LA NUIT
La nuit du haut des airs fond sur notre hémisphère ;
Elle va déployer son voile ténébreux.
Phébus a terminé sa brillante carrière :
Las de verser sur nous les flots de sa lumière ,
Dans le sein de Thétis il ranime ses feux.
Tout disparoît enseveli dans l'ombre ;
Les creux vallons , les coteaux , les guérets , Et les prés émaillés, et les noires forêts; Partout règne la nuit silencieuse et sombre.
Le sommeil , cet ami qu'un Dieu compatissant
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Nous envoya pour essuyer nos larmes» , Va des tristes mortels , par ses paisibles charmes, Ranimer le corps languissant , Et , dans les cœurs flétris par les alarmes , Faire couler son baume bienfaisant :
Mais contre le chagrin cuisant Ses douceurs sont de foibies armes.
Ah ! la douleur connoit peu le sommeil ; S'il assoupit un cœur serré par l'infortune, Bientôt les noirs soucis et la crainte importune Détruisent ses bienfaits par un triste réveil. Dans les hameaux , tout se tait, tout repose. De la nuit les fraîches vapeurs Se pénètrent déjà du doux esprit des fleurs.
Les bocages , les prés , l'aubépine , la rose , Confondent dans les airs leurs suaves odeurs. Des feux du jour (a campagne embrasée - Au vent frais de la nuit épanouit son sein.
Le printemps , des plaisirs aimable souverain , Descend du haut des airs sur la terre arrosée.
Un ciel brillant, pur et serein, Distille les parfums en des flots de rosée.
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Sous la feuillée humide , au plus épais des bois. Le chantre de la nuit , la tendre Philomèle,
Élève sa touchante voix , Le plus bel ornement de la saison nouvelle.
A répéter ses chants les échos attentifs Charment dans leurs palais les nymphes attendries ; Mille insectes cachés sous l'herbe des prairies Mêlent leurs cris bruyans à ces accens plaintifs. La nuit vient ranimer l'éclat de la nature ,
Et renouveler ses attraits.
Demain des doux ruisseaux l'eau coulera plus pure ,
L'émail des prés sera plus frais ;
Une plus brillante verdure Embellira la cime des forêts.
Hélas! en vain le jour m'étalera ses charmes : Mes yeux ne verront plus luire de jours sereins. La nuit , la douce nuit vient suspendre mes larmes ; Le jour, le triste jour me rend à mes chagrins.
Un cœur toujours abreuvé d'amertume Dans l'ombre de la nuit semble s'épanouir.
Il exhale du moins l'ennui qui le consume , Quelques instans il cesse de souffrir.
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O de l'infortuné seule consolatrice !
O nuit ! calme mes sens et mon cœur agite.
Étends sur moi ton ombre protectrice :
Répands snr mes malheurs ta sombre obscurité. Mais jie te hâte pas de finir ta carrière ; Accorde-nous long-temps tes paisibles faveurs. Il est des yeux condamnés aux douleurs , Qui vont bientôt s'ouvrir à la lumière ,
Hélas ! pour ne s'ouvrir qu'aux pleurs.
Aux malheureux, courbés sous le poids de leurs peines, D'un sommeil bienfaisant prodigue les pavots : Ils n'ont d'autre bonheur que l'oubli de leurs maux. Bientôt l'astre du jour, en éclairant nos plaines, Ramènera pour eux les pénibles travaux,
L'ennui rongeur, les craintes vaines
O nuit! prolonge leur repos.
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