CHAPITRE II
Quel est ce IVilfrid*
OVR les bords fleuris que baigne, à cinq lieues de Poitiers, cette rivière qui prend sa source dans leLimosin, fertilise la Touraine, traverse le Poitou, et se décharge dans la Loire audessous de Chinon ; sur les rives delà Vienne , vivait , sous le règne de Philippe de Valois, un homme qui s'était rendu fameux par ses vovages.
En passant à Lusignan , il devint amoureux de Blanche , jeune poitevine fort jolie. 11 lui fit la cour, Fépousa , et se fixa enfin dans cette cité célèbre par les seigneurs qui portèrent son nom, et dont quelques-uns ont été rois de Chypre et de Jérusa-
leva; mais plus encore par son fameux château , qui , comme chacun sait , fut bâti par Mélusine en personne, fée infiniment recommandabîe , moitié femme et moitié serpent, qui se plaisait à habiter ce château qu'elle avait créé d'un coup de baguette , et qu'elle n'abandonna qu'à regn t , en poussant des cris lamentables , lorsqu'il prit fantaisie à Henri 1IÎ de le faire raser de fond en comble.
Ce fut là qu'au bout de dix mois , notre voyageur se vit père d'un fort joli garçon, et ce joli garçon fut Wilfrid. Passons sur son enfance, et franchissons un intervalle de quinze années. Chacun a sa marotte : le père avait voyagé: il prétendit que son fils voyageât. 11 ne l'entretenait, dans son enfance, que des merveilles qu'il avait vues dans le cours de ses expéditions. Après lui avoir donné la théorie des voyages, il prit le parti