DU PSAUME XXVIII
Afferte Domino , etc.
Bans laquelle on s'est attaché à développer la pensée de plusieurs interprètes, et même de quelques Pères de l'Église, qui ont cru que l'expression Fox Domini, répétée sept fois, s'appliquoit prophétiquement aux sept Sacrements de la loi de Grâce.
Enfants du Dieu vivant (1), offrez-lui les prémices Des troupeaux dont lui-même il vous rend possesseurs ,
(i) La Vulgate porte : Filiï Dei; mais quelques-uns traduisent FiliDei «f'ri. d'après une lecture dn texte hébreu, qui semble ici n'être pas trfs- correct.
24 * QDES
La chair de vos agneaux ? le sang de vos génisses :
Mais songez que vos sacrifices Doivent être ennoblis par le don de vos cœurs.
Offirez«lui les trésors que sa bonté vous donne ;
Ornez son sanctuaire, et parez son séjour.
Que d'un culte pompeux la splendeur l'environne :
Et que son saint temple résonne De vos hymnes de gloire , et de vos chants d'amour.
Mais que vois-je?avec Dieu l'homme n'est plus en guerre Le Saint des saints paroit ; la figure n'est plus : Sa majesté s'abaisse , et descend sur la terre.
Il fait entendre son tonnerre, Et l'eau vivifiée enfante des Élns.
Dans les plus foibles cœurs l'Esprit divin réside : Son flambeau les éclaire ; ils brûlent de son feu. Vainqueurs d'un siècle impur et d'un monde perfide
Armés d'un courage intrépide, Ils bravent les tyrans, et confessent leur Dieu.
SACRÉES. a5
.Mais je vois d'un festin la pompe solennelle , Et l'homme s'enivrant de la Divinité.
Le froment des Élus s'offre à l'ame fidèle (i);
Son cijéateur devient pour elle Un aliment de vie et d'immortalité (2).
Gomme un cèdre superbe atteint par la tempête , Dieu brise du pécheur l'orgueil présomptueux : Sous la main qui l'absout il incline sa tête :
La grâce achève sa conquête.
Et d'un cœur criminel fait un cœur vertueux.
Dans cette grâce encor le mourant se confie.
Et du Dieu qui console invoque le saint nom.
Sur son lit de douleur ce nom le fortifie :
Sans regret il quitte la vie ; La mort est désarmée, et perd son aiguillon (3).
D'un Dieu père et sauveur la sagesse profonde
(x) Framentam Elcctorum. Zachaa. ix. 17.
(3) Medicamentam vite et iinmortalitatis. Ecci. vx. 16.
(3) Ubi est, mors, stimulas tans ? I. Cos. xv. 55.
De sa grâce aux époux tient le trésor ouvert. Il bénit le lien qui conserve le monde :
Il rend la nature féconde.
Et la voix du Seigneur fait fleurir le désert.
Il prépare à sa loi de jeunes solitaires,
Tels que des cerfs craintifs au fond des bois épais.
Mais de sa foi bientôt zélés dépositaires ,
Ils dispenseront ses mystères (i), Ses divines leçons, sa grâce et ses bienfaits.
Offrons-lui dans son temple un hommage unanime : Son cœur veille sur nous ; sa vérité nous luit ; Son œil des monts aïtiers voit à ses pieds la cime :
Quand sa voix commande à l'abîme, L'orgueilleux Océan s'humilie et s'enfuit (a).
Son trône est éternel; sa parole est le gage
Des biens dont l'abondance attend ses serviteurs.
(-.) Ministres Christi, et dispensatores myslerionun Dei. I. Coa. it. r.
(2) Le sens le plus nature) , et même le plus grammatical du texte hébreu , autorise l'image qui termine la strophe de la paraphrase.
SACRÉES. a 7
La gloire et le repos, tel est leur héritage.
. La paix est l'immortel partage Que sa bonté réserve à ses adorateurs.
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a8 ODES
VI e ODE SACREE.
TRADUCTION PARAPHRASEE
DU PSAUME L(i).
Miserere mei, Deus, secundum, etc.
Ayez pitié de moi , Seigneur! Je le confesse,.
J'ai péché contre votre loi.
Oubliez mes erreurs, soutenez ma foiblesse :
Seigneur, ayez pitié de moi !
Je déplore mon crime, et de mon innocence Le trésor en vain regretté.
(i) Pour conserver autant qu'il a été possible dans la paraphrase l'onction touchante que respire ce psaume célèbre, dont chaque Tenet reproduit toujours , avec un charme nouveau , le même sentiment , le Poète a consacré une strophe entière a la traduction de chaque verset.
Seigneur, que mes remords et que votre clémence Effacent mon iniquitë !
Purifiez mon cœur souille 1 par tant de vices ;
A mes maux daignez compatir.
Que ne puis-je à vos yeux laver mes injustices
Dans les larmes du repentir!
De mes égarements déplorable victime,
J'en porte la peine en tous lieux.
J'en reconnois l'excès, j'en gémis; et mon crime
Nuit et jour est devant mes yeux.
C'est vous seul qu'outragea ma téméraire audace ,
J'ai déshonoré votre nom.
Mais plus mon crime est grand , Seigneur, plus votre grâce.
Éclatera dans le pardon.
Hélas! de la vertu par moi-même incapable,.
En naissant au mal entraîné , D'un père criminel, d'une mère coupable
Je suis le fils infortuné.
3o ODES
Mais dans votre loi sainte élevé dès l'enfance,
Instruit à bénir vos décrets, Vous m'ornez découvert de votre providence
Les impénétrables secrets.
Cependant j'ai trahi le Dieu qui me protège,
Le plaisir a séduit mon cœur.
Mais lavez sa souillure ; et l'éclat de la neige
N'égalera pas sa blancheur.
Dans les transports heureux d'une sainte allégresse
Je méditerai vos bienfaits.
Je verrai succéder à des jours de tristesse
Des jours d'innocence et de paix.
Malheureux ! embrasé d'ardeurs illégitimes ,
Mon cœur osa vous offenser:
Au feu de votre amour consumez tous mes crimes ;
L'amour seul peut les effacer.
Seigneur, à votre enfant donnez une aine pure, Simple, et fidèle à votre loi.
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SACRÉES. 3i
Renouvelez en lui cet esprit de droiture Qui préfère à tout votre foi.
N'éloignez pas de moi ce regard tutélaire
Qui met en fuite les douleurs.
Que de votre Esprit-Saint la grâce salutaire
Me fasse oublier mes malheurs**
Que cet esprit d'amour, de puissance et de vie (i)
Raffermisse mes pas glissants :
Qu'il épure mon ame , et qu'il la fortifie
Contre l'illusion des sens !
Le pécheur, sur ma trace, ira dans votre temple Louer le Dieu fort , le Dieu bon :
Et l'impie à vos pieds, vaincu par mon exemple , Rendra gloire à votre saint nom.
Rompez les fers honteux de mon ame asservie , Dieu juste! soyez mon sauveur:
(x) Le texte hébreu signifie: « esprit de bonne rolonté ( tpomUmtut ) « et de puissance. »
3a ODES
Et les pieux transports de ma langue ravie
Chanteront mon libérateur.
Ouvrez ma bouche impure aux cantiques des anges;
Que, fermée aux profanes chants, A la gloire d'un Dieu , seul digne de louanges ,
Elle consacre ses accents.
T'aurois , par l'holocauste et par le sacrifice , Fléchi votre juste courroux :
Mais le stérile sang des boucs et des génisses Est -il un don digne de vous?
Le sacrifice pur que le Seigneur demande Est celui d'un cœur pénitent.
Non , jamais sa bonté ne rejeta l'offrande Du pécheur humble et repentant.
Sion ! chère Sion ! O ville infortunée !
Dieu baisse sur toi ses regards.
Puisse Jérusalem , soumise et pardonnée,
Voir relever ses saints remparts !
Alors, Seigneur, alors l'auguste sacrifice S'immolera sur vos autels.
Alors vous recevrez l'offrande de justice , L'encens et les vœux des mortels.
VIP ODE SACREE.
TEADUCTIOIT PARAPHRA5ÉJK
DU PSAUME LXXIII (i).
Ut quid, Deus, repulisti^ etc.
Dieu tout-puissant ! d'un œil sévère Toujours recevras-tu nos vœux?
Épuiseras-tu ta colère Sur un troupeau trop malheureux?
Ce peuple , dès son origine , De ta protection divine Ressentit les heureux effets :
(i) Cette Ode sacrée et les deux suivantes sont plus particulièrement appliquées à la révolution. Elles ont été composées en 1799 et 1800, nu milieu des troubles et des rarafes de ces funestes époques.
Tu l'honorois de ta présence
Rappelle aujourd'hui ta clémence, Et daigne oublier nos forfaits.
Lève enfin ton bras redoutable ! « Dans ta juste indignation, Viens punir l'audace coupable Des profanateurs de S ion.
Confonds leur orgueil téméraire , Ces monstres dans ton sanctuaire Consomment leurs iniquités ; Et, joignant l'outrage à l'insulte, Choisissent pour souiller ton culte Tes plus grandes solennités.
Jusque dans ton auguste enceinte Ils osent troubler ton repos.
Au milieu de la voûte sainte , Ils ont arboré leurs drapeaux.
O comble d'horreur! le dirai-je?....
Sous les coups d'un fer sacrilège , Tes autels croulent fracasses
Tels, dans une forêt antique (i), Frappes par la hache rustique, * Les chênes tombent renversés.
Mais le fer est trop lent encore Au gré de leurs vœux criminels; A nos yeux la flamme dévore Ton tabernacle et tes autels.
Enflés d'orgueil et d'insolence»
Ils disent : «Bravons la vengeance « D'un Dieu dont nous nions la foi ; « A l'envi faisons -lui la guerre , « Détruisons par toute la terre « Ses fêtes , son culte et sa loi. »
Tu vois ces complots exécrables , Grand Dieu ! tu vois ces attentats , Et sur leurs têtes trop coupables Ta foudre ne s'élance pas!
Ton bras s'est lassé des miracles,
(1) tel est le sens du texte hébreu. Voyez la Bible commentée, par D. Cahnet, Vence, etc., noie sur le t. 6 du Psaume LXXIII.
Tu fais taire tes saints oracles , Nos ennemis sont triomphants.
C'est nous que poursuit ta colère; Hélas ! n'es-tu plus notre père ?
Ne connois-tu plus tes enfants?
Quoi! l'impiété déchaînée Toujours, Seigneur, t'outragera?
Toujours son audace effrénée Impunément t'irritera?
Non ; dans leur impuissante rage , Ils ne font que grossir l'orage Qui s'apprête à les abîmer.
Terrassés par ton bras terrible, ' Qu'ils sentent la force invincible Du Dieu qu'ils osoient blasphémer.
Ton peuple invoque ta justice , Éternel arbitre des Rois; O toi dont la main protectrice Nous a secourus tant de fois !
Jadis , ta nation chérie
Te vit combattre la furie D'un tyran contre elle acharné 1 .
Mais ce peuple, objet de ton zèle, Seigneur, comme nous infidèle, Étoît bien moins infortuné'.
La nature à ta voix docile , Changeant l'ordre des éléments, Leur ouvrit uu chemin facile Au travers des flots écumants.
Dans les champs de l'Ethiopie, Tu foudroyas la tête impie De ce dragon audacieux, Dont la rage en vain menaçante Lut La contre la main puissante Du Roi de la terre et des cieux.
Du milieu des roches arides.
Pour eux jaillirent les ruisseaux ; Les torrents, les fleuves rapides Pour eux ont tu tarir leurs eaux.
Par toi, l'astre de la lumière
Ouvre sa brillante carrière, Et sème les feux dans les airs ; Et par tes ordres la nuit sombre Vient dans les voiles de son bmbre Envelopper tout l'univers.
Tu suspendis d'une parole
Ce globe dans le firmament :
Ta main de l'un à l'autre pôle
En affermit le fondement.
Par toi, dans nos fertiles plaines,
Du zéphyr les tièdes haleines
Font disparoitre les glaçons;
Et Tété couvre nos campagnes,
Nos prés , nos vallons , nos montagnes ,
De fleurs, de fruits et de moissons.
Viens déployer tant de puissance , Grand Dieu , contre tes ennemis :
Et venge enfin ta providence Des blasphèmes qu'ils ont vomis.
Prends pitié de notre patrie ;
4o ODES
Ne laisse pas ta bergerie En proie à des loups destructeurs :
A nos vœux daigne enfin te rendre; C'est ton peuple qu'il faut défendre Contre ses vils persécuteurs.
Bonté tendre et toute -puissante, Jette un coup d'œil sur notre sort ; Cette terre si florissante , N'est plus qu'une terre de mort.
Sois attendri de nos misères ; Que nos cris, nos humbles prières, A ton cœur puissent pénétrer.
Lève-toi , fais briller ta foudre , Tonne , il est temps ; et dans la poudre Tous tes ennemis vont rentrer.
Leur arrogance et leur malice Redoublent par l'impuuité:
Parois , Seigneur ; que ta justice Confonde leur iniquité.
Apprends au méchant qui t'outrage ,
En le forçant de rendre hommage Au Dieu qu'il avoit combattu , Que si le ciel en sa colère Permet que le crime prospère , C'est pour éprouver la vertu (1).
(1) Voyez MassiUon, paraphrase du Psaum vi, t. 7.
^i^BKima
VHP ODE SACRÉE.