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nuance d'influences opposées, provenant directement de ses séjours à Paris ou à la campagne (1). »
En premier lieu, nous envisagerons son existence à Bordeaux et à Peyrelebade, car elle est le prolongement naturel des commencements que déjà nous connaissons. ( Et d'abord il faut bien tenir compte que l'artiste originaire d'une campagne vraie, presque d'un pays sauvage, en a toujours gardé le souvenir et le contact. Ce n'est certes point un déraciné de cœur, ni même de fait. Chaque année, tant qu'il l’a pu, il s’en retourna dans le Médoc, sous son ciel à lui, respirer l'air natal (2).» Cette existence, elle était ( calme, toute de terroir et de tradition familiale, avec ses aspects connus et ses coutumes anciennes. N'était-ce point elle qui avait constitué ses premières impressions, marquant d’un sceau indélébile sa sensibilité intime? En province, Redon ne se retrouvait pas un étranger. Il n’était plus, comme à Paris, un atome infinitésimal perdu dans le nombre immense. Mais, il redevenait une personnalité effective, possédant en sa sphère déterminée d'action, une autorité morale, un rayonnement d'influence respectée. Puis les effluves de la grande nature, en le pénétrant, le pacifiaient et l’élevaient à des hauteurs sereines(3).»
D'autant plus qu'il ne vécut jamais à la campagne qu'en désintéressé. Nous entendons par ce terme : qu'aux émotions humaines, d'ordre sentimental et esthétique, il n'eut point à joindre les tracas absorbants, le matériel souci de celui qui exploite sa terre. C'est là ce qui donne au paysan souvent ce côté farouchement obstiné, ce je ne sais quoi de presque bestial, courbant sans rémission ses membres au labeur sur la glèbe. Comment avoir le temps, ni même l'idée, de jeter un regard de pensée ou de rêverie vers les lueurs douces de l'aube ou les splendeurs du couchant !
Et cet amour de la nature vint s’élargir encore pour Redon. Car il ne reste plus confiné seulement à Peyrelebade, en son coin de terre intime. Voici qu'il fait un séjour dans les Basses-Pyrénées, à Uhart-Mixe, près de Saint-Palais, où la famille de son ami d'enfance Henri Berdoly, possédait un château entouré de vastes domaines. Ce fut une révélation pour cette âme si sensible aux beautés du sol, que le spectacle soudain de
(D-A. M. Et. s. R,, p. 31.
(2) A. M, Et. s. R,, p. 30.
(3) A. M, Et, s. R, p. 30.
Coll. A Mellerio.
Hantise (Lithographie, |% élat).
ces hautes montagnes élevant dans un ciel bleu leurs sommets aux neiges étincelantes. L’entassement chaotique des rochers, le bruit des torrents, la
Coll. de Mn® Reden.
Portrait de Déodat de Séverac (Dessin à la mine de plomb}.
pureté transparente de l'air — tout cela l’emplissait de sensations nouvelles et profondes.
Puis aussi les êtres qu'il contemplait : cette race des Basques très ancienne en sesoriginesautochtones encore mystérieuses, demeurée si particulière dans sa langue comme ses usages, et dont les femmes par surplus offraient un type remarquable de beauté. Enfin une excursion
poussée au cirque de Gavarnie, l’entraînait plus loin à travers les cimes escarpées, jusqu en Espagne, où il visita Pampelune. Les émotions alors éprouvées, laissèrent à Redon d'’ineffaçables souvenirs, dont la trace
devait se retrouver dans ses œuvres.
À Bordeaux, où le jeune artiste faisait souvent aussi des séjours durables, se continuaient les études commencées et les travaux entrepris à Paris. Toutefois il jouissait en province d’une ambiance plus calme qui lui permettait davantage le recueillement. Il avait là d’amicales relations, notamment son ancien professeur de dessin qu'il estimait et
ne cessa Jamais de revoir avec affection.