fais le bien sans t'en enorgueillir.

Souvent la naïve bergère Vient consulter le cristal de tes eaux :

Par tes conseils elle sait plaire.

Parmi les prés fleuris, sur tes bords, les troupeaux Viennent chercher le soir une onde salutaire,

Et la fraîcheur , et le repos :

Ta source. pure désaltère

Les habitons de nos hameaux.

Mille oiseaux près de toi trouvent une ombre utile : Tu baignes. les. ormeaux qui protègent leurs feux; De leurs amoum tu rafraîchis l'asile ;

C'est par tes soins qu'ils sont heureux.

Ils ne sont point ingrats : leurs concerts d'allégresse De tes bords fortunés augmentent les attraits ; Dans leur ramage ils célèbrent sans cesse

Et leur bonheuç et tes bienfaits.

Ainsi les droits sacrés de la reconnoissance En ces lieux, comme ailleurs, ne sont pas méconnus :

Tout y prêche la bienfaisance , L'union , la concorde et toutes les vertus.

Hélas ! pourquoi, toujours empressés à nous nuire, Ue profitons-nous pas de si belles leçons ?

Mais non ; contre nos jours tandis que tout conspire ,

D'une loi dont nous gémissons Nous aggravons encor le rigoureux empire.

Notre malice ajoute aux maux que nous souffrons; Nous ne songeons qu'à nous détruire.

Tous les fléaux contre nous réunis Attaquent nos* jours déplorables ; Mais nos fureurs sont bien plus redoutables : Nos plus dangereux ennemis, Nous les trouvons dans nos semblables.

Froids et barbares assassins , Pour une stérile victoire, De notre propre sang nous inondons nos mains : Qui. l'eût pensé ? le comble de la gloire Est l'art d'égorger les humains.

Tu ne le sais que trop , source pure et limpide, Combien d'infortunés bergers Vont, armés d'un fer homicide, Loin de tes bords heureux affronter les dangers l Combien de fois la sensible bergère

Vint sur la rive solitaire Pleurer l'amant qu'en de lointains climats

■Mk

Retient une loi trop sévère.

Pour recevoir ou donner le trépas (i)?

Mais de tes naïades plaintives

Je renouvelle les regrets :

J'attriste les échos de tes aimables rives.

Adieu ; promène en paix tes ondes fugitives :

Adieu; je m'éloigne et me tais.

(i) On voit que cette idylle a été. composée pendant les guerres et sous le régime de la révolution.

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