LES PRAIRIES
Du fortuné zéphyr les fécondes baleines Soufflent autour de nous le printemps et l'amour. Philomèle et Procné sont enfin de retour.
Les ruisseaux ont brisé leurs chaînes.
Les frimas ne sont plus, les roses ont leur tour, Et de tous ses parfums Flore embaume nos plaines.
Les échos, si long-temps muets, De mille et mille oiseaux répètent le ramage.
Toute la nuit, dans son tendre langage, Le rossignol se plaint et charme les forêts.
*mm*^m
# Les épis ondoyàns flottent sur les guérets :
Le laboureur sourit à cet heureux présage , Et Cérès et Pomone annoncent leurs bienfaits.
Dans les bosquets » de branche en branche Le jeune oiseau voltige ; et sa légère voix Chante l'hymen , l'amour , et leurs aimables lois. Du sommet des coteaux une eau pure s'épanche :
La violette et la pervenche
Émaillent le gazon des bois.
Mais c'est pour vous surtout , verdoyantes prairies ,
Que Flore ouvre 'tous" ses trésors.
Vous relevez l'éclat de nos plaines fleuries ; Vous êtes l'ornement et l'honneur de nos bords. Cest vous que le printemps pare de tous ses charmes ; Il prodigue pour vous la verdure et les fleurs. L'aurore chaque jour vous couvre de ses larmes.
Vous brillez de mille couleurs.
Sur vous la jeune abeille en bourdonnant s'élance : Bientôt , riche des dons qu'avec magnificence
Vous étalez devant ses yeux , Elle porte à sa ruche un butin précieux.; Et de vos fleurs la douce quintessence
Devient un iniel délicieux.
Par son éclat nouveau, le papillon volage, Tel qu'une jeune rose, à peine épanoui, Pare encor de vos fleurs le brillant assemblage , Et sur tant de trésors il voltige ébloui , Sans savoir où porter son inconstant hommage.
Le bienfaiteur de nos déserts , Zéphyr flatte les fleurs qu'il vient de faire éclore ; Il ride vos gazons comme l'azur des mers.
Sous le souffle léger du tendre amant de Flore, Les filles du printemps s'embellissent encore, Et de nouveaux parfums s'exhalent dans les airs. Si l'aquilon porté dans le flanc d'un nuage, Vient quelquefois sur vous exercer ses fureurs, Sur leurs tiges en vain il fait plier vos fleurs :
Elles laissent passer l'orage , Et souvent même on voit son impuissante rage Augmenter leurs attraits et leurs douces odeurs. Ainsi , quand du malheur la tempête cruelle
De la vertu trouble la paix , Quand le crime en fureur se déchaîne contre elle , Elle se montre encor plus touchante et plus belle ,
aoo IDYLLES.
Et répand de plus doux bienfaits.
Mais ces jeunes beautés , bêlas ! trop passagères , Auront dans peu de jours disparu de nos champs. Leur fraîcheur, leur éclat, leurs grâces printanières
Ne nous charmeront pas long-temps.
En les voyant briller je gémis, et je pense Que la faux va les moissonner :
U n'est donc pas de jouissance Que la douleur ne vienne empoisonner !
Autour de nous la mort frappe sans cesse :
Sur les tendres fleurs même elle exerce ses droits. L'éclat de la beauté , les grâces , la jeunesse , Tout subit tour à tour ses inflexibles lois.
L'épi doré tombe sous la faucille ; La rose voit flétrir ses attraits délicats :
Tout ce qui plaît, tout ce qui brille , Est la victime du trépas:' Prés verdoyans! retraites fortunées!
Vos charmes ne sauraient désarmer son courroux» Ce tyran destructeur règne aussi parmi vous:
H fait languir vos fleurs sur leurs tiges fanées , Vos gazons tombent sous ses coups.
IDYLLES. aoi
Ainsi tout, jusqu'aux fleurs, nous présente les traces
De nos jours fugitifs et des arrêts du sort.
Votre émail printanier , vos bienfaits , ni vos grâces ,
Rien ne peut attendrir la mort.
Mais avant qu'une main , d'un fer cruel armée ,
Sur votre pelouse embaumée *
Sans pitié moissonne les fleurs , Je veux sur ce tapis de brillantes couleurs , Portant au loin ma vue éblouie et charmée Admirer à loisir tant d'objets enchanteurs.
Couché sur vos gazons, je veux, belles prairies. Abandonner mon ame aux tendres rêveries , Aux regrets douloureux , aux souvenirs touchans , Du rossignol plaintif écouter les doux chants , Voir zéphyr se jouer dans les plaines fleuries , Respirer vos parfums , et jouir du printemps.
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aoa IDYLLES.