‹ Odes sacrées, idylles, et poésies diversesChapitre 45 sur 86 · L'HIVER · texte numérisé non relu

L'HIVER

Les frimas dans nos champs ont remplacé les fleurs ; / L'hiver étend sur nous son tyrannique empire.

L'aquilon , vainqueur du zéphire , • De l'aurore a glacé les pleurs.

Les fleuves épanchés du sommet des montagnes ,

Roulent des flots moins transparens , Et d'une onde moins pure arrosent les campagnes : Où couloient les ruisseaux, bondissent les torrens.

Des légions d'oiseaux sauvages , y K Traversant les plaines de l'air,

Fendent les bnmides nuages, Et du septentrion viennent sur nos rivages, Par leurs cris glapissans nous annoncer l'hiver. < Les arbres de nos bois ont dépouillé leurs têtes Qu'agitoient du zéphyr les doux frémissemens. L'Océan contre nous soulevant les tempêtes , Fait retentir dans nos dtuces retraites

Ses lugubres mugissemens.

Flore, Gérés , Pomonè et l'allégresse Ont quitté les vergers, les prés et les guérets. Les vallons sont déserts, les échos sont muets: L'aquilon , les frimas , le deuil et la tristesse ,

Sont les seuls hôtes des forets.

Plus de zéphyr , plus de verdure ; Les bergers > les troupeaux ont déserté les bois. Les ruisseaux enchaînés ont perdu leur murmure,

Et les oiseaux n'ont plus de voix.

De nos champs désolés l'aspect triste et sauvage A mes yeux cependant. offre encor des plaisirs :

Dans ces lieux que l'hiver ravage

Je viens chercher des souvenirs.

Ces coteaux dépouillés , ces vallons me rappellent

a34 IDYLLES.

Les jours où Pan et Flore habitaient parmi nous. Sous un soleil brillant les frimas étincellent, Où les fleurs exhalaient leurs parfum*» les plus doux. Dans ces forêts, où règne aujourd'hui lo silence. Mille oiseaux célébraient leurs champêtres concerts ;

Ces prés rians, ces bosquets verts, Théâtre des plaisirs, des jeux et de la danse , N'offrent plus à nos yeux que de sombres déserts.

L'hiver bientôt, fuyant loin de nos rires, Ira porter ailleurs la tristesse et l'effroi. Le zéphyr , ramenant les nymphes fugitives , Fera tomber les fers des naïades captives,

Et nos ruisseaux couleront sous sa loi. De Flore la douce présence Embellira bientôt les champs et les bosquets.

Gères viendra sourire à nos guérets,

Et prodiguer la joie et l'abondance.

Ainsi les maux que l'hiver nous* a faits Sont du moins adoucis par l'aimable espérance : Hélas ! il est des cœurs qui n'espèrent jamais. Cet ormeau , jusqu'ici vainqueur de la tempête, Qui , portant dans les airs un front audacieux ,

IDYLLES. a35

Sous les brillans frimas qui blanchissent sa tête, Semble un lustre d'argent suspendu dans les cieux ;

Bientôt, orné d'un verdoyant feuillage, Prêtera ses rameaux aux chantres des forêts ;

Autour de lui les bergers du village

S'assembleront pour respirer le frais :

Moi-même je viendrai rêver sous son ombrage.

Cest ainsi qu'aux glaçons qui hérissent nos champs Je vois succéder la verdure.

Des fontaines déjà j'entends le doux murmure; Des oiseaux j'écoute les chants :

Et des rigueurs de la nature Je me console en rêvant au printemps.

Aussi quand du zéphyr les premières haleines Annonceront enfin la saison des amours ;

Quand les ruisseaux qui traversent nos plaines Reprendront leur paisible cours :

Je viendrai dans ces bois, séjour de Philomèle, Où Borée aujourd'hui fait sentir sa rigueur, Respirer les parfums de l'épine nouvelle, Voir voltiger la première hirondelle, Et cueillir la première fleur.

IDYLLES. a37

Page 1