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on visite préférablement les tableaux. C'est que le plaisir est là. Voilà le clair indice de l’analogue indifférence qui accueillera toujours en France l’œuvre de l'artiste qui se complaît dans l’austérité du noir (1)...»

Non seulement c'est un œuvre abondant au fusain que Redon a laissé, mais encore de « nombreux croquis, certains très poussés, à la plume, au crayon noir, à la mine de plomb, à la sanguine. L'artiste ne pouvait manquer de s'attacher profondément au dessin, ce pain des forts, si l’on nous permet de dire. Il savait par expérience tout ce qu'on y met d'impression directe, de vision analytique, aussi d'expression spontanée (2). »

Cette partie presque entièrement ignorée de sa production n'a commencé à être révélée vraiment que depuis sa mort, lorsque des spécimens sont entrés, les uns dans l'asile stable des grands Musées, les autres en des collections particulières. Et la raison de cette nonconnaissance antérieure provient de ce que (c'était pour lui un véritable répertoire où il allait puiser les éléments de ses compositions importantes. Aussi, de son vivant, déroba-t-il jalousement ce trésor précieux à la curiosité de son entourage même le plus ‘fidèle, tant il craignait de s’attirer l’obsession d’un amateur trop passionné à le vouloir acquérir (3). »

L'AMPEINTÜUREN DESREDON

Nous aurons à envisager sous cette désignation générale : la peinture proprement dite et les pastels — puis les œuvres décoratives.

ST. Peinture et Pastels.

€. Redon fut peintre aussi. — En ce domaine de son art, où il afhrme également une personnalité marquée, deux périodes distinctes doivent être considérées (4).» Elles sont nettement séparées l’une de l’autre

(1) Op. R;14"S:2M:" p. 120.

(2) À. M., Gaz. des B.-A., p. 151.

(3) A. M, Gaz. des B.-A., p. 151.

(3) À. M. Gaz. des B.-A., p. 151.

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par le long intervalle d'années, où l'artiste se consacra presque uniquement au blanc et noir, surtout lithographique. Mais de plus elles apparaissent différentes d'inspiration, d'aspect et de métier. La première commence aux essais de jeunesse, et se prolonge encore un peu après la guerre de 1870. La seconde, par contre, est afférente à la dernière époque d'existence, lorsque l’âge mûr était déjà fini. On peut en dater les prodromes caractérisés aux environs de 1900. Elle se poursuivra sans interruption jusqu à la fin de la vie de Redon.

Au début, l'influence certainement ressentie est celle du romantisme, surtout émanant de Delacroix. Quoi d'étonnant d’ailleurs? Si originale que soit nativement une personnalité, il lui faut encore, en ses œuvres naissantes, se chercher par tâtonnement, en un mot s'orienter. Elle subira fatalement l'effet de ses curiosités et de ses admirations, qui souvent sont révélatrices déjà de ses tendances profondes bien que confusément inconscientes. Les attirances éprouvées alors aideront par degrés l'artiste à s’éclairer sur ses facultés, jusqu'au jour où, pleinement dégagé, il pourra voler de ses propres ailes.

Or, sans doute, l’homme vers qui Redon, à ses premiers commencements, se sentait entraîné, auquel 1il devait s'attacher, et cela presque nécessairement : c'était bien Delacroix. Il avait contemplé ses œuvres, et les admirait avec une émotion passionnée. Même, cherchant à pénétrer plus intimement leur esprit et leur métier, il en, faisait des copies. Témoin celle peinte d’après une Chasse au lion du Musée de Bordeaux, toile superbe du grand romantique, et qui, dans un incendie, fut malheureusement détruite. De cette première période on peut citer comme typique : Roland, toile originale du Jeune artiste, laquelle figura à l'exposition du Salon Bordelais en 1870. Certes l'influence se constate, mais pourtant Redon n'est point servilement impressionné par Delacroix. Comme nous l'avons dit au sujet de ses premières gravures avec Bresdin, si l'élève respecte ses maîtres et les aime, il n’est point annihilé dans leur orbe puissant, et fait preuve déjà de qualités personnelles, comme de recherches indépendantes.

A cette époque, un critique d'art se montrait perspicace, lorsqu'il écrivait : « Le Roland de M. Redon avec sa couleur sombre voulue, et qui ne messied point trop, du reste, à ce sujet qui doit avoir dans l'intention bien évidente de l'artiste et l'intérêt de l’histoire et la saveur de la

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légende — a dans ses proportions exiguës une grande et belle allure qui plaît. petit tableau, fort original. (1) » Cette appréciation favorable est d'autant plus intéressante qu'elle indique bien les visées voulues de l'artiste, en même temps qu'elle reconnaît sa personnalité comme déjà apparente.

Mais à côté de sujets de même ordre, Redon prenait plaisir, et nous retrouvons là son penchant profond pour la nature, à s’adonner au paysage. Après la guerre de 1870, il y revint même assez fréquemment : «Vers 1865... j'avais un ami qui m'initiait, en théorie et par l'exemple, à toutes les sensualités de la palette. Il fut pour moi comme le pôle opposé: de là des discussions sans fin. Nous faisions ensemble du paysage où je m'eflorçais cependant à la représentation du ton réel. J'ai réussi des études à ce moment-là qui sont sans aucun doute de la peinture, incontestablement (2). » Puis encore : « J'ai fait comme les autres. des fonds de boîtes en Bretagne ou à Barbizon (3). » Si quelque influence se démêle dans le choix de valeurs fines, le métier simple et sobre, la recherche du sentiment poétique, c'est évidemment celle de Corot, surtout en ses toiles d'Italie. D'ailleurs Redon connut personnellement le Maître paysagiste et, sans être son élève direct, reçut de lui au moins quelques conseils.

Cependant, là encore, pour peu qu'on y regarde assez près, l'originalité se fait sentir. Dans les œuvres de cette époque qui nous sont connues : (L'artiste montre déjà cette tendance, plus tard consciente et pleinement développée, à rechercher dans le spectacle offert … à ses yeux, moins l'objet d'une reproduction directe et précise, que matière à épancher ses sentiments intérieurs et sa libre fantaisie créatrice (4). » De la nature ce qu'il voudrait rendre avant tout, ce n’est point ce quelle dit expressément, mais bien plutôt ce qu’elle peut laisser deviner de son mystère intime et profond. Seuls les grands intuitifs perspicaces, attentifs à soulever le voile jaloux des apparences arrivent à en pénétrer l'essence même.

(1) FéLix LÉaL, Salon Bordelais, 19 Exposition de la Société des Amis des Arts, 1v, La Gironde, 14 mai 1870.

(2) On: R;, AS. M. p: 25.

G) Lett. d'Od. R. à Edm. P., 15 juin 1894.

(4) A. M. Gaz. des B.-A., p. 151.

Petit Palais,

Or «toute cette première production picturale fut par Redon tenue secrètement réservée, ainsi que nous l'avons vu agir à l'égard de ses dessins (1) ». Et cela, pour les mêmes raisons : ( Aussi estimons-nous qu'il y a là des parties de son œuvre qui réclameront un examen attentif et approfondi (2). » Il fut loisible de le commencer, lors de quelques expositions faites récemment …

Nous en venons à l’autre courant de sa peinture : « Cette seconde période, très différente, est beaucoup plus connue. C'est elle qui pendant les dernières années de l'artiste, suscita chez un public nombreux plus que de la sympathie, presque un engouement, d'ailleurs très justifié. Cette production correspond à l'époque enfin rassérénée de sa vie quand on constata chez lui, au lieu de la normale lassitude de l'âge, une jouvence de la sensibilité, en même temps que de la vision (3).»

De cet état à la fois moral et physique { nous trouvons le témoignage expressif dans une peinture et des pastels rayonnant de clarté et d’opulent coloris. Or, choix bien corrélatif, ce qu'il représente, ce sont des sujets de grâce et d'élégance, tout ce qui est jeune, séduisant, empreint de fraîcheur et de charme : la femme, l'enfant et les fleurs. « Rappelons les portraits de : M"* Bonger, A. de La Rochefoucauld, de Gonet, Fayet, de Cystria, Odilon Redon ; M“ Simone et Yseult Fayet, de Gonet, M'"° H.., nièce de M. Kapferer; d’autres encore. Aussi, dans leur prime éclat de vie : Marcel Mellerio, Jacques Mithouard, le jeune Bernheim, etc. (4). »

Quant aux fleurs, qu'il eut toujours en amour et admiration, il pouvait à loisir, dans son jardin de Bièvres, contempler leur grâce ingénue et les suivre en leur développement. Elles se revêtaient à ses yeux qu'elles charmaient d'une énigme aussi étrange et profonde que le visage humain — mais ne vivent-elles pas aussi ? Et «ce sont de rouges géraniums, des mimosas d'or, des anémones mauves ou d’un violet pourpre, parfois même des germinations entièrement féeriques. Toute cette flore se dispose en gerbes épanouies, d’où l’élancement des tiges vient aboutir au bouquet d'artifice savamment irradié des corolles éblouis-

(1) À. M, Gaz. des B.-A., p. 151.

(2) À. M. Gaz. des B.-A., p. 151.

(3) À. M. Gaz. des B.-A., p. 152.

(4) À. M, Gaz. des B.-A., p. 152.

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lection de Gonet.

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santes. Mais que l'on veuille bien y regarder de près, et sous l'aspect objectivement rendu, on retrouvera toujours — c'est la marque iné- : luctable de Redon, un « je ne sais quoi » de subtil, mystérieux reflet de l'âme même des êtres et des choses (1) ».

Cependant il s'évadera plus loin encore, en un pays entièrement de rêve : «…L'évocation d'une irréelle et prestigieuse mythologie où dominent les Pégases aux allures nobles et fières, soudain cabrés comme pour un essor. Maintes fois aussi l'artiste s’est complu dans l'aventure de Phaéton, imprudent conducteur des coursiers du soleil qui l'emportent follement à travers l’espace empourpré d’aurore (2). »

Ne faut-il point rappeler ici qu'envers le cheval, Redon, qui le pratiqua de fait et passionnément dans sa jeunesse, éprouvait et conserva toujours comme artiste, une attirance mêlée de curiosité et d’admiration. C'est que, dans « la plus noble conquête que l’homme ait jamais faite » selon l'expression enthousiaste d’un naturaliste qui fut également grand littérateur (3) — semblent s'être condensées, en des muscles vigoureux aux mouvements agiles et élégants, toutes les forces les plus souples de la vie. Au cours du mois d'août 1914, malgré les terribles préoccupations de l'heure guerrière, l'artiste s'intéressait encore à dessiner des groupes de cavaliers campés momentanément dans le village de Bièvres.

De toute cette période abondante en belles peintures, les caractéristiques de l'apport particulier dû à Redon, les effets cherchés et les heureuses réussites, entrevus fragmentairement jadis à des expositions diverses, apparaissaient pleinement dans l'ensemble, — posthume, hélas! qu'on put réunir aux Galeries Barbazanges, en 1920. Pour une partie du public ce fut certainement une véritable révélation. Mais ceux-là même qui connaissaient déjà les œuvres, trouvèrent un enseignement d'études ainsi qu'un surcroît d’admiration vérifiée, devant cette fécondité éclatante et variée.

(1) A. M. Gaz. des B.-A., p. 152.— En ce qui concerne la fleur chez Redon, consulter notamment : ANDRÉ SALMON, Odilon Redon (L'Art décoratif, janvier 1913). — ARSÈNE ALEXANDRE, Floralies (Comædia, 1% novembre 1913). — JEANNE Doi, Odilon Redon (Mercure de France, 1er juillet 1914, p. 19 et suiv.). ;

(2) A. M. Gaz. des B.-A., p. 153.

(3) Buffon.

Que si, et c'est une juste et légitime préoccupation, on s'intéresse au métier d’un artiste dont bien des peintres actuels considèrent interrogativement la production, nous donnerons, à titre curieux, un renseignement susceptible de paraître instructif. C'est une indication, d'ailleurs de date assez ancienne, que nous avons recueillie en marge d'un cahier manuscrit de Redon, perdue qu'elle se trouvait au milieu de notations très diverses. Peut-être l’avait-il seulement copiée pour mémoire ?

€ Une bonne palette.

€ Blanc de plomb.

€ Jaune Mars.

« Ocre jaune.

€ Ocre de... (1), terre d'Italie naturelle.

€ Jaune antimoine.

€ Orangé Mars.

« Sienne brûlée.

« Rose Mars.

€ Ocre rouge.

€ Laque fine.

« Violet Mars.

« Violet de cobalt (2).

« Bleu d'outremer.

« Vert émeraude.

«Terre verte.

« Terre d'ombre naturelle.

« Noir de pêche.

€ Jaune de Naples et vermillon, sans mélange aucun de blanc de plomb (3) ». |

Ne devons-nous pas — puisque nous sommes ici en examen de questions techniques, signaler le probe souci, digne des vieux maîtres d'autrefois, qu'avait Redon, de n’employer : couleurs à l'huile ou à

(1) Mot illisible.

(2) Cette couleur a été raturée dans l'original.

(3) A la suite de cette dernière mention, Redon avait rajouté au crayon : « Se servir du blanc de zinc ».

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