L'AUTOMNE
Déjà l'été n'est plus ; et la triste nature Voit chaque jour altérer ses attraits.
Les blonds épis n'ornent plus nos guérets.
Par degrés à nos yeux se fane la verdure; Et de leur brillante parure
Zéphire, en se jouant, dépouille les forêts.
Le temps , sur ses ailes légères ,
Emporte ces beaux jours où les fleurs printanières
Etaloient sur nos bords leur touchante beauté. Flore nous quitte; et les feux de l'été
Ont flétri du printemps les grâces passagères.
Cérès nous consoloit par ses brillans appas
Et par les biens qu'elle nous donne :
Mais son regard à peine a lui sur nos climats ,
Elle fuit et nous abandonne.
Devant l'hiver, qui s'avance à grands pas, Nous verrons à son tour fuir l'aimable Pomone ;
Et les doux attraits de l'automne
Disparaîtront sous les frimas.
Telles sont des humains les frêles destinées :
Ainsi s'envolent nos beaux jours.
Que nos fugitives années Luisent pour nous , tristes ou fortunées , La vieillesse et la mort en terminent le cours.
Bacchus règne sur nos montagnes , La vendange à grands flots coule dans les celliers. Les fruits mûrs et vermeils chargent les espaliers. Les parfums de l'automne embaument les campagnes. L'honneur de nos vallons, les timides ruisseaux. Dont les feux du soleil avoient tari la source , Tombent en flots d'argent du haut de nos coteaux , Dans les champs altérés précipitent leur course ,
Et prodiguent partout la fraîcheur de leurs eaux.
Ils nous rendent leur doux murmure ; Et les prés , arrosés de ces flots bien faisans , De leur gazon flétri ranimant la verdure,
Semblent encore annoncer le printemps.
Des fruits de nos vergers la campagne est jonchée.
Dans nos déserts, si rians autrefois, Tombe de lemps en temps la feuille desséchée , Et sa chute interrompt le silence des bois.
On n'entend plus ces coneerts d'allégresse, Dont nos bergers saluoient le printemps.
Plus de musette, plus de chants; Le vent même se tait : une douce tristesse
Règne dans nos paisibles champs.
Ce que Flore a promis, Pomone nous le donne:
Mais il vaut mieux encore espérer que jouir.
Je regrette, au milieu des faveurs de l'automne, Les jeunes fleurs qu'agi toit le zéphyr.
Quand verrons-nous l'aubépine nouvelle De ses rameaux fleuris émailler les buissons, Et la voyageuse hirondelle Voler autour de nos maisons ?
fc — —
a3o IDYLLES.
Quand de la douce Phiiomèle Entendrons-nous les plaintives chansons?
Quand gémira la tendre tourterelle ?
O printemps, père des amours !
Dès que l'automne aura fini son cours , Que ne peux-tu sur nous rétablir ton empire ! • Rends-moi tes fleurs, rends- moi ton doux zéphyr e, Et surtout rends-moi mes beaux jours.
Vaine espérance ! hélas ! peut-être * Mes yeux , mes tristes yeux, ne doivent plus connoître Que les larmes et les douleurs, Et ne verront jamais renaître ' Ni les beaux jours , ni la saison des fleurs.
Mais tant qu'un reste de verdure De nos coteaux parera les sommets , Je viendrai chaque jour dans ces tristes forêts , Qui bientôt de l'hiver ressentiront l'injure, Rêver à mes chagrins , promener mes regrets,
Et, jouissant de ses derniers attraits , Dans son déclin encore admirer la nature.
Triste , mais aimable saison , Douce vieillesse de l'année ,
IDYLLES. a3i
Automne ! ah ! loin de nous repousse l'aquilon , Fais-nous jpuir encor d'une belle journée.
Puissé-je du dernier zéphyr
Respirer les douces haleines !
Avant que nos ruisseaux , sous de brillantes chaînes ,
Sentent leur cours se ralentir ,
Puissé-je aux nymphes des fontaines
Confier encore un soupir !
a3a IDYLLES.