‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 42 sur 86 · LE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

LE PRINTEMPS

]>ks fleurs et des amours la saison fortunée Vient dans nos champs, de festons couronnée»

Tout animer , tout embellir.

Tout sourit à nos jeux. Hâtons-nous de jouir

Du plus beau moment de Tannée.

Telle est de nos beaux jours la triste destinée : Un même instant les voit luire et s'évanouir. Dans les lieux où Borée attristait la nature

Par son sifflement importun,

Un ruisseau mollement murmure.

aao IDYLLES.

Déjà l'émail des fleurs embellit la verdure , Et la vigne au doux fruit répand son doux parfum. Sur un chêne élevé la tendre tourterelle De ses gémissemens fait retentir les airs.

J'entends ici la douce Philomèle , Là des bergers les champêtres concerts , Saluer la saison nouvelle.

Un regard de l'amour a peuplé nos déserts.

Sur un trône de fleurs Vénus descend des nues ; (i) La terre sous ses pas enfante les plaisirs.

Mille douces odeurs , dans les airs répandues , Réveillent dans nos cœurs mille doux souvenirs. Le soleil , à grands flots prodiguant sa lumière, Semble vouloir jouir d'un spectacle si beau.

Une douce rosée embellit le tableau , Humecte chaque fleur, rafraîchit la bruyère.

Le peuplier, ouvrant son feuillage nouveau,

(i) Ces expressions , et quelques autres semblables : « La saison dos fleurs et des amours»; « Lss téphyrs appellent, soufflent F amour», etc., préseo* tent des allusions allégoriques aux découvertes qui ont donné naissance au système de Linné , et qui font le sujet du poème anglais : Les Amours des Plantes.

IDYLLES. 22i

Exhale une odeur printanière.

Partout on trouve une fleur à cueillir.

Tout désert est riant, tout rocher est fertile :

La terre , si long-temps stérile , S'ouvre au souffle fécond de l'aimable zéphyr. Le printemps et l'amour raniment nos bocages ; s

La rose brille au milieu des buissons.

Mille jeunes oiseaux , cachés sous les feuillages , Font retentir les airs de leurs tendres chansons. La pâle violette émaille nos gazons, Et l'aubépine en fleur embaume nos rivages. "

Que ne pouvons-nous plus long-temps De Flore et du zéphyr respirer les haleines !

Arrête , aimable et doux Printemps ; Règne , règne toujours sur nos heureuses plaines.

Vœux impuissans ! inutiles désirs \ Rien ne dure ici-bas que les maux et les larmes. En vain de nos beaux jours regrettons-nous les charmes ; Le temps fuit loin de nous sur l'aile des zéphyrs. Il me souvient encoç du printemps de ma vie ; Dans mes jeunes désirs j'osai croire au bonheur : Une si douce erreur me fut bientôt ravie,

L'espoir même, l'espoir fut banni de mon cœur. A des rêves brillaos mon ame étoit livrée :

Que j'étois loin des maux que je souffre aujourd'hui f Cet heureux temps, hélas! fut de peu de durée: Un orage a grondé. ,. » mon printemps s'est enfui ....

Aussi , pour mon ame flétrie , La saison des plaisirs a perdu ses attraits :

EUe entretient ma rêverie; Et l'aspect ravissant d'une plaine fleurie , Rappelant mes beaux jours, augmente mes regrets.

Va y doux Printemps, saison enchanteresse.

Va loin de moi ; tes riantes faveurs

Ne peuvent rien sur ma sombre tristesse.

Mon ame , des long-temps fermée à la tendresse,

Ne sait plus goûter tes douceurs.

Va , cesse de charmer des yeux baignes de pleurs. A des cœurs phis heureux va porter l'allégresse ,

Et prodiguer les parfums et les fleurs.

k«^«r%> < %«^vw*i%>w»^k^«>%'k««^i k ^^

Page 1