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L’intrépidePaula l’attendait de pied ferme, en redressant sa taille presque virile; mais, au moment où Savinien allait l’atteindre, il s’arrêta tout à coup, et la voix expira sur ses lèvres. Il fit en chancelant quelques mouvertients comme pour se retenir aux meubles voisins, puis il tourna sur lui-même de l’air d’un homme ivre et se renversa sur le tapis.
Odilia, croyant qu’un faux pas 'avait déterminé la chute de son père, courut à lui en disant avec épouvante : .
« Bon Dieu ! seriez-vous blessé ? ?
Savinien poussa quelques gémissements, mais il demeura immobile. Sa face était rouge et bouffie, ses yeux se torturaient dans leurs orbites. -
« Mon père, mon excellent père, êtes-vous blessé? » répéta la jeune fille en se mettant à genoux devant lui et en essayant de lui soulever la tête avec ses petites mains.
Les traits de Paula avaient subitement perdu léur expression de colère et de défi. S’étant penchée à son tour vers son beau-frère, elle n’eut pas de peine à reconnaître la vérité : les violentes émotions de la journée avaient déterminé chez Savinien une attaque d’apoplexie foudroyante.
La bohémienne, dès qu’élle eut acquis cette certitude,' oubliala querelle récente; elle ne songea plus qu’au danger de son beau-frère, du mari de sa soeur Salomée, du père d’Odilid.
« Au secours ! » s’écria-t-elle d’une voix puissante.
Elle se suspendît aux cotdons des sonnéttcs, ouvrit les fenêtres dont les vitres volèrent en éclats, et elle criait sans relâche :
« Au secours ! au secours ! »
On accourut de toutes les extrémités de la maison, et quand l’on entra en tumulte dans le cabinet de Savinien, on trouva le père et la fille étendus par terre sans mouvement, eomme'si déjà la violes eût abandonnés. Paula courait de l’une à l’autre, mais elle necriait plus; son visage décomposé, livide, trahissait seul ses terreurs et son désespoir.
Au moment où cette rumeur s’était élevée dans le château, Georges Yernon se disposait à partir. Une voiture stationnait dans la cour, et le postillon était déjà en selle. Georges’, son paquet sous le bras, arrêta un domestique qui passait en courant, et lui demanda de quoi il s’agissait; le domestique raconta brièvement que Pon venait de relever M. Saviqien et Mlle Odilia sans connaissance.
« Quand je disais! murmura Vernon; je crois que je ne risque rien d’attendre encore. »
Il donna l’ordre au postillon de dételer, et remonta dans sa chambre. ,