‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 33 sur 86 · LE SOMMEIL · texte numérisé non relu

LE SOMMEIL

O toi dont si souvent j'invoque la puissance, Pour calmer de mes maux les transports douloureux , Du repos de la mort emblème ténébreux ; Toi d'un cœur déchiré dernière jouissance,

Unique ami des malheureux !

Viens d'un pénible jour terminer la carrière ; Sommeil, j'implore tes faveurs.

Ferme des yeux toujours ouverts aux pleurs , Appesantis ma mourante paupière , Et viens avec mes sens assoupir mes douleurs.

18a IDYLLES.

Rends la paix à mon ame aux chagrins asservie ;

Le bonheur n'est plus fait pour moi.

Doux sommeil, tu le sais, des charmes de la vie

Il ne me reste plus que toi.

Toi seul sais adoucir ma triste destinée ; Tu suspends de mes maux l'importun souvenir : Mon ame à ses regrets toujours abandonnée Dans tes bras bienfaisans ose s'épanouir.

Trop accablé, sans toi je ne pourrais fournir "* De mes jours douloureux la course infortunée. Viens donc , viens dans mes sens répandre tes pavots. Qu'un mortel plus heureux méprise ton empire ; Après des biens plus doux ou de nobles travaux

Je consens qu'un autre soupire :

Hélas ! ne plus sentir mes maux

Est l'unique bien ou j'aspire ; Et le bonheur est pour moi le repos.

Tout redouble à l'envi ma profonde tristesse ; Loin de la soulager, tout conspire à l'aigrir.

C'est en vain que le doux zéphyr Ramène du printemps la suite enchanteresse:

Tout accable mon cœur fatigué de souffrir.

Pour moi chaque saison est la saison des larmes. v

De ses attraits les plus touchans

En vain Flore pare nos champs ; J'admire son éclat , sans jouir de ses charmes , Et l'année à mes yeux a perdu son printemps.

C'est toi seul, doux sommeil, par tes dons salutaires, Qui calmes mes ennuis, soulages mes regrets.

Pourquoi donc, sourd à mes prières, Me fais-tu si long-temps attendre tes bienfaits ? Les pleurs roulent presses sous ma paupière humide ; Mille soins dévorans viennent m'importuner.

Ah ! protège contre eux mon cœur foijrfe et timide :

Voudrais- tu donc, ami perfide,

Me trahir et m'abandonner ?

Un silence profond règne sur les campagnes , Le zéphyr seul frémît en agitant les fleurs ; Tout se tait, les vallons, les plaines, les montagnes: Et moi , quand nos bergers , oubliant leurs malheurs, fc

. Dorment en paix auprès de leurs compagnes , Je veille solitaire., et je verse des pleurs.

Sur un rameau de naissante verdure Le tendre rossignol soupire ses amours :

i8/ § IDYLLES.

A sa voix , les ruisseaux interrompent leur cours , Et de leurs petits flots suspendent le murmure. Tu chantes , doux oiseau , l'hymen et le plaisir ; Moi , j'exhale mes maux et ma tristesse sombre,

Et tous deux nous veillons dans l'ombre , .

Toi pour aimer, moi pour gëmir.

Par les soucis rongeurs mon ame est poursuivie ; Je vois avec mes jours mes chagrins s'enchaîner. Demain , demain encore , il me faudra traîner

Le lourd fardeau de ma pénible vie.

Repos, dieu bienfaisant, baume consolateur, Viens régner sur mes sens , viens ; qu'un heureux mensonge

Par tes soins trompe ma douleur ; Que je te doive au moins l'illusion d'un songe ,

Et que je rêve le bonheur.

Fais durer jusqu'au jour cet aimable délire : . En ma faveur prolonge , 6 doux sommeil !

Et tes bienfaits , et ton empire ;

Éloigne un pénible réveil.

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