Tome L
( *7° ) père OSFa; et la vue de la jeune Elfride le confirma dans son opinion.
1/absence du père fut de six semaines ; et pendant ce tems les deux amans, également épris l'un de l'autre, se ju~" rèrent une fidélité à toute épreuve.
Un haut baron aspirait à la rnain d'Elfride; mais Elfride , amante passionnée d'Àdelstan, rejeta les vœux du haut baron. Dans ces circonstances, le père revint, apprit ce qui se passait, fulmina, et menaça son fils de sa malédiction, s'il ne prenait sur-le-champ l'habit de novice. Adelstan comptait sur les bons offices de la plus tendre des mères; mais cette mère mourut presque subitement, et Adelstan se vit privé de tout anput.
Il avait j uré de rester fidèle à Elfride ; il apprit avec étonnement,aveo douleur , qu'Eliride l'avait oublié, et qu'elle allait devenir l'épouse du haut baron : le désespoir le ramena au ino<
( '7> J nastère. Toute communication extérieure lui fut interdite; et ce ne fut qu'après avoir prononcé ses vœux qu'il apprit qu'Elfride n'avait jamais songé à en épouser un autre et qu'elle luietaitresteefidelle.il vit alorstoute l'horreur de l'abîme dans lequel on *l'avait précipité 11 voulut protester contre ses vœux ; ce qui ne fit qu'irriter son père et le rendre odieux à la communauté. On le priva de toute lit berté; les promenades extérieures lui furent interdites ; on observa ses moindres démarches, et on attacha des espions à ses pas. Il parvint cependant à faire passer quelques lettres à Elfride et a en recevoir des réponses Elfride était orpheline, elle ne dépendait que d'une tante qui l'aimait beaucoup ; elle était, par conséquent, roaitresse de ses actions. Elle se chargea de faire relever Adelstan de ses vœux, et employa, à cet effet , plu-
( *7* ) sieurs personnes dont le crédit , soutenu par le poids de l'or, en vint à bout. Mais ce ne fut que l'ouvrage du tems, le crédit du père d'Àdelsîan, ses sollicitations publiques, et les menées secrettes des moines ayant fait traîner l'affaire en longueur. A delstan venait enfin de recevoir la nouvelle que le Pontife avait accordé la bulle qui annulait ses vœux, et c'était cette nouvelle qui occasionnait sa joie; mais cette joie était altérée par la crainte que les moines, qui ne tarderaient pas à être instruits de cet événement, ne le missent dans l'impossibilité d'en profiter. Il n'ignorait pas quelle punition secrette et terrible ils infligeaient à ceux de leurs confrères qui avaient provoqué leur indignation:
un cachot , nommé in pacet les en<* g-loutissait vivans, et jamais ils ne revoyaient la lumière.
Mon travail était à-peu-près ter*
miné ^j'allais , par conséquent ^quitter le monastère. Adelstanqui, sans cesse, était surveillé, me conjura de trouver le moyen de faciliter son évasion.
J'eus de la peine à m'y déterminer :
mon âge , la confiance que les religieux avaient en moi, le respect pour les vœux qu'Adelstan avait prononcés , et de la rupture desquels je n'avais d'autre assurance que sa parole, me faisaient hésiter. Adelstan me sollicita de nouveau , il me communiqua les lettres d'Elfride, me conjura de le rendre au bonheur ; il se jeta à mes genoux , les arrosa de ses larmes , et fit tant qu'enfin je lui promis de favoriser ses projets. Un jeune homme de Cambridge, que j'avais associé à mon travail, venait chaque jour au monastère ; il était de l'âge et de la taille d'Adelstan^ son costume était remarquable. Je l'engageai, en lui faisant quelques présens, à apporter
partiellement au monastère les habits dont se couvrirait Adelstan pour tromper les regards inquisiteurs des moines, et à les déposer dans la cellule que j'occupais. Nous fixâmes le jour du départ , et Adelstan en donna avisa Ëlfride. Je terminai mon travail, et fis mes comptes avec les moines; après quoi, au jour convenu , Adelstan endossa les habits du jeune homme, se couvrit la tête de son chaperon, de manière à ce qu'on ne distinguât pas parfaitement sa figure; et nous profilâmes de l'instant où les moines étaient au chœur pour sortir du couvent; ce que nous exécutâmes sans éprouver aucune difficulté. Mais le hasard voulut que nous fissions rencontre du sous-prieur, qui m'arrêta pour me témoigner ses regrets et iit même quelques civilités à mon compagnon, qui tremblait comme la feuille et n'osait cependant s'éloigner,
( >75 ) dans la crainte d'éveiller le soupçon.
Heureusement le sous-prieur avait la vue très-courte; il ne reconnut point Àdelstan, et le prit pour le jeune homme qui m'avait aidé dans mon travail. Après m 'avoir tenu un quart d'heure sur les épines, il termina par une accolade, dont il gratifia également mon compagnon qui l'en aurait volontiers dispensé INousnetardâmes pas à quitter Cambridge , et nous trouvâmes à un quart de lieue de là , comme il avait été convenu, la belle Elfride, escortée par un cavalier, et deux chevaux sur lesquels nous montâmes. A peine avions-nous fait quelques lieues , que le cheval que montait Elfride s abattit. Cet accident qui lui occasionna quelques contusions, nous força de nous arrêter au premier logis que nous rencontrâmes sur la route. Elfride se mit au lit, elle avait besoin de repos j et nous fûmes
( '76) obligés de passer la nuit dans cet endroit.
Le lendemain , nous continuâmes notre route. Nous étions engagés dans un bois , et nous nous trouvions dans un chemin creux, lorsque nous fûmes tout -à-coup assaillis par sept brigands armés. Le conducteur d'Elfride se mit sur-le-champ en défense et renversa un des brigands sur la poussière Adelstan, qui n'était pas armé, saisit Parme que ce scélérat avait lâchée , et nous nous disposâmes à tenir tête aux six autres. J'eus le bonheur d'en mettre un hors de combat; mais à l'instant même je vis Adelstan prêt à tomber sous les coups de celui qui paraissait le chef des autres, et qui portait un masque.
Plus prompt que l'éclair, je vole à la défense du jeune homme, et je porte à son adversaire un coup mortel; il tombe, et sa chute jette l'effroi
( *77 ) dans le reste de la bande qui cherche son salut dans la fuite. Restés maîtres du champ de bataille, nous courons au secours d'Elfride, qui était descendue de cheval et s'était évanouie.
Les deux hommes qui avaient mordu la poussière étaient deux paysans; j'arrachai le masque du troisième, et je reconnus avec horreur... le père Offa. Désespéré d'avoir trempé mes mains dans le sang d'un religieux, je me refusai à toutes les consolations que m'offraient mes compagnons. Je me déterminai à les quitter sur-lechamp ; bientôt j'abandonnai l'Angleterre et repassai en France. Là, sous l'habit d'ermite, et pieds nus, je parcourus divers lieux , où je fis une pénitence publique. En passant ici , je résolus de me fixer dans cette caverne. Je l'habite depuis près de vingt ans; et si j'en juge par les faveurs que la Providence a daigné ré-
('78) pandrô sur moi , le Ciel m'a pardonné le crime involontaire dont je me suis rendu coupable, en faisant couler le sang d'un ministre des autels,