‹ OdiliaChapitre 13 sur 22 · L'INTERROGATOIRE · texte numérisé non relu

L'INTERROGATOIRE

La matinée était un peu brumeuse, et le soleil avait peine à percer le brouillard blanc qui couvrait la campagne. Le gazon, lès plantes, le feuillage des arbres étaient couverts d’une fine poussière d’eau, et les objets les plus rapprochés avaient une forme indécise, quoique lumineuse; mais sous ce voile diaphane, la vie et le mouvement surabondaient : on entendait de toutes parts les bruissements des insectes, le ramage des oiseaux, et ces mille sons harmonieux qui marquent la joie de la nature par uu beau jour.

Savinien et ses deux compagnons, en arrivant sur la terrasse, aperçurent Odilia et l’institutrice arrêtées devant le tilleul. Mme Surville tenait un livre à la main par contenance, et sa mission pour le moment semblait être de veiller sur son élève, pendant l’absence de la tante Paula. Odilia, armée d’un élégant petit instrument de jardinage, s’amusait à biner les plantes fleuries qui croissaient au pied de son arbre natal.

Elle était vêtue d’une robe de cachemire blanc, à larges manches, serrée àla taille par un simple ruban. Sa coiffure consistait en un fichu de riche dentelle, posé en marmotte ; il formait un nœud gracieux sous

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le menton et encadrait ses traits délicats comme le bandeau de certaines religieuses. Néanmoins plusieurs boucles de sa chevelure, s’échappant de leurs liens de dentelle, rebondissaient à chaque mouvement contre ses joues que l’exercice colorait d’un léger incarnat. Il y avait en elle, comme toujours, quelque chose de suave et pour ainsi dire d’aérien qui ipspirait à la fois l’admiration, la tendresse et le respect.

Comme on passait devant le corps de logis' qui dominait cette partie du jardin, Max, levant les yeux par hasard, aperçut Georges Vernon qui les observait de la fenêtre dé sa chambre avec une ardente curiosité. Leurs regards se rencontrèrent, et Max porta la main à son chapeau. Vernon lui rendit son salut d’un air de roideur, presque de défi. Mais le -comte, tout occupé d’Odilia qu’il voyait à quelques pas de lui, ne parut pas remarquer cette contenance hostile.

On aborda Mlle Savinien, à qui son père présenta le baron cérémonieusement.

Elle reçut l’étranger avec cr tte simplicité naturelle qui suppléait à son inexpérience du monde. Appuyée sur le manche d’acajou de sa petite pelle, le visage souriant, elle écouta dans une attitude gracieuse, les compliments un peu longs et un peu froids que le baron lui adressait sur sa convalescence, sur le danger de s’exposer, comme elle le faisait, au brouillard du matin, et sur l’impatience qu’il éprouvait depuis la veille d’être admis en sa présence. A tout cela, la jeune fille répondit avec une aisance et une convenance parfaites; elle remercia le baron de sa bienveillance, et, comme Schwartz éprouvait certaines dif-

iicultés à causer en français, elle se mit à lui parler dans le plus pur allemand, ce qui parut charmer le confident du prince.

Pendant cette conversation, Max, d’abord inquiet, s’était rassuré peu à peu.

Odilia n’avait plus rien de cet égarement , de ce désordre d’idées qu’elle avait manifesté quelques heures auparavant. Son œil était clair et doux, ses expressions étaient justes, bien choisies. Le baron Schwartz lui-même commençait à se demander- s’il n’avait pas été induit en erreur, et il se promettait à part lui de faire subir un rude examen à son donneur d’avis. Savinien seul conservait encore des doutes, car cet entretien, comme nous l’avons dit, avait lieu en allemand, que le capitaliste ne comprenait pas.

Mais bientôt la conversation devint générale, la langue française reprit ses droits. Odilia continua de montrer la présence d’esprit, la grâce et la gaieté dont elle' avait fait preuve dès le premier moment.

Toutefois, Max et Savinien auraient peut-être désiré de ne pas prolonger l’expérience; l’esprit faible de la jeune fille venant à se fatiguer, elle pouvait retomber tout à coup dans ses excentricités de la veille. Mais le baron Schwartz ne se trouvait pas encore suffisamment convaincu. Gomme on continuait de causer sur des sujets insignifiants, il dit tout à coup, en regardant le tilleul devant lequel toute la compagnie s’était arrêtée ;

<r Si je né me trompe, mademoiselle, c’est là cet arbre mystérieux dont on parle tant.... Serait-il vrai, comme on l’assure, qu’il a été planté à celte place le jour même de votre naissance? »

Cette question, dont le diplomate avait peut-être 407 .. . 14 ' •' ; .

calculé la portée, était de nature à bouleverser de nouveau les pensées de la pauvre Odilia. Cependant, elle demeura calme et répondit avec un sourire mélancolique :

« En votre qualité d’Allemand, monsieur le baron, vous devez aimer le merveilleux, et voici M. de Lichtenwald qui, je crois, a voulu déjà me questionner sur le môme sujet ; mais à mon grand regret, messieurs, je né pois vous fournir les éléments d’une de ces jolies légendes si chères à votre pays et que j’aime tant moi-môme. L’histoire de cet arbre se lie à des superstitions puériles, à des événements fort simples auxquels le hasard a donné une apparence surnaturelle.... Par exemple, ajouta-t-elle en baissant les yeux, on ne m’ôtera pas de l’esprit qu’il existe ^ntre cet arbre et moi une affinité réelle. Nous sommes frôles et délicats tous les deux; tous les deux nous souffrons d’un mal inconnu, et sans doute nous ne survivrons pas longtemps l’un à l’autre.... Mais j’ai tort de vous dire cela, car ce sont peut-être des rêveries que la religion réprouve. .»

Ces croyances, exprimées avec tant de candeur, ne prouvaient rien encore; aussi le défiant baron ne voulut-il pas en rester là :

« Je n’aurais garde de contredire une aussi charmante personne, reprit-il avec un.accentde galanterie un peu surannée; cependant les tilleuls peuvent, dit-on, vivre plusieurs siècles, témoin celui d’Ivory, dans le Jura, que l’on suppose avoir été planté sous les rois delà première race. Or, vous le voyez, mademoiselle, si votre croyance se trouvait vraie, vous pourriez avoir occasion de faire une longue expérience de la vie humaine.... Mais soyez donc assez

bonne pour me conter quelques-uns des prodiges auxquels cet arbre aurait, dit-on, donné lieu; on parle d’apparitions la nuit à l’endroit où nous sommes, de formes mystérieuses qui s’y montrent parfois à la clarté de la lune.... »

La question ainsi posée donna le frisson à tous les assistants. Odilia répondit d’un ton grave :

« On ne vous a pas trompé, monsieur le baron, et si vous interrogiez notamment notre vieux jardinier Simon, il vous affirmerait qu’une fois, la nuit, il a vu sous mon arbre une femme vêtue de blanc qui lui causa uneextrême frayeur. Moi-même, je ne saurais douter delà réalité du fait, car j’ai souvent trouvé le matin ' les fleurs brisées et des empreintes de pas sur le gazon au pied du tilleul, quand personne encore n’avait pu pénétrer sur cette terrasse dont j’avais la clef. » . ....

Savinien crut urgent d’interrompre la conversation. « Ma chère Odilia, dit-il, ces enfantillages, songesy donc, ne valent pas la peine d’être relevés.

— Mademoiselle, dit l’institutrice à son tour, je vous ai suppliée bien souvent.... »

Maisl’impitoyablebaron n’était pas encore satisfait « Monsieur Savinien.,.. ma chère dame, reprit-il, laissez-moi achever de grâce.... Ainsi donc, mademoiselle, poursuivit-il en s’adressant à Odilia, cette apparition était bien décidément une fée, une sylphide, une.... dryade? »

Le mot était dangereux et pouvait amener une nouvelle perturbation dans cette intelligence malade.

« Je le crus comme tout le monde, répliqua Odilia ; mais je fus bientôt détrompée, car cet être inconnu, fantastique, cette fée, cette dryade, c’était....

— Qui donc?

— C’était moi, ajouta la jeune fille en riant aux éclats; c'était moi qui, dans je ne sais quelle hallucination , m’étais levée lanuitpour venirmepromenersous mon tilleul.,.. Un matin, je reconnus distinctement l’empreinte de mon pied sur la terre meuble. Ma bonne tante Paula, qui ne me perd de vue ni le jour ni la nuit, me donna elle-même l’assurance que je ne me trompais pas. »

Et la gentille enfant riait toujours. ,

Le tour qu’elle avait donné à cette petite anecdote eût été un chef-d’œuvre de ruse pour éloigner les soupçons de Schwartz s’il n’eût eu son principe dans une adorable candeur. Toutefois Mme Surville, à qui ses instincts de femme avaient bientôt fait deviner quelle grave partie se jouait devant elle, crut prudent de ne pas laisser un pareil interrogatoire se prolonger.

« Mademoiselle, dit-elle à demi-voix, vous avez exprimé le désir d’aller aujourd’hui à la promenade avec Mlle Paula; permettez-moi de vous rappeler qu’il serait temps peut-être de vous habiller.

— C’est vrai, madame, dit Odilia avec vivacité en rejetant la petite pelle qu’elle tenait à la main . Mon père et ces messieurs m’excuseront, mais j’ai hâte de sortir. Voilà deux jours.... trois jours.... je ne sais plus combien.... que je ne suis allée à la tendue aux rouges-gorges. Il doit y avoir là-bas un grand nombre de prisonniers emplumés qui attendent impatiemment leur délivrance !»

Savinien et le comte échangèrent un regard de tristesse; la pauvre Odilia avait tout oublié.

— Ma fille, dit Savinien avec timidité, tu es

encore bien faible pour aller si loin! D’ailleurs, peut-être les gardes auront-ils dérangé cet oiseleur qui gênait la surveillance dans ' cette^partie de la forêt.

— Que dites-vous, mon père? demanda la jeune fille en s’animant; des gens à vos gages auraient osé.... »

Le capitaliste avait reconnu certains signes alarmants, et il voyait Schwartz redevenir attentif; il se hâta d’interrompre de nouveau.

« Tu ne me comprends pas, Odilia : je n’ai certainement pas voulu dire.... quoique peut-être il fût possible. Enfin, tu me ferais plaisir si pour aujourd’hui tu voulais bien diriger ta promenade d’un autre côté.

— Oh! cher père, à votre tour, ne me contrariez pas h ce sujet. Le docteur ne veut pas qu’on me contrarie. S’il faut l’avouer, j’ai un autre motif pour aller à la tendue, que le désir de délivrer les prisonniers d’André; je veux vérifier par moi-même si certaines images, qui depuis peu sont toujours présentes à mes yeux et à ma pensée, proviennent d’un rêve, d’une vision ou bien.... Mais c’était un rêve..,, certainement c’était un rêve! »

En entendant cette allusion si évidente à la scène de la soirée précédente, Max voulut parler; un serrement de main du capitaliste le détermina à garder le silence.

Cependant le baron élait convaincu qu’on l’avait trompé sur l’état mental d’Odilia ou que tout au moins on avait fort exagéré le mal.

L’épreuve lui paraissant suffisante, il se disposait à prendre congé des dames, quand l’arrivée inatten-

due d’un nouveau personnage sembla devoir changer la face des choses. - • r

Georges Yernon, qui de sa fenêtre avait observé les interlocuteurs et avait peut-être deviné ce qui se passait, parut tout à coup dans le jardin et se dirigea vers la compagnie. Il était toujours en robe de chambre, son bras en écharpe ne lui permettant pas d’autres vêtements, et il affectait la démarche langoureuse d’un convalescent.

fin le voyant, Odilia courut à lui.

« Bon Dieu 1 monsieur Georges, demanda-t-elle, que vous est-il arrivé? Êtes-vous donc blessé? »

Vernon, après avoir salué les assistants, répliqua en exagérant encore l’airintéressantque lui donnaient sa pâleur et sa faiblesse réelle :

« Mille remercîments, mademoiselle; mais vous ne pouvez avoir oublié le funeste accident....

— Paix ! Georges, paix ! je vous en supplie, lui dit Savinien à voix basse.

— Taisez-vous, monsieur, par pitié pour elle.... au nom de l’honneur! » murmura Max derrière lui.

Vernon feignit do ne rien comprendre à ces avertissements; il regarda Max et Savinien avec un étonnement stupide, parfaitement joué.

« Quel accident? reprit Odilia.

— Quoi ! ne vous souvenez-vous plus de ce qui est arrivé il y a trois jours?... une chute de cheval.... deux blessés transportés dans le vestibule...'.

— Vous tairez-vous? gronda Savinien.

— C’est une lâcheté, » murmura Lichtenwald.

Odilia passa sa blanche main sur son front comme si elle y eût ressenti une douleur violente.

« Un accident.... des blessés dans le vestibule?

répéta-t-elle; oh! mon J)ieu, me l’a-t-on dit?... ou l’ai-je vu?... ou l’ai-je rêvé?... mais il me semble, en . effet.... • . •• • ' ■

— Vous avez été indisposée vous-même depuis cet événement, ma chère Odilia, dit Georges Vernon, et vous avez pu l’oublier. Mais les paroles si pleines de pitié et d’affection que vous m’avez adressées alors ne sortiront jamais de ma mémoire.

— Attendez, attendez ; je crois me souvenir. ... Mais l’autre blessé, qui est-il? où est-il! *

Cette fois Savinien interposa son autorité paternelle.

« Allons! ma tille, laissons cela, dit-il résolûment ; cet accident n’a pas eu de suites fâcheuses, et il est inutile de s’en occuper davantage.... Emmenez-la, madame Surville; ma belle-sœur doit l’attendre avec impatience. »

L’institutrice s’empressa de prendre le bras d’Odilia; celle-ci, dont l’esprit était évidemment bouleversé, eût voulu sans doute adresser à Georges de nouvelles questions, mais on ne lui en laissa pas le temps; Mme Surville, profitant de son trouble, l’entraîna vers la maison, et disparut bientôt avec elle.

Alors Savinien dit à Georges avec une éolère mal dissimulée :

« Je vois avec plaisir, monsieur Vernon , que vous êtes complètement remis de votre blessure. J’ai reçu hier une lettre de votre père, qui se montre très-inquiet de votre accident; vous feriez bien d’aller le rassurer vous-même au plus vite. Qu’en dites-vous? Ferai-je préparer une voiture aujourd’hui.... à l’instant même ? ;

— Je comprends, monsieur, répliqua Georges en se mordant les lèvres; soit, j’irai rassurer mon père,

quand il vous plaira. Seulement, êtes^vous bien sûr qu’alors les choses marcheront mieux ici pour vous et pour vos amis'! 1

— Vous remplirez du moins le devoir d’un bon fils,

tandis que chez moi — La voiture sera prête dans quelques instants. » - .

Georges salua les assistants avec une politesse étudiée et s’éloigna lentement.

« Qu’il aille; au diable, l’impertinent drôle! ditSavinien. Si ce n’était pas le fils d’un ancien ami.... Mais je vais prendre des mesures afin que nous soyons délivrés au plus tôt de ses importunités. »

Schwartz n’avait pris nullement en mauvaise part le trouble de Mlle Savinîen, non plus que les ménagements dont on avait usé envers elle; ils prouvaient seulement, à ses yeux, combien une excessive délicatesse était nécessaire avec une jeune fille si éminemment impressionnable. Max devina cétte impression, et, comme Savinien s’éloignait un peu pour donner des ordres à un domestique, relativement au départ de Georges, il dit à voix basse :

« Eh bien, monsieur Schwartz?

— Eh bien! monsieur le comte, je commence à croire qu’on a mal apprécié l’état d’esprit de Mlle Odilia; c’est vraiment une belle et séduisante personne, et je comprends toute l’affection qu’elle vous inspire.

— Ainsi donc, mon cher baron, vous ne chercherez plus à détourner mon père de nos anciens projets? Vous voyez maintenant votre erreur : Où trouveraiton aulant de grâce, de douceur et d’intelligence unies à tant de beauté?... Tenez, Schwartz, ajouta Max d’un ton différent, ne nous brouillons pas. Peut-être un

ODIUA.

jour auriez-vous à vous repentir de m'avoir fait obstacle dans une circonstance où il s’agit des plus chers intérêts de mon cœur. »

Réellement le baron, n’était pas fâché de trouver un prétexte pour se rapprocher de Max. Le prince de Lichtenwald était vieux et ne pouvait vivre encore longtemps; or, Schwartz comptait bien conserver auprès du fils la faveur dont il jouissait auprès du père.

II répondit gravement : • 1

« Si ma conscience était enjeu, monsieur le comte, aucune menace, pas même celle de votre inimitié, ne serait capable de me détourner de ma yoie ; toutefois, il est de mon devoir de reconnaître franchement une erreur, et je suis heureux de pouvoir agir désormais selon vos désirs. Peut-être la prudence exi- gerait-elle que je ne m’en tinsse pas à une seule expérience à l’égard de Mlle Savinien; mais comment persisterais-je dans mes défiances, quand vous, qui avez un si puissant intérêt à cette affaire, vous affirmez qu’elles n’ont aucun fondement? »

En ce moment ils furent rejoints par Savinien.

Max n’hésita plus à lui conter les scrupules du baron. Savinien joua convenablement la dignité blessée, et alla même jusqu’à proposer de rendre les paroles échangées. Ce n’était pas le compte de Max, qui se mit à protestêr de son amour pour Odilia et à jurer que cet amour ne finirait qu’avec sa vie.

On fit part à Schwartz de L’opinion favorable du docteur sur l’état d’Odrlia, et on le rassura si bien que le diplomate crut devoir effacer par tous les moyens ses précédentes hésitations.

.« Oublions donc, monsieur, dit-il à Savinien, ccs

fâcheux malentendus; ils n’auront d’autre résultat, si vous le voulez bien, que d’accélérer l’exécution de nos projets. Il paraît que vous n’avez encore rien dit à Mlle Savinien au sujet de ce mariage; ne pourriezvous lui faire agréer le plus tôt possible la proposition de la noble famille de Lichtenwald?

— Cela ne me semble pas bien difficile, monsieur le baron, répliqua lo millionnaire, qui avait peine à dissimuler sa joie; surtout, ajouta-t-il en regardant Max, après la scène d’hier au soir. Ma tille saura donc aujourd’hui même....

— r Aujourd’hui? Fort bieil; mais je songeais à partir ce soir, et je serais très-heureux d’apporter des nouvelles décisives à Son Altesse, que j’ai laissée, je dois le dire, dans une grande perplexité. »

Max lui serra vigoureusement la main pour le remercier de son zèle. . *

« Je puis parler à ma fille sur-le-champ, reprit Savin ien; elle doit justement se trouver à cette heure dans sa chambre avec ma belle-sœur ; je vais profiter de l’occasion pour leur apprendre, à l’une et à l’autre, ce qu’il faut qu’elles sachent. Je ne prévois aucune difficulté sérieuse; cependant....

— Quoi donc, monsieur Savinien? demanda Max, effrayé de cette réticence. Craigntz- vous que Mile Udilia....

— Oh ! ce n’est pas elle qui m’inquiète, mais plutôt

cette maudite Paula, qui a une tête de fer.... N’importel ajouta-t-il avec résolution, nous finirons par l’amadouer, et après tout je suis le maître,... Au revoir donc, messieurs, nous nous retrouverons au déjeuner. » * -

11 salua de la main et gagna le corps de logis

habité par sa fille. Le comte et le baron continuèrent leur promenade, n’ayant aucun doute sur le succès de la démarche de Savinien.

Pendant que ceci se passait dans le jardin, Georges Vernon, retiré dans sa chambre, était attentif aux moindres bruits du dehors, et disait en souriant:

« Je n’ai plus que peu d’instants à rester ici, et pourtant H serait plaisant qu’avant mon départ j’assistasse à la défaite des victorieux et à la confusion des superbes ! Qui sait? la mine est Chargée de poudre, et la moindre étincelle peut en déterminer l’explosion.... Jusqu’à la dernière minute, je ne désespérerai pas de voir changer la face des choses. »

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