L'ÉTÉ
Ils ne sont plus, ces jours où nos heureux rivages Retentissoient du chant de mille oiseaux divers , Où , respirant en paix, sous de rians ombrages, Et le parfum des fleurs et la fraîcheur des airs ,
Des rossignols de nos bocages
récoutois les tendres concerts.
L'ardente canicule embrase nos déserts, Et ses feux de nos bois ont flétri les feuillages.
.Déjà Philomèle se tait :
Le gazon sèche et meurt dans la campagne aride; Ainsi le doux printemps, comme un éclair rapide,
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Brille à nos yeux et disparaît; Ainsi , se balançant sur sa tige fleurie , La rose, ce trésor de grâce et de fraîcheur, Nous charme le matin , et le soir est flétrie : Ainsi la beauté passe, ainsi fuit le bonheur.
Des ardeurs de l'été l'influence funeste
Flétrit le pampre vert qui couvrait nos coteaux ;
La fleur tombe fanée au bord de nos ruisseaux , Et du printemps le zéphyr seul nous reste.
Il habite encor nos vallons ;
Des fontaines encore il ride Fonde pure ;
Il agite nos bois avec un doux murmure ; Et du soleil les agiles rayons Errent flottant à travers la verdure.
Les moissonneurs, de leurs rustiques chants , Font résonner les échos de la plaine ;
Des présens de Gérés ils dépouillent les champs.
Le serpolet fleuri , le thym , la marjolaine ,
Nous font ressouvenir des parfums du printemps.
Les fleuves épuisés ralentissent leur course ; •
Les eaux n'arrosent plus le gazon de nos prés.
Les ruisseaux desséchés ont vu tarir leur source , Les troupeaux sur leurs bords mugissent altérés. Le chant vif et léger de la jeune alouette Donne , dès le matin , le signal des travaux : Et la nuit on entend la lugubre chouette , Qui de son cri plaintif attriste les échos.
La eigale en nos bois remplace Philomèle ; Le vert lézard dort parmi les buissons.
J'entends encor la tendre tourterelle , Et du chardonneret les légères chansons.
De ce charmant oiseau que j'aime le ramage !
Il enchante à la fois et l'oreille et les yeux ,
Et par son chant mélodieux,
Et par l'éclat de son plumage^ Hélas ! bientôt les frimas destructeurs Aux bosquets verdoyans déclareront la guerre: Il nous faut de l'hiver essuyer les rigueurs,
Avant que la saison des fleurs
Vienne encore embellir la terre.
Tels sont les arrêts des destins :
Toujours les dévorans chagrins De nos tristes plaisirs empoisonnent les charmes.
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S'il est quelque douceur accordée aux humains, Il faut Tacheter par le* larmes.
Pour moi , je veux, sous ces ormeaux , Braver la canicule et sa binante rage.
Un vent doux et léger, jouant dans le feuillage». Agitera sur moi les flexibles rameaux :
Et s'il est encor des ruisseaux Dont Tonde en murmurant caresse son* rivage, Sur ces bords fortunés, étendu sous l'ombrage»
Je veux dormir au bruit des eaux.
Que Tété, du zéphyr éternisant l'empire, Me fasse du printemps oublier les bienfaits ; Qu'à mes yeux la nature encor daigne sourire Et se parer de ses plus doux attraits.
Il est des fleurs que Gérés voit éclore :
Que le jasmin des bois et le bluet des champs, Que le lis embelli par les pleurs de l'aurore, Nous offrent leurs parfums et leurs attraits touchans. Qu'à nos yeux enchantés la rose brille encore,
Et qu'un dernier regard de Flore Donne à l'été quelques traits du printemps.
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