‹ Odilon RedonChapitre 23 sur 88 · FR MT · texte numérisé non relu

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Couverture-Frontispice de l’Album Les Origines

(Litkographie).

graphe (1). C'est que Redon connaît à fond les ressources de la pierre, mais en se les appropriant toutes, il prétend non s'y asservir, mais au contraire les dominer et les faire concourir à son but expressif (2).»

Rappelons que :

€ Pendant dix années de sa vie, il en a fait son presque unique, en tout cas son plus important agent d'expression. Cet œuvre.

plus que les peintures et les fusains mêmes, a contribué durant cette période à la diffusion de son art...

Chacune de ces estampes a été collectionnée passionné-

ment, Jjalousement ; nombre de pièces sont devenues rares, quelquesunes quasi-introuvables! C’est en somme avec elles que l'artiste a, sinon livré ses plus retentissantes batailles, du moins pénétré profondément dans le public. Ce sont elles qui lui ont suscité ses admirateurs et ses amateurs, comme aussi ses adversaires les plus passionnés » (3).

(1) À cet égard, demeure typique le jugement du regretté HENRI Boucxor (La Lithographie, Paris, Librairies-Imprimeries réunies), — lorsqu'il signale de l'artiste ses «noirs veloutés » (chapitre v, La Lithographie contemporaine en France, le « nouveau jeu », p. 196). Dans le même ouvrage figure à la page 203, une reproduction du Bouddha, publié par Redon en l'Estampe originale de l'éditeur

Marty.

(2) A. M. Gaz. des B.-A., p. 146.

CPAM ERA, p. 21.

Nous constaterons, fait curieux et qui vaut d'être noté, que ce furent des causes occasionnelles plutôt qu’une directe volonté d'art, qui amenèrent Redon à utiliser le procédé sur pierre : (… je puis vous dire pourquoi j'ai fait de la lithographie ; c’est que j'avais avant, vainement essayé de produire dans les salons officiels les nombreux fusains que j'avais crayonnés et qui dormaient dans mes cartons. J'ai donc fait mes premières lithographies pour multiplier mes dessins (1). » L'idée n'en vint qu'au cours d’une rencontre fortuite : ( Fantin-Latour me donna l'excellent conseil de. reproduire au crayon gras; 1l me passa même de bonne grâce, une feuille de papier report, pour le calque (2). » Mais presque aussitôt, comme ajoute Redon : (prenant goût au procédé nouveau que j'essayais, J'ai fait pour le terminer (il s'agit ici de son premier recueil : Dans le Rêve), de la lithographie de jet (3). »

Cependant il nous paraît qu'à ces motifs matériels, il faut en adjoindre d’autres, et ceux-là dans l’ordre moral. En effet, l’on voudra bien considérer que la période de l’estampe a correspondu principalement à cette longue suite d'épreuves que nous avons signalée dans l'existence de Redon. Alors : (tout contribua pour que, par le simple blanc et noir de la pierre, 1l s’efforçât de traduire le poème concentré d'une vie reployée contre l'hostilité des événements du dehors. Et c'est à ce double concours d'un tempérament d'artiste et de contingences spécialement propres à le développer que se doit l'œuvre particulier, douloureux et profond, qu'un autre n'aurait pas su enfanter… (4) » Ajoutons que lui-même ne fut plus dans la possibilité de continuer semblable production, quand les circonstances ambiantes se trouvèrent changées. Aux années davantage favorables qui suivirent correspondit l’effloraison d’une couleur lumineusement sereine.

(1) Lettre d'Od. R. à À. M., 21 juillet 1898.

(2) Dto. Fantin-Latour a usé pour lui-même, très largement, de la lithographie, et laissé, sous ce rapport, un œuvre abondant et apprécié.

D'autre part, il est à remarquer que, bien que Bresdin ait produit des œuvres par ce procédé, Redon ne fit jamais à ses côtés que travailler le cuivre. Le vieux graveur, en effet, ne fut point véritablement lithographe, au sens complet du terme. En intitulant d'ailleurs les œuvres qu'il exécuta par ce procédé : Dessins sur pierre, il indiquait bien son but de ne demander uniquement à celle-ci que la transmission, aussi exacte que possible, de ce qui avait été conçu en dehors et sans souci d'elle-même.

(3) Lettre d'Od. R. à À. M., 21 juillet 1898.

(4) À. M. Et. s. R., p. 33.

Or, dès le recueil de début : Dans le Rêve, paru en 1879, Redon se révélait d'emblée maître en la matière qu'il employait nouvellement. Tout ce qu'il devait développer par la suite se trouvait concentré là, comme dans un résumé préventif, et sous une appellation très symboliquement expressive. L'artiste s’en est bien rendu compte, et toujours a conservé pour ce premier-né, si complètement représentatif de son œuvre, une prédilection spéciale et justifée : (Cet album est peut-être l’un de mes préférés, parce qu'il est façonné sans aucun alhage de littérature.

Le titre de Dans le Rêve n'était, en quelque sorte, qu'une clé d'ouverture (1). »

Et c'est ici le lieu

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he à à D'aucuns, en eflet, ÿ °DILSN AE EN AN % ° d LÉ RL / 1 ap \ Ye ER ont voulu voir dans Sur Monet les légendes placées ur la coupe (Lithographie). ; (Planche tirée de l'album Dans le Réve.) depuis par Redon

sous certaines de ses

estampes, une préoccupation intellectuelle se mêlant à la plastique pure. Mais l'artiste, en commentant le fait, s’est chargé de remettre toutes choses

(1) Lettre d'Od. R. à À. M., 21 juillet 1898.

au point. Dès le second album : À Edgar Poe, nous dit-il, (...je vis qu'on ne touchait pas impunément à la pierre sans être amené à la surcharger d'un mot d'écrit : tous les grands lithographes l'ont fait (1) ». Cette remarque est fort exacte pour les Raffet, les Daumier, les Gavarni, les Willette, les Forain et combien d’autres, chez qui souvent le mot fait corps avec l’image, l’explique, et la complète pour ainsi dire nécessairement. Cependant, observe encore très Justement Redon : « Chez moi fort différemment rien de contingent (2). » Il s’agit là comme d'(un qualificatif sur une sonate. La désignation par un titre à mes dessins est quelquefois de trop pour ainsi dire. Le titre n'y est justifié que lorsqu il est vague, indéterminé, et visant même confusément à l'équivoque (3)». C'est qu'un but est intrinsèquement poursuivi: ( Je voudrais vous convaincre que tout ne sera qu'un peu de liquide noir, huileux, transmis par le corps gras et la pierre, sur un papier blanc, à seule fin de produire chez le spectateur une sorte d’attirance diffuse et dominatrice dans le monde obscur de l’indéterminé, et prédisposant à la pensée (4). »

Ainsi Redon a constaté la place très importante que tenait l'estampe dans son œuvre, et il a voulu nous faire connaître également les raisons profondes qui l'y ont incité, puis longuement retenu : « J'ai. regardé et scruté mes noirs, et c'est surtout dans les lithographies que ces noirs ont leur éclat intégral, leur éclat sans mélange (5). » L'artiste ajoute, comme s’exaltant sur la haute mission réservée à l'opposition fondamentale de l'ombre et de la lumière : « Le noir est la couleur la plus essentielle. [Il faut respecter le noir. Rien ne le prostitue. Il ne plaît pas aux yeux et n'éveille aucune sensualité. Il est agent de l'esprit bien plus que la belle couleur de la palette ou du prisme (6). »

À ce mode austère, mais souverainement expressif, ne convient pas un public léger ni fugitivement regardeur. Quand il est utilisé par un artiste digne de ce nom, on lui doit une contemplation longue et approfondie, presque religieuse : ( … la bonne estampe sera... goûtée plutôt

(1) Lettre d'Od. R. à À. M., 21 juillet 1898. (2) Di,

(3) Di.

(4) Dte.

(5) On. R., À S. M, p. 19.

(6) Die.

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