‹ OdiliaChapitre 15 sur 22 · ODJLlA · texte numérisé non relu

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éblouis !... Une couronne, ma fille, une couronne! • entends-tu? »

Tout ce qu’il y avait ■ habituellement de vulgaire dans la personne de Savinien avait disparu en ce mo*. ment. L’ancien maçon s’étajt transfiguré r le feu de l’ambition satisfaite brillait dans ses yeux. Mais l’éclat même de ce regard augmentait le malaise d’Odilia ; elle se tourna d’un air d’angoisse vers Paula, sa conseillère habituelle, en balbutiant : '

« Cela est-il possible, bonne tante? Et vous aussi, souhaitez-vous donc que je devienne..

— Écoute ton père, mignonne, répondit Paula; c’est son avis et non le mien que tu dois suivre. »

Et elle s’assit dans un coin en détournant la tête.

- Savinien reprit la parole et énuméra, avec un enthousiasme croissant, les avantages qui devaient résulter de cette alliance pour la famille.

Il fit un éloge pompeux de Max, il dit avec quelle passion le jeune comte aimait Odilia.

Il parla ainsi pendant longtemps, et quand il s’arrêta enfin, le teint enflammé, le visage baigné de sueur, il attendit avec anxiété la réponse de sa fille.

Odilia, pendant cette longue harangue, s’était rassurée peu à peu. La décision naturelle de son caractère avait fini par l’emporter sur sa réserve virginale, et elle répondit en baissant les yeux, mais avec une certaine assurance ;

« Cher père, je vous parlerai franchement, comme vous le désirez : le parti que vous me proposez est magnifique, beaucoup trop magnifique pour une pauvre créature maladive telle que moi. Je n’aime que la campagne, la verdure, les arbres, le .beau ciel; le hruit m’importune, l’éclat me fatigue. Je suis si bien

ici, auprès de vous, auprès de ma tante Paula! Pourquoi renoncerais-je à ce bonheur simple et facile?... Je ne me sens aucun goût pour devenir princesse.

— Pas de précipitation, ma fille, s’écria Savinien alarmé, ne te hâte pas de répondre. Quoique l’on attende ta réponse, prends ton temps pour réfléchir; on attendra encore parce qu’on t’aime. Tu ne peux repousser légèrement une semblable demande; tu t’en repentirais un jour, et tu me mettrais au désespoir.... Songe donc aux bienfaits que tu pourrais répandre autour de toi quand tu serais princesse souveraine! Tu deviendrais, grâce à ta richesse, la Providence de tes États; plus de pauvres, plus de malheureux. Depuis les enfants jusqu'aux vieillards, tous le combleraient de bénédictions. Et? tiens, veux-tu que je te donne de quoi payer ta bienvenue auprès d’eux? Blanchard va te compter,... Oui.... un million, un million en or, que tu emploieras comme tu, voudras. Sais-tu ce que c’est qu’une pa-, reille somme, ma fille? Tu vois cette table? elle se- . rait entièrement couverte d’pr à la hauteur d’un demi-pied.... Hein! tout cela pour toi, pour tes pauvres. ...Tu pourrais jeter des poignées de louis par la fenêtre, les lancer dans la rivière, si tu voulais; je ne t’en demanderais aucun compte.... Mais de grâce, mon enfant, ne rejette pas dette proposition sans y avoir pensé. » / ■

Il s’arrêta de nouveau, brisé d’inquiétude. Odilia l’embrassa et lui posa une main sur l’épaule^ - « Mon père,. lui dit-elle,. ce mariage vous tient à cœur, je le vois bien; mais vraiment, toute réflexion serait inutile, et demain j’en jugerais comme aujourd'hui. Vous ne voulez que mon bonheur, vous me

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l’avez affirmé cent fois, et votre conduite passée me le prouve; je vous eu supplie donc à. mon tour, ne me parlez plus de M. de Lichtenwald pour mari. C’est, je crois, un jeune homme bien, né, plein de sentiments généreux, instruit, spirituel.... mais je ne saurais l’aimer. »

Savinien poussa un cri de désespoir, tandis que Paula se levait brusquement et disait d’un ton où perçait la joie î - . ’ .

« Elle s’est prononcée...^ Je savais bien! »

Odilia s’efforçait d’âdoucirpar ses caresses le .chagrin de son père. Savinien était atterré.

« Ma fille, mon Odilia, reprit-il, je ne veux pas en- ' core considérer ta réponse comme définitive; le coup serait trop poignant pour moi..... J’ai promis, j’ai engagé ma parole ; car je croyais .être sûr que tu aimais le comte. .• »

— D’où vous est venue cette pensée, mon. père ?

demanda la jeune fille avec confusion. Quelques paroles me seront peut-être échappées dans un de ces moments où je-n’ai plus conscience de moi-même.... mais elles ne pouvaient se rapporter à M. de Lichtenwald. - ^ ■

-T- Elles se rapportaient doncà un^ autre personne?

— Je.... je ne sais pas, mon père. . -•

— Tu me caches quelque chose. Je veux connaître enfin le fond de la pensée.

— Je vous l’assure, j’ignore ce que vous me demandez.. * • . .

Savinien allait insister ; Paula intervint avec autorité. - . ~

« C’est assez, -mon frère, i:eprU-elle; pourquoi la tourmenter davantage? Elle a, comme je l’avais

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prévu , rejeté la demande de M. de Lichtenwald ; maintenant, prenez garde d’abuser de ses forces ; une émotion prolongée pourrait lui être fatale. Laissez-lui du moins jusqu’à demain pour réfléchir, comme voue le proposiez tout à l’heure. , •

— Oui, oui, mon bon père, je réfléchirai, répondit Odilia distraitement. .Sans doute d’ici à demain mes sentiments n’auront- pas changé, je dois vous en avertir; mais je tâcherai de concilier vos désirs avec mes répugnances particulières.... Allons! adieu, cher •père-... Tante Pauta, venezrvous?- André doit être éveillé maintenant. » .

En même temps elle avait pris sa tante par le bras et essayait de remmener.

«André-... toujours ce drôle! s’écria Savinien en éclatant. Gomment, mademoiselle, quand il s’agit de votre bonheur à vous., de l’élévation de votre famille; quand vous- me voyez navré de yos refus, désespéré de votre aveuglement, vous n’avez de pensées que pour un petit paysan stupide, recueilli chez moi par charité? De par- tous les diables ! je ne sais ce qui m’empêche de le faire jeter hors de ma maison et de l’envoyer se guérir où il voudra.

Odilia, d’abord terrifiée, courut vers Savinien, lés mains jointes : ' •.

« Oh ! cher père, dit-elle d’un ton suppliant, vous ne commettrez pas celte injustice! Pourquoi vous montreriez-vous cruel envers un jeune homme si honnête et si malheureux? Serait-ce donc uniquement parce qu’il m’inspire de l’intérêt, parce que je.... eh bien! oui, je l’estime et je le plains.

— Yous l’estimez, vous le plaignez, mademoiselle?

— Pourquoi non, mon frère? reprit Pau la. Gette

chère enfant ne comprend rien aux distinctions que vous Savez si bien établir depuis que vous êtes devenu riche, et elle accorde sa pitié à tous ceux qui lui semblent la mériter.... Quand elle veut visiter un pauvre garçon blessé à votre porte, par un cheval sorti de votre maison, fait-elle donc plus de mal qu’en faisait notre chère Salomée, sa mère, quand elle vous soignait, sans vous connaître, dans une auberge de

village? » - - ,

Odiliâ remercia sa tante par un regard affectueux

de cette sortie vigoureuse en sa faveor, mais l’intervention de Paula ne modéra pas la colère de Sa- ' vinien. ‘ " * '

« Taisez-vous, dit-il impétueusement. Je suis le maître ; et ^ces souvenirs . que vous rappelez à tort et à travers ne peüvent rien changer à mes droits.

— Fort bien, frère Savinien; mais ma sœur mourante m’a recommandé aussi de veiller sur sa fille, et, dussiez-vous me tuer, je remplirai ma tâche jus- . qu’au bout.

— Oui, vous la comprenez à merveille, votre tâche 1 Vous avez pour cette enfaût la plus coupable complaisance, et afin de satisfaire un caprice de petite fille, vous iriez jusqü’à favoriser Son ridicule' engouement pour un vagabond.

— Et vous, ne voudriez-vous pas la sacrifier à un jeune orgueilleux devenu amoureux de ses millions, et cela uniquement pour avoir le droit de vous affubler d’un titre de comte ou, de vous chamarrer de cordons? » • '

Savinien n’y tint plus, et tous les instincts grossiers de sa jeunesse se réveillèrent à la fois. L’œil en feu, la bouche écumante, il poussa un effroyable blasphème.

« Sors de chez moi, bohémienne maudite! s’écria-

t-il avec un geste menaçant; sauve-toi vite, ou je te

jure.... » - ■

Odilia se suspendit au cou de son père et prônonça des paroles, inintelligibles; Paula conserva son impassibilité.

« Oui, je. suis une bohémienne, répliqua-t-elle de sa voix rude, et je ne l’ai jamais oublié, je pourrais quitter sans ; regret votre somptueuse maison, car j’ai conservé mes- goûts modestes, mes habitudes frugales d’autrefois ; je me résoudrais encore à porter les robes de serge et les capes de laine dont j’étais vêtue quand j’allais de village en village, .avec une petite charrette traînée par un âne.... Mais j’ai, mpi' aussi, des devoirs à remplir envers ma nièce, et je ne me laisserai pas chasser d’ici tant que moq appui pourra êtrp utile à Odilia; N’essayez pas d’user ce ruse ou de violence pour l’obliger à un mariage qu’elle repousse ; tant qu’il me restera un souffle de vie, je me tiendrai près d’elle pourja protéger.

— Elle me brave! hurla Savinien; tonnerre! elle ose me braver ! » . . -

L’imminence du péril parut enfin délier la langue d’Odilia ; sans cesser de retenir son père dans ses faibles bras, elle s’écria d’une vôix distincte ;

« Oh! je vous en conjure, épargnez ma tante, et je vous obéirai aveuglément , j’épouserai qui vous voudrez.... Père, écputez-moi donc.... Je veux épouser le comte de Lichtenwald ! »

Ce consentement venait trop tard.

Savinien, dont la colère était arrivée maintenant jusqu’à la frénésie, ne l’entendait plus; il repoussa sa fille et s’élança vers sa beile-sœur le bras levé.

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