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bien qui osera me résister.... Mais vous ne perdez aucune occasion de m’animer contre elles, Louise, surtout contre Paula, et cela n’est pas bien. »
L’institutrice garda le silence, tandis que Savinien s’efforçait toujours de déchiffrer les caractères tudesques du parchemin.
De son côté, Mme Surville cherchait dans son esprit de quelle manière elle devait aborder une question qui l’intéressait vivement. ' - .
« Ainsi donc, monsieur Savinien, vôus allez établir votre fille, qui habitera sans doute la principauté avec son inséparable tante, et vous allez demeurer seul, libre d’écouter les sentiments de votre coeur. Le moment alors ne sera-t-il pas venu de vous choisir une compagne, et....
Savinien se redressa d’un air irrité.
« Louise, dit-il en frappant du pied, je vous avais défendu.... Maintenant plus que jamais de pareils projets sont inexécutables, et je vous prie de ne m’en plus parler. *
Des larùies brillèrent.dans les yeux de Mme Surville et coulèrent sur ses joues rondes et fraîches, mais elle se tut. Cette douleur muette impressionna Savinien plus que d’éloquents reproches.
« Allons 1 consolez-vous, ma chère, dit-il distraitement en lui prenant la main; j’ai des torts, je les réparerai. Ma fille mariée et Paula partie avec elle, vous aurez la surintendance de la maison ; vous serez reine et maîtresse ici, comme je vous l’ai promis. Aidez-moi donc à conclure ce mariage et tout ira bien. Seulement, je suis obligé à ùne réserve excessive, et ma nouvelle dignité m’impose de grands ménagements. Nous verrons à nous arranger pour sauvegar-
der .tous les intérêts.... Je vous ai déjà fait d’assez beaux présents, je pense, et si le séjour de cette maison .vous déplaît, vous pourrez vivre partout dans une sorte d’opulence. Je ne m’arrêterai pas là : malgré mes sacrifices pour l'établissement de ma fille, je me réserve une fortune suffisante pour récompenser ceux que j’aime, et je n’y manquerai pas, je vous le garantis. » '
Malgré ces promesses, l’institutrice continuait de pleurer, et allait peut-être formuler ses plaintes d’une manière plus précise, quand un tumulte, bientôt suivi de cris déchirants, s’éleva dans la cour. Savinien s’empressa de courir à la fenêtre et Mme Surville l’imita ; la curiosité l’emportait , et d’ailleurs l’artificieuse créature comptait bien revenir à la charge dans un moment plus opportun.
Du premier coup d’œil on reconnut qu’un malheur venait d’arriver. Georges Yernon gisait au milieu de la cour, renversé par son cheval, qui s’enfuyait dans l’avenue, les étriers lui battant le ventre. Mais en franchissant la grille, l’animal fougueux avait fait une nouvelle victime, et foulé aux pieds un jeune homme, vêtu, modestement, qui allait entrer au prieuré. Ce malheureux, étendu sans mouvements, ne donnait plus signe de vie. Les domestiques de la maison, et Lichtenwàld lui-même, accouraient pour relever les blessés. ■
Voici quelle avait été la cause de ce triste évé-; nement.
Le comte, en quittant Savinien, avait dû traverser la cour pour regagner sa chambre, et il avait été surpris de rencontrer à l’entrée du vestibule Georges Yernon qui allait monter à cheval. Bien qu’il sût le
conseiller de préfecture mal disposé pour lui, Max crut convenable de lui ad *ser un mot de politesse. ' '
« Comment, mon cher Vernon, lui dit-il d’un ton amical, nous quittez- vous si tôt, ou bien s’agit-il seulement d’une promenade dans lés environs? -
— Ce sera, grâce à -vous, monsieur, une prome-
nade qui pourra être longue, répliqua Georges se contenant à peine. Je pars.... vous dévez être content ?» • -
Max, en dépit de sa longanimité, fronça le sourcil.
« Monsieur, dit-il brusquement, je suis las de vos insinuations malveillantes, et je désire savoir à la fin....
— Eh ! monsieur, les faits parlent d’eux-mêmés. Hier encore j’étais traité ici comme un enfant de la maison; aujourd’hui je reçois mon congé.... À qui faut-il attribuer ce revirement, sinon à une personne dont ma présence dérange sans doute les vues ? »
Ce reproche était injuste, car Max avait été le premier à lui offrir une place dans sa voiture pour venir au prieuré ; et l’on sait que peu d’instants auparavant il avait intercédé auprès de Savinien pour son rival évincé. Aussi l’iniquité de ces accusations mitelle le comte hors de lui.
« Personne ici ne dérange mes vues, reprit-il d’une voix que l’émotion rendait tremblante; si cela était, je saurais bien écarter Tes obstacles sans aucun secours étranger.
— En effet, monsieur le comte de Lichtenwal^ se croit en droit de commander partout où il se trouve; cela tient sans doute à ses habitudes.... Mais ici, en
France, dans la maison de l’ancien entrepreneur de maçonnerie Savinien, £3fez les filles de cette bohémienne que fit fustiger son aïeul, il est un peu déchu de son orgueil aristocratique, et il devrait se montrer plus modeste. . .
— Assez, monsieur, interrompit JVIax avec violence; si je ne respectais pas plus que vous ne Ja respectez la maison ou nous sommes.... Mais cette conversation ne peut continuer ici ; nous la reprendrons ailleurs, si vous le voulez bien.
— A votre aise ; je m’arrêterai jusqu’à demain matin au Toume-Bride de Çlairefont, et vous m’y trouverez.
— Vous recevrez, bientôt de mes nouvelles, monsieur Georges Vernon, yous pouvez y compter. »
Pendant cette conversation/Georges s’était approché de Swift, son beau cheval anglais, qu’un valet d’écurie venait de. lui amener. Swift, on s’en souvient sans doute, était une bête pleine de feu, et le repos qu’elle avait pris depuis la veille augmentait encore sà vivacité ordinaire. A peine Georges l’eut-il enfourché, que l’animal, impatient de mouvement, tourna sur lui-même pour partir. Georges n’avait pas eu le temps de chausser le second étrier et de saisir la bride ; au lieu d’opérer ce mouvement avec le sang-froid nécessaire en pareille circonstance, il s’irrita contre sa monture et la châtia imprudemment' de l’éperon. Le cheval se dressa sur ses pieds de der- • rière, et comme sort maître ne s’attendait pas à ce mouvement impétueux, il le désarçonna, le lança rudement sur le pavé ; puis, bondissant vers la grille, il s’enfuit dans la campagne.
Par malheur, comme nous l’avons dit, un jeune
garçon qui entrait au château en ce moment s’était trouvé devant lui ; SW ft l’avait renversé, et le pauvre enfant demeurait sans connaissance sur la place.
Ce jeune homme était André, l’oiseleur, auquel Odilia et sa tante rendaient si souvent visite dans le bois. "